Archive | octobre, 2010

Les Nuits Opac le 16/11/2010: concerts de Big Moustache Bandits + Scratchy Fingers

30 Oct

Les Nuits OPAC : c’ est 2 concerts à la médiathèque de l’ULB survolant  une large gamme de styles musicaux allant du jazz-funk au hip hop, en passant par le rock, l’électro et les musiques du monde !

Les « Nuits OPAC » cristallisent l’envie de plusieurs étudiants de voir s’épanouir la musique dans toute sa diversité sur le campus de l’ULB.

Les Nuits OPAC proposent, le mardi 16 novembre à la médiathèque :
– Les Scratchy Fingers (rock-blues-funk)
– Big Moustache Bandits (hardrock’n’roll)

PAF : 4 euros (une boisson offerte sur présentation de la carte de membre OPAC ou de la médiathèque)

Dates des concerts à venir :
– mardi 16 novembre 2010
– mercredi 16 février 2011
– mercredi 16 mars 201
– mercredi 6 avril 2011

*En partenariat avec Radio Campus 92,1 fm



Liste d’extraits vus à la 3ème séance d’analyse de films par Olivier Lecomte

26 Oct

EXTRAITS : Séance sur “Les mouvements d’appareil »

-« Stagecoach » (John Ford – 1939) – VC3272

-« Love and Death » (Woody Allen – 1975) – VG7359

-« Profession: reporter » (Michelangelo Antonioni – 1975) – VP0084

– Travelling de Promio à Venise (1896) dans le bonus du film « Le signe du Lion » (1959) d’Eric Rohmer – VS3482

-« Cabiria » (Giovanni Pastrone – 1914) – VC0430

-« M le maudit » (Fritz Lang – 1931) – VX1942

-« Les sentiers de la gloire » (Stanley Kubrick – 1957) – VS1658

-« Dark Passage » (Delmer Daves – 1947) – VP0057

-« North by Northwest » (Alfred Hitchcock – 1959) – VM5574

-« Madame de » (Max Ophüls – 1953) – VM2309

L’Enfer de Claude Chabrol, reprise d’un chef-d’œuvre impossible, inachevé

26 Oct

Claude CHABROL

L’ ENFER – VE4821

Pochette VE4821.

VO FR. Durée :100′.
DVD, en FR, st. AN.
CINEART, 1993, France.

Où emprunter, détails…

Reprise d’un chef-d’œuvre impossible, inachevé.

Deux films où les femmes payent la folie des hommes au prix fort, sous l’ombre portée d’un chef-d’œuvre annoncé, inachevé et maudit, mais dont on peut enfin circonscrire le mystère.

Bien moins que de narrer l’épopée d’un échec avec le ratio de dramaturgie ad hoc qui colle trop souvent aux basques de ce genre d’entreprise (revoir en bon contre-exemple le Lost in La Mancha de Keith Fulton et Luis Pepe, documentaire retraçant la non-réalisation chaotique de l’adaptation de Don Quichotte par Terry Gilliam), L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot… de Serge Bromberg & Ruxandra Medrea, est avant tout la résultante de la « découverte » et de la remise en état d’images et rushes (185 boites !), ultimes vestiges d’un mythe cinématographique toujours vivace, alimenté par la rareté des traces visuelles disponibles. D’après Costa-Gavras, alors assistant réalisateur, c’est la vision du Huit et Demi de Fellini qui décide Clouzot, en 1964 (il a 56 ans), à rompre avec le formalisme classique d’un cinéma auquel il a déjà offert quelques solides incunables (Le Corbeau, Quai des Orfèvres…). Grand amateur de musique et de peinture, le Français nourrit l’ambition d’un film interpénétré d’art contemporain d’une inventivité plastique sans pareille, et qui fera date. Son «grand œuvre filmique» en quelque sorte, est bâti à contrario sur une trame presque convenue; un homme éprouve une jalousie obsessionnelle pour sa femme qu’il croit infidèle et devient la proie de fantasmes qui le conduisent aux frontières de la névrose. Clouzot entend tourner les scènes « tangibles » en noir et blanc et les effets de réalité altérée en couleur. Il fait reposer son film sur une Romy Schneider (Odette) au zénith de sa beauté (elle a 25 ans) et prête à tout pour gommer son image encore tiède de Sissi, en duo avec Serge Reggiani (Marcel). À l’abri des contraintes financières – il reçoit l’assurance de la Columbia de disposer d’un budget illimité – Clouzot attaque L’Enfer par sa face expérimentale et accumule des centaines d’heures d’essais où, en résonance à l’art cinétique qui triomphe alors, il se frotte aux procédés nouveaux de décomposition des couleurs primaires, recourt à des dispositifs visuels inédits, dont des systèmes d’éclairage (héliophore), de miroirs et de lentilles complexes inusités, et à nombre de maquillages et peintures sur corps. Le son et la partition musicale ne seront pas en reste et bénéficieront d’apports et de collaborations tout aussi modernistes (et du savoir-faire de quelques échappés de l’IRCAM).
romy

Le tournage a lieu à l’été 1964 dans le Cantal, dans un petit hôtel en bordure d’un lac que surplombe l’imposant viaduc ferroviaire de Garabit, et où le passage régulier des trains annonce les débordements répétés en territoire de folie. Folie qui, insidieusement gagne petit à petit un « chantier » placé sous le couperet d’un timing mortel (le lac doit être vidé sous peu) et d’un perfectionnisme absolu qui aura successivement raison de la santé de Reggiani, puis… de celle de Clouzot lui-même, qui fait un infarctus, sonnant le glas de L’Enfer !

De ce film en jachère pour l’éternité demeurent des pellicules presque sans son d’une insondable beauté formelle, l’image d’une Romy Schneider au magnétisme sauvage et irréel, et le regard insomniaque et halluciné d’un Reggiani, un rasoir à la main, qui vient peut être de commettre l’irréparable.

Trente ans plus tard, (feu) Claude Chabrol reprend le scénario de Clouzot mais l’ajuste sur mesure aux paramètres millimétrés de son cinéma. Paul (formidable François Cluzet) tient une petite auberge et se voit, à l’aune de difficultés économiques toujours grandissantes, atteint de bouffées de jalousie de plus en plus implacables à l’encontre de sa femme, Nelly (Emmanuelle Béart) dont il est persuadé qu’elle le trompe. Si les deux films partagent d’évidence de nombreuses similitudes avec nombre de scènes quasi identiques (et appartenant au versant réaliste chez Clouzot s’entend), et au moins un acteur en commun (le séducteur Mario David, dont c’est le dernier film), Chabrol orchestre la lente descente de Paul dans les méandres de la folie avec les moyens traditionnels d’une mise en scène dont l’ellipse demeure la figure suprême: le gâteau de mariage et sa mariée de sucre sans tête ou cette sortie nuptiale que Paul ne remarque même pas alors qu’il la frôle, trop occupé à pister son épouse à l’insu de celle-ci… Le moment de non-retour est classiquement borné – Paul entend des voix – mais L’Enfer entrouvre une porte sur le fantastique avec une fin aux interprétations multiples, un Cluzet aux traits tendus par l’effroi, les yeux comme deux abîmes jumeaux, insondables, et une Emmanuelle Béart ligotée aux barreaux du lit, inanimée…

Art moderne et destin funeste seront à nouveau mêlés dans le dernier film d’Henri-Georges Clouzot en 1968, La Prisonnière. Josée (Elisabeth Wiener) travaille pour la télévision et est mariée à Gilbert Moreau (Bernard Fresson) qui n’est pas à une entourloupe sentimentale près pour les besoins de sa carrière de plasticien contemporain. Ce dernier est employé par le mystérieux Stanislas Hassler, directeur de galerie d’art qui nourrit une passion dévorante pour la photo érotique tendance sado-maso. Intriguée, Josée insiste pour devenir son modèle et tombe « violemment » amoureuse de Stanislas. Mais celui-ci semble effrayé par les images d’un possible bonheur et disparaît sans un mot de leur lune de miel en Bretagne. Et toute cette agitation a mis la puce à l’oreille de Gilbert.

wienerDans son ouverture, La Prisonnière recycle en accéléré et sur un ton presque kitsch (un vernissage où se pointe un florilège d’acteurs de l‘époque) les préoccupations plastiques évoquées plus haut (art cinétique encore), avant de dévier rapidement d’une possible critique sociétale (vacuité de l’art et de la société de consommation) vers la description d’un rapport amoureux foncièrement inégal et vicié, et où une femme aimante va à nouveau faire les frais d’un homme sous l’emprise de ses démons intérieurs. À ceci près qu’à la fin de La Prisonnière, l’accident (fatal ?) de Josée, lui épargne peut-être le calvaire d’une interminable descente aux… enfers !

Yannick Hustache

THE WAR ROOM

25 Oct

THE WAR ROOM – DVD ­ THE RETURN OF THE WAR ROOM – DVD – TH9721

Pochette TH9721.

Collection L’ AUTRE AMÉRIQUE.
VO AN. Durée : 92′.
ARTE EDITIONS, 1993-2008.

Où emprunter, détails…

La campagne électorale présidentielle américaine vue et ensuite revue de l’intérieur depuis un endroit-clé, une zone névralgique. C’était il y a 18 ans. Depuis, tout a changé ou … si peu !

En 1992, George Bush père est intimement convaincu que le fauteuil présidentiel de la Maison Blanche l’attend pour un second mandat. Il est le vainqueur de la première guerre du Golfe (1990-1991) et son parti (le Grand Old Party, soit les républicains) peut s’appuyer sur des soutiens et ressources financières qui font défaut à leurs adversaires traditionnels, les démocrates. Mais les U.S.A. peinent à sortir de la récession économique et un candidat inattendu (le milliardaire Ross Perot) vient rappeler sèchement aux républicains la promesse non tenue de ne pas lever de nouveaux impôts. Une situation de laquelle un challenger démocrate providentiel compte tirer parti, le gouverneur de l’Arkansas, Bill Clinton.

Et c’est depuis l’intimité bouillonnante d’un QG de campagne d’un type nouveau et à travers les portraits de deux de ses animateurs-clés que D.A. Pennebaker (101, Primary…) et Chris Hegedus relatent quelques moments essentiels d’une campagne électorale encore fraîche dans les mémoires (les principaux acteurs sont en vie et/ou n’ont pas entièrement disparu du paysage médiatique et les contextes politiques et économiques d’alors sont, dans une certaine mesure, toujours d’actualité), la dernière d’avant la généralisation du téléphone portable et l’irrésistible et exponentielle montée de l’Internet.

war roomAu sein de cette War Room où un « crew » travaille 24 heures sur 24 dans l’ombre du candidat Clinton, la caméra s’attache tout particulièrement au duo George Stephanopoulos/James Carville, tout en esquissant de façon concentrique et par touches légères le portrait d’une équipe dont les liens se renforceront à mesure que les enjeux gagneront en importance. Le premier, directeur de la communication, est du genre yuppie et beau gosse dont le naturel télégénique est parfois dans le feu de l’action, surpris en flagrant délit de doute ou d’émotion débordante: tantôt, c’est une minuscule larme (de bonheur) qui perle sur le bord de l’œil, tantôt c’est un visage aux traits imperceptiblement tendus sous l’effort ou en lutte avec l’angoisse « de ne pas y arriver ». Le regard pétillant malgré des yeux que l’on devine à peine, la calvitie bien avancée et le parler mitraillette constellé d’expressions langagières qui n’appartiennent qu’à lui, James Carville endosse son ministère de responsable de la stratégie dans une apparente désinvolture (il porte des pulls aux motifs et coloris impossibles) qui contraste avec un professionnalisme saisissant combinant fines analyses politiques instantanées et réactivité immédiate. Les deux hommes travaillent de concert et semblent se vouer un respect sincère, au beau milieu d’un groupe tout entier focalisé sur son projet: amener un quasi-inconnu (à l’échelle du pays) à l’investiture démocrate et ensuite dans le bureau ovale de la Maison Blanche.

La tâche s’avère titanesque. Sitôt les primaires démocrates lancées dans le New Hampshire qu’une histoire d’infidélité (ce ne sera pas la première!) vient se mêler à la campagne naissante. Il s’agit, au sein The War Room d’initier dans l’instant une réponse médiatique probante et d’inventer une stratégie de communication, innovante et solide, qui puisse parer à toutes les situations et répondre au coup par coup, quitte même à anticiper leur survenance. Les efforts paient et Bill Clinton, malgré les plâtres qu’il essuie par pans entiers et qui finiront par lui conférer une ténacité politique élastique à toute épreuve! Son portrait est brossé dans les grandes lignes, mais le saxophoniste aux 1001 aventures sentimentales prêtées est davantage un prétexte et une couleur de fond, que le point focal vers lequel convergent toutes les lignes de fuite de ce documentaire, un motif thématique qui gardera jusqu’au bout (et encore aujourd’hui) sa part de mystère, que le sujet central d’un film qui s’attache bien plus aux concepteurs et rouages d’une machine médiatique en train de s’inventer et de se roder sous nos yeux. On n’a beau ne pas connaître tous les protagonistes en lice dans cette lutte électorale sans merci (c’est inutile), à peine remarquer le départ de l’équipe pour Little Rock fief de Clinton en Arkansas, on assiste par étapes successives à l’irrésistible triomphe d’un challenger depuis une mini ruche humaine où la fébrilité le dispute à une foi sans faille (même si forcément, des moments de flottement fusent parfois). Dans un système politique qui place l’homme (ou le politicien) bien au-devant des partis, idées et programmes, il s’agit de rebondir à la moindre perche tendue – si possible involontairement – par l’adversaire (la petite phrase « lisez sur mes lèvres, pas d’impôts nouveaux ! » qui fut fatale à George Bush Sr), de préparer les interventions télévisées avec minutie, ou d’engager toute sa famille dans ce combat (Hillary Clinton et sa fille seront de tous les meetings à ses côtés). La victoire sera au bout de la route, Bill Clinton sera le seul démocrate à rempiler pour un 2nd mandat depuis Franklin Roosevelt. Et dans le for intérieur du spectateur, l’étrange impression que l’arène électorale U.S. présente d’étranges similitudes avec un ring de boxe, avec dans ce cas-ci, George Stephanopoulos et James Carville comme coach et entraîneur ! Du beau spectacle !

En 2008, en plein duel Barack Obama/John McCain, Pennebaker et Hegedus retrouvent les principaux protagonistes de The War Room qui ont plutôt bien vieilli. Carville, universitaire et père tranquille, révèle un secret qui n’avait jusqu’à là jamais porté à conséquences: il entretenait une liaison cachée avec son alter ego (féminin) républicain avec laquelle il s’est ensuite marié. Ils passent en revue les étapes décisives de la campagne présidentielle 1992, reviennent brièvement sur l’échec du candidat Kerry en 2004 et, montrent, exemple(s) You Tube à l’appui, les nouveaux enjeux défis de la communication politique. Dans un contexte étonnement semblable – récession économique, guerres au Proche et Moyen Orient, lourd héritage de l’ère Bush fils (…) – et des outils technologiques entièrement nouveaux, le concept même de War Room s’impose comme un work in progress aussi incontournable que difficile à définir et à mettre en place…

De la sociologie politique appliquée au pied de la lettre !

Yannick Hustache

LA TERRE DE LA FOLIE

23 Oct

LA TERRE DE LA FOLIE – DVD – TJ8711

Pochette TJ8711.

VO FR. Durée : 90′.
LES FILMS DU PARADOXE, 2009.

Où emprunter, détails…

Cinq punaises reliées par un élastique, presque assez larges pour masquer ce qu’elles recouvrent – quelques villages des Préalpes du Sud – définissent un vague pentagone qui semble depuis toujours en proie à une folie meurtrière aussi irrationnelle qu’inexpliquée. Folie qui est aussi le point de départ et la condition même de l’existence de la démarche artistique de Luc Moullet.

« L’arrière-petit-neveu du bisaïeul de ma trisaïeule avait tué un jour à coups de pioche le maire du village, sa femme et le garde champêtre, coupable d’avoir déplacé sa chèvre de dix mètres. Ça me fournissait un bon point de départ… Il y a eu d’autres manifestations du même ordre dans la famille ».

L’élocution traînante, limite atone, le cheveu rare et la barbichette grisonnante, Luc Moullet fait parfois plus vieux que son âge (il est né en 1937). Mais, cet ancien de la Nouvelle Vague et des Cahiers du Cinéma, auteur méconnu d’une petite quarantaine de films aux formats et durées variables et qui tâtent de tous les genres, appartient à une espèce peu répandue au sein de l’Hexagone et ailleurs, celle des comiques pince-sans-rire, farfelus et (dans ce cas-ci), intrinsèquement méditerranéens voire… sud alpins (voir bonus)!

Tout part d’un constat énoncé avec l’assurance tranquille d’un homme qui se sait si indissolublement intriqué avec son sujet (la folie), que pas une seconde durant, il ne cherche à masquer le processus thérapeutique sous-jacent à sa démarche artistique : « je ne suis pas quelqu’un de très normal », avoue-t-il avant de dresser un autoportrait qui souligne, via un rapide tour du propriétaire, une insistante propension à la solitude et à l’isolement consenti. Et le livret du DVD d’ajouter l’incapacité chronique du cinéaste à accomplir les gestes quotidiens les plus anodins; lacer ses chaussures, danser, skier, conduire et… – on s’en serait douté – marcher au pas !

tdfEnsuite, il glisse d’un portrait de famille au lourd passif borderline, où trône la figure d’un père champion toutes catégories de la girouette politique, à la région dont il est originaire, les Alpes-de-Haute-Provence ou Préalpes. Là, entre les bourgs – parfois indécelables sur cartes – de Castellane (seule cité d’importance), Quinson, Sault, Rosans et Montclar, punaisés comme des insectes par les mains d’un entomologiste-enquêteur, Moullet borne, par un simple élastique, un pentagone avec Digne pour centre, à l’intérieur duquel – estime-t-il – la fréquence des crimes sans mobile apparent est nettement supérieure à la moyenne nationale. Sans itinéraire clair ou logique précise, il passe à la sinistre énumération laconique des faits, sautant d’un meurtre à un autre et d’une localité à la suivante au gré de ses déambulations erratiques, sans égard pour une quelconque chronologie ou essai d’articulation des événements, mais sans jamais non plus user des artifices et ficelles de la dramatisation sensationnaliste, devenus lieux communs dans la profusion des émissions choc (Faites entrer l’accusé…) qui inondent le petit écran. Moullet mène sa petite enquête à la façon d’un grand enfant un peu attardé, la constitution fragile et le geste hésitant, qui présente ou commente sommairement les faits depuis les lieux mêmes où ils ont été perpétrés, interroge des témoins qui parfois le fuient ou ont partie liée à la psychiatrie (une dame au débit kalachnikov à laquelle il se confie volontiers) ou s’attarde sur des détails sans véritable importance (le charcutier voyageant en bus, les restes de sa victime découpée emballés dans un sac plastique à la main, a-t-il remboursé à une commerçante locale la petite somme d’argent qu’il lui devait ?!), et avance, au cas par cas des tentatives d’explications qui résistent mal à une analyse rationnelle; impact du nuage radioactif de Tchernobyl; isolement endémique d’une région inadaptée à la pratique des sports d’hiver et sur laquelle un vent soutenu souffle en quasi permanence; trait sociologique propre à une population de faible densité, menacée de consanguinité et « arriérée », qui a la rancune tenace et peu d’inclination naturelle au dialogue; proximité d’une base arrière de la Mafia (Manosque)… Le tout, assorti de  «reconstitutions » à la sauce Moullet (il semble d’ailleurs affectionner le coup de pioche dans l’herbe plus que de raison), à la fois bancales et affreusement simplistes dans leur mise en scène désuète, mais qui ont le double avantage de sabrer à la racine la moindre propension inflatoire au spectaculaire et de souffler – alors que rien ne s’y prête au milieu de cet itinéraire meurtrier conté – d’irrésistibles bouffées comiques. Un comique de gai luron (façon Gotlib) fantasque qui s’est autrefois enquis de trouver une capitale plus ensoleillée pour son pays (bonus 2), ou de Charlot vieilli et arthritique, mais qui, derrière l’apparente innocence du propos et l’aspect désordonné de sa présentation fait remonter bien des choses. Comme ici, l’irréductible part de violence de nos sociétés humaines.

Pas dupe cependant, notre homme va au-devant de toute réserve critique à l’égard de son film, joint le geste à la parole dans une ultime culbute ludico létale, entre rire et soupir (d’effroi).

Belle souplesse !

 

Yannick Hustache

L.E.G. « ILLNESS OF THE REALNESS » – KL0262

23 Oct

Pochette KL0262.

BRIEFCASE ROCKERS, 2010.

Où emprunter, détails…

Sur son site, le trio bruxellois L.E.G. range son travail dans une case encore à définir, le « heavy rap ». Soit un hip-hop perfusé d’expérimentations, et dans le cas présent, déjà débarrassé des traces d’un marquage local trop souvent synonyme de plafond bas dans nos mornes contrées.

Et puis, on aura au moins échappé à une horreur, à un revival rap metal que même les astres n’ont pas (encore) annoncé ! L’arrivée d’Illness of The Realness en 2010 pour un trio né vers 2003 – presque trois vies à l’échelle du music business d’aujourd’hui – réaffirme, quelque part, le bien-fondé de cette antienne moralisante « patience est mère de toutes vertus », mais avant tout qu’en musique, et à la différence des mathématiques, le résultat doit absolument être supérieur à la somme des parties. Une affaire de dosage, d’affinités électives dûment triées sur le volet (l’écueil récurrent des plaques hip-hop où chaque plage « mérite » son invité), de choix philosophiques ou de plans de carrière (tenter le banco par effraction au coup d’essai ou taper l’incruste pour de bon?) certainement, mais aussi de ce petit quelque chose en plus, à la croisée du talent, de la curiosité méticuleusement entretenue et de l’énergie cramée sans compter (certains appelleraient ça aussi… le travail !).

Bénéficiant des moyens limités d’un label US indépendant, mais frondeur – Briefcase Rockers, dont deux des chevilles ouvrières, Subtitle et Juan Huevos les chapeautent de près – Citizen LEG (ou Ledge), Sublyme Diagonal et Roger 3000 ont, avec leur programmatique d’Illness of The Realness, relevé la gageuse d’un disque hip-hop massif aux jointures électroniques et joliment ramassé sur lui-même, assez humble pour accepter le coup de main en terrain glissant (les paroles en anglais sont assurées par des « native english » ou assimilés, au débit impétueux, mais à l’affect tempéré de stoïcisme ou carrément balayé de bouffées hallucinatoires), mais délibérément avancé en zone diagonale ou de tempête, là où le confort des oreilles est, pour leur plus grand bien, soumis à rude épreuve.

legDès la plage introductive, « Contradiction », pose les règles du son L.E.G.. Une boucle d’orgue samplée à l’ancienne rebondit sur une surface de glitches liquides tandis que le flow à l’assurance millimétrée est entrecoupé d’interventions vocales contradictoires, dont une voix allant et revenant entre deux nappes inquiètes, fantomatiques. « Fire » qui le suit enfonce le clou; roulement de batterie dans le lointain, beat marteau (sans jeu de mots), rythmique au cordeau avant l’irruption de paroles embrumées. On dirait un Dälek sous hélium qui aurait quitté la zone industrielle pour cueillir des champignons dans les beaux jardins bobos et bio, et s’en jeter quelques poêlées, grillées et épicées comme il se doit… Le gimmick rythmique hip-hop de base est toujours là, bien en place, comme prélevé directement via de quelconques trouées temporelles en pleine ère d’expansion ou âge d’or (de la seconde moitié des années 1980 au mitan de la décennie suivante) du rap, mais tout le reste a changé. Greffons électroniques, nappes radioactives et beats malmenés ou en charpie pour un hip-hop de la nuit tombée qui n’a cependant pas perdu le fil tranchant de sa lisibilité. Les tics virtuoses à la Themselves n’y ont pas droit de cité. « Table Mountain Shadows » s’enfonce plus en avant de l’obscurité en quête d’effluves dub viciées avant de s’immobiliser sur place et prêter l’oreille à l’écho urbain des bruits d’une cité saisie dans la torpeur hivernale. Le réveil sera rude; « Man Is… », et ses inserts de fraiseuses et son constat irréfutable « Technology Slave… »). Les geysers de dissonances électroniques continuent de plus belle à fracturer les soubassements instables de « Visionary Bombers » à la manière Food For Animals mais L.E.G. garde la main et glisse sa «  personal touch » – comme une aire d’intranquillité digitale d’une trentaine de secondes en moyenne insérée à l’intérieur de chaque titre – le temps de repartir, et pas toujours dans la même direction. Synthés Sci-Fi filant les chocottes, sample meurtrier de guitare ondoyante et flow méthodique mâtiné de réverbérations abyssales font d’« Abscence of Order » un excellent inédit au récent Fluorescent Black d’Antipop Consortium. La suite (« Cosmopolis ») est une queue de poisson au massif et déjà évoqué Dälek au sens où ce dernier n’a pas encore écrit de bande originale cauchemardesque utilisable immédiatement.

Long en bouche, sans un gramme de déchet, Illnes Of The Realness se paie le luxe de garder le meilleur pour la fin. Vocaux chuchotés, rythmes de cyborg implacables, nappes anxiogènes, chutes d’objets métalliques, pause point de côté avec mirage violonesque et relance sur une scansion prise au collet avant une dernière échappée instrumentale… « Loose Control » est l’acmé et le parfait résumé d’un hip-hop coulé dans un métal oxydé dont on espère voir en L.E.G. un émissaire de ce côté-ci de l’Atlantique. Histoire de prendre pour euro comptant la pleine mesure de son programmatique intitulé!

Yannick Hustache

Interview d’Olivier Lecomte, analyste de cinéma

11 Oct

Réalisation Cinergie.be – 10/06/2010

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