L.E.G. « ILLNESS OF THE REALNESS » – KL0262

23 Oct

Pochette KL0262.

BRIEFCASE ROCKERS, 2010.

Où emprunter, détails…

Sur son site, le trio bruxellois L.E.G. range son travail dans une case encore à définir, le « heavy rap ». Soit un hip-hop perfusé d’expérimentations, et dans le cas présent, déjà débarrassé des traces d’un marquage local trop souvent synonyme de plafond bas dans nos mornes contrées.

Et puis, on aura au moins échappé à une horreur, à un revival rap metal que même les astres n’ont pas (encore) annoncé ! L’arrivée d’Illness of The Realness en 2010 pour un trio né vers 2003 – presque trois vies à l’échelle du music business d’aujourd’hui – réaffirme, quelque part, le bien-fondé de cette antienne moralisante « patience est mère de toutes vertus », mais avant tout qu’en musique, et à la différence des mathématiques, le résultat doit absolument être supérieur à la somme des parties. Une affaire de dosage, d’affinités électives dûment triées sur le volet (l’écueil récurrent des plaques hip-hop où chaque plage « mérite » son invité), de choix philosophiques ou de plans de carrière (tenter le banco par effraction au coup d’essai ou taper l’incruste pour de bon?) certainement, mais aussi de ce petit quelque chose en plus, à la croisée du talent, de la curiosité méticuleusement entretenue et de l’énergie cramée sans compter (certains appelleraient ça aussi… le travail !).

Bénéficiant des moyens limités d’un label US indépendant, mais frondeur – Briefcase Rockers, dont deux des chevilles ouvrières, Subtitle et Juan Huevos les chapeautent de près – Citizen LEG (ou Ledge), Sublyme Diagonal et Roger 3000 ont, avec leur programmatique d’Illness of The Realness, relevé la gageuse d’un disque hip-hop massif aux jointures électroniques et joliment ramassé sur lui-même, assez humble pour accepter le coup de main en terrain glissant (les paroles en anglais sont assurées par des « native english » ou assimilés, au débit impétueux, mais à l’affect tempéré de stoïcisme ou carrément balayé de bouffées hallucinatoires), mais délibérément avancé en zone diagonale ou de tempête, là où le confort des oreilles est, pour leur plus grand bien, soumis à rude épreuve.

legDès la plage introductive, « Contradiction », pose les règles du son L.E.G.. Une boucle d’orgue samplée à l’ancienne rebondit sur une surface de glitches liquides tandis que le flow à l’assurance millimétrée est entrecoupé d’interventions vocales contradictoires, dont une voix allant et revenant entre deux nappes inquiètes, fantomatiques. « Fire » qui le suit enfonce le clou; roulement de batterie dans le lointain, beat marteau (sans jeu de mots), rythmique au cordeau avant l’irruption de paroles embrumées. On dirait un Dälek sous hélium qui aurait quitté la zone industrielle pour cueillir des champignons dans les beaux jardins bobos et bio, et s’en jeter quelques poêlées, grillées et épicées comme il se doit… Le gimmick rythmique hip-hop de base est toujours là, bien en place, comme prélevé directement via de quelconques trouées temporelles en pleine ère d’expansion ou âge d’or (de la seconde moitié des années 1980 au mitan de la décennie suivante) du rap, mais tout le reste a changé. Greffons électroniques, nappes radioactives et beats malmenés ou en charpie pour un hip-hop de la nuit tombée qui n’a cependant pas perdu le fil tranchant de sa lisibilité. Les tics virtuoses à la Themselves n’y ont pas droit de cité. « Table Mountain Shadows » s’enfonce plus en avant de l’obscurité en quête d’effluves dub viciées avant de s’immobiliser sur place et prêter l’oreille à l’écho urbain des bruits d’une cité saisie dans la torpeur hivernale. Le réveil sera rude; « Man Is… », et ses inserts de fraiseuses et son constat irréfutable « Technology Slave… »). Les geysers de dissonances électroniques continuent de plus belle à fracturer les soubassements instables de « Visionary Bombers » à la manière Food For Animals mais L.E.G. garde la main et glisse sa «  personal touch » – comme une aire d’intranquillité digitale d’une trentaine de secondes en moyenne insérée à l’intérieur de chaque titre – le temps de repartir, et pas toujours dans la même direction. Synthés Sci-Fi filant les chocottes, sample meurtrier de guitare ondoyante et flow méthodique mâtiné de réverbérations abyssales font d’« Abscence of Order » un excellent inédit au récent Fluorescent Black d’Antipop Consortium. La suite (« Cosmopolis ») est une queue de poisson au massif et déjà évoqué Dälek au sens où ce dernier n’a pas encore écrit de bande originale cauchemardesque utilisable immédiatement.

Long en bouche, sans un gramme de déchet, Illnes Of The Realness se paie le luxe de garder le meilleur pour la fin. Vocaux chuchotés, rythmes de cyborg implacables, nappes anxiogènes, chutes d’objets métalliques, pause point de côté avec mirage violonesque et relance sur une scansion prise au collet avant une dernière échappée instrumentale… « Loose Control » est l’acmé et le parfait résumé d’un hip-hop coulé dans un métal oxydé dont on espère voir en L.E.G. un émissaire de ce côté-ci de l’Atlantique. Histoire de prendre pour euro comptant la pleine mesure de son programmatique intitulé!

Yannick Hustache

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