Archive | mars, 2011

Balkan Trafik dans votre médiathèque, notre sélection autour du festival

31 Mar

La Médiathèque de l’Ulb vous propose, pour la 4ème année consécutive, une sélection de médias autour du Festival BALKAN TRAFIK!, qui se déroulera cette année les 14, 15, 16 et 17 avril au BOZAR.

Nous aurons aussi le plaisir d’accueillir le 09 avril 2011, deux groupes « labellisés » Balkan Trafik.
Plus d’informations sur ces 2 concerts

Krupnik & Yiddish Tanz, met l’accent sur un répertoire aux sonorités balkaniques et orientales.

Zongora feat Aurel Budisteanu, évolue dans un répertoire aux accents balkan-gipsy. Leur 1er album « Doveriata » sortira en avril 2011.

 

Petite sélection à travers nos collections, d’autres médias (Cd, DVD, Cours de Langue, …) dans votre Médiathèque de l’Ulb :

BOBAN I MARKO: BALKAN BRASS FEST – MU9971
Boban MARKOVIC ORKESTAR
PIRANHA, 2003
LE MONDE EST UN VILLAGE 9- MA0210

Balkan Trafik fête son 5e anniversaire en fanfare

Pas de fête d’anniversaire sans feu d’artifice. La 5e édition de Balkan Trafik ne dérogera pas cette règle. Avec Goran Bregović dans une création unique, le dernier film de Danis Tanović et l’orchestre des Marković, mais aussi avec une croisière festive le long du canal de Bruxelles : le Balkan Boat !

Balkan Trafik : Jeudi 14 > Dimanche 17.04.2011 Palais des Beaux-Arts

Balkan Trafik fête déjà ses cinq ans ! Comme d’habitude, ce festival qui s’étale sur plusieurs jours au Palais des Beaux-Arts nous promet un patchwork de cultures unique en Europe. Du jeudi 14 au dimanche 17 avril, vedettes locales, artistes de la diaspora et créateurs d’ici ou de là-bas se partageront l’affiche pour vous offrir un mélange de musique, films, théâtre, danse et animations de tout le sud-est de l’Europe. Balkan Trafik n’hésite pas à mêler les styles et les genres, de la musique folklorique à l’électro en passant par les meilleurs brass bands du moment et la crème des scènes jazz et rock.

Pour son anniversaire, Balkan Trafik s’entoure des plus grandes pointures : le célèbre Goran Bregović revient avec un projet musical grandiose, Margot, et réalisateur Danis Tanović, le fameux brass band de Boban I Marko Marković et le groupe de rock turc, à la stature et renommée internationale, Duman, seront aussi de la partie. Last but not least, pour célébrer son cinquième anniversaire en beauté, Balkan Trafik a aussi prévu une croisière festive le long du canal de Bruxelles, à bord du Balkan Boat, en guise d’ouverture du festival.

Plus d’infos www.balkantrafik.com

Richard Brouillette, L’encerclement, la démocratie dans les rets du néolibéralisme

30 Mar

L’ ENCERCLEMENT – DVD ­ LA DÉMOCRATIE DANS LES RETS DU NÉOLIBÉRALISME – TL3551

Pochette TL3551.

VO FR. Durée :160′.
LES FILMS DU PARADOXE, 2009.

Où emprunter, détails…

L’encerclement…, malgré son nom, n’est pas le patient décorticage explicatif d’un complot ourdi en coulisses à des fins de domination du monde, mais bien la description du lent cheminement d’une pensée, depuis les lieux obscurs de sa formulation jusqu’à sa complète interpénétration du réel, au point d’être confondu avec lui. Mais c’est aussi le premier jalon d’une réfutation idéologique qui a bien du mal à faire entendre son point de vue !

A priori, le propos paraît austère et un visionnage distrait pourrait laisser filtrer l’idée que ce film a trait à des évènements relevant de la partie gauche de la ligne du temps, celle des histoires, faits et gestes dûment consignés et dont on mesure à peu près de manière consciente les répercutions sur le moment présent. Mais ici, c’est une attention pleine et entière du spectateur qui est sollicitée. Choix du noir et blanc, image « granuleuse », tournage en 16mm, cadrage rigoureux couplé à un montage faussement placide – seulement à rebours de la frénésie « clipesque » devenue la norme télévisuelle de bien trop de reportages d’aujourd’hui – musique pianistique au toucher contemporain, l’austère parti-pris formel adopté par le Québécois Richard Brouillette pour L’encerclement, reflète parfaitement son désir de demeurer rivé au(x) « texte(s) ». Un dispositif, sans voix off ni inserts d’aucune sorte, qui s’en remet au pouvoir (intact) de fascination de la parole en s’épargnant au maximum le recours à des « lubrifiants visuels » (dixit l’auteur), ces images d’archives ou des reconstitutions susceptibles « d’orienter », ou du moins de perturber le sens des interventions des participants d’un documentaire qui fait le pari de l’intelligence de son public. Pas courant !

ence

L’idée maîtresse de ce film est énoncée telle un postulat démontré et… démonté en dix chapitres. Ou comment l’idéologie néo-libérale, de simple discours économique élaboré au sein d’obscurs cercles intellectuels s’est peu à peu infiltrée dans toutes les strates de la société pour produire une pensée unique à visée globale (mondiale), un « principe de réalité » qui se voudrait à la fois ‘ahistorique’ (Bourdieu) – c’est-à-dire dégagée des contextes socio-économiques particuliers – et autolégitimée, autrement dit, qui possède ce luxe intellectuel de devoir faire l’impasse d’explications sur sa véritable nature ou sur ses origines. Mais se trouve paradoxalement en position de force de s’imposer partout et à tous ! L’allégorie d’Adam Smith « de la main invisible du marché qui tend naturellement à s’autoréguler » est lumineuse, car elle attribue une causalité « naturelle », donc irréfutable, à l’un de ses plus intouchables fondamentaux.

Et c’est davantage à l’idéologie qu’au cours de la bourse que s’attaque L’encerclement. Comment, en se réappropriant le credo libéral originel (des Locke, Ricardo…), mais en le coupant de sa dimension éthique (l’antienne du « bien commun ») au profit d’une supposée « indiscutable efficacité », les adeptes zélés du néo-libéralisme (l’ajout du préfixe lève en outre la confusion avec le « libéral » à l’américaine qui est plutôt un homme de gauche) et au travers d’un réseau complexe d’articulations qui part de « think tanks » (cellules de réflexion, boîtes à initiatives) et transite par le relais de « fondations » généreusement dotées (financées par le privé), pour aboutir aux plus hautes instances politiques, sont partis à l’assaut des esprits et des systèmes économiques de la planète !

Une pensée dont les fondements sont posés dès 1938 (colloque Walter Lippmann) et 1947 (Société du Mont Pèlerin), et qui connaît un premier champ d’application dans les réformes économiques mises en place sous Pinochet dans le Chili des années’70. Privatisation à outrance, mesures anti-inflationnistes et régime forcé des attributs de l’État sont les grandes lignes d’une doctrine étayée par l’école dite de Chicago (le monétarisme de Milton Friedman) et que reprendront à leur compte les Reagan et Thatcher, avant d’intégrer presque «telles quelles» les futurs programmes d’ajustement structurel du F.M.I… Et aujourd’hui, les gouvernements de gauche comme de droite n’ont jamais autant convergé dans le même sens et tentent de conserver à tant bien que mal les faveurs de marchés financiers hyper volatils dont on n’ose à peine espérer – et malgré un krach bousier récent (2008) – une amorce de régulation.

Espace de savoir et de transmission privilégié, le monde de l’Enseignement, au travers de sa réalité québécoise, est montré comme un territoire de conquête (des esprits) qui aiguise les appétits de « généreux mécènes privés » au service (indirect) des entreprises. Une fabrique de « serviteurs du système » comme le rappelle Omar Aktouf, pour souligner que les évolutions idéologiques vont de pair avec maints (ré)aménagements linguistiques.

Et c’est à une patiente déconstruction d’un discours néolibéral tellement sûr de son fait qu’il en devient édifiant (le «libertarianisme» défendu par le directeur du Le Québécois Libre) et cache mal une haine primaire envers l’État, les associations citoyennes et la démocratie (!), contrastant avec une très angélique conception de la libre entreprise que convie L’encerclement. Noam Chomsky, Ignacio Ramonet, Suzan George, (Oncle) Bernard Maris déboulent quelques statues d’une idéologie capitaliste parfois défendue de manière caricaturale (seul défaut du film), au moyen d’un argumentaire certes, désacralisant, mais qui souligne de façon inquiétante la marginalisation de fait de toute pensée critique envers la doxa néolibérale !

Yannick Hustache

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Quelques photos de la présentation d’Archipel du 18 mars 2011

26 Mar

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Mondialisation

24 Mar

C’est une tendance lourde du cinéma documentaire : les films qui essaient d’expliquer la complexité du fonctionnement économique du monde. Sans ce devoir d’explication, comment rester citoyen conscient des enjeux ?

Mondialisation et économie : l’enchevêtrement presque parfait

crisePartons d’une définition communément admise (le terme n’a intégré le dico français qu’en 1964 !) : « la mondialisation désigne le développement de liens d’interdépendance entre hommes, activités humaines et systèmes politiques à l’échelle du monde. Ce phénomène touche la plupart des domaines avec des effets et une temporalité propres à chacun. Il évoque aussi les transferts internationaux  de technologie et de main-d’œuvre ou de connaissances… Il est aussi utilisé pour décrire les changements induits par la diffusion mondiale des informations sous forme numériques sur Internet » (Techno-science.net). Différencions-le du concept faux-jumeaux de globalisation (globalization en anglais) qui peut être compris à la fois comme une extension du raisonnement économique à toutes les activités humaines avec le globe terrestre pour horizon, mais aussi comme une étape située après la mondialisation et qui la dépasserait, caractérisée par une abolition des frontières au sein des réseaux d’échanges mondiaux et un net affaiblissement voire une dissolution des identités nationales. Voilà pourquoi le plus spécifique « globalisation financière » s’est naturellement imposé pour dépeindre la mise en place progressive d’un marché mondial intégré (et donc sans entrave) de capitaux arrivé au seuil de sa réalisation finale.

Un lent mais inexorable processus macro-sociétal qui épouse et repose sur les mutations d’un capitalisme certes évolutif et multiple, mais s’appuyant sur les mêmes sacro-saints principes d’accumulation des capitaux et de recherche de profits, et de propriété privée des moyens de production au sein d’un espace (le marché) où la liberté des acteurs est maximale et le prix, un indicateur vérité. Si les échanges économiques intercontinentaux remontent à l’antiquité, les prémices du capitalisme se développent dans quelques riches cités d’Europe (Bruges) dès la fin du Moyen Age pour connaître de multiples déclinaisons (marchand, foncier, entrepreneurial, financier, monopolistique d’Etat…) aux siècles suivants, à mesure que le monde «connu» gagne peu à peu toute la surface de la Terre. Au XIXe siècle, il prend les atours modernes en « accompagnant » une révolution industrielle féconde en produits manufacturés et d’inventions qui réduisent les distances (train à vapeur, le télégraphe) mais se traduit aussi par des formes nouvelles d’exploitation qui condamnent les masses populaires du Nord à la pauvreté ou à émigrer (vers les villes, en Amérique…) et les populations du Sud à l’asservissement via la colonisation. La réaction s’organise au début du siècle suivant qui, entre guerres mondiales (14-18, 39-45) et périphériques, crises monétaires et économiques majeures (1929, voir La Crise/la grande dépression), et replis protectionnistes, voit la construction d’une entité politique transnationale régie par un modèle économique différent, le bloc soviétique ou socialiste.

Ce repli partiel du capitalisme ne dure qu’un temps et à l’aide de ses nouveaux instruments-serviteurs zélés forgés après 1945 (F.M.I., Banque Mondiale, GATT puis OMC, voir Pas assez de volume et Nos amis de la banque), auréolé d’un discours néo-libéral reformulé et qui se voudrait le reflet d’un certain ordre « naturel » (dérégulation, maîtrise des dépenses publiques, développement des exportations…), dans un monde presque entièrement « décolonisé » et bientôt quitte de sa division en blocs adverses (et ce dès la fin de la décennie 1980), il s’impose bientôt comme doctrine économique à l’ensemble ) d’une évolution technologique sans précédent.

Mais il convient de nuancer. Si pour paraphraser Laurent Carroué, la mondialisation est à la fois – une idéologie (le libéralisme), une monnaie (le dollar), un outil (le capitalisme), un système politique (la démocratie), une langue (l’anglais) – la nouvelle cartographie de la géopolitique économique mondiale souffre de suffisamment de nuances pour que sa critique raisonnée (Le monde selon Stiglitz) se nourrisse d’une pluralité de points de vue qui dépasse la simple indignation catastrophiste et fasse aussi place aux acteurs d’un changement social porteur d’espoir.

Ainsi, d’un point de vue purement macro-économique, la promesse faite au consommateur de payer un prix aussi bas que possible recouvre une double réalité qui place les travailleurs, où qu’ils se trouvent sur le globe, en concurrence les uns des autres, enrôlés sous la bannière peu reluisante du moindre coût, et dont les principaux bénéficiaires (les détenteurs de capitaux), chevillés aux aléas d’une bourse mondiale au tic-tac effréné (l’obsession de rentabilité à court terme), demeurent plus que jamais éloignés des mécanismes de production proprement dits (Turbulences, The Smartest Guys in the Room). Une re-localisation des activités économiques à l’échelle planétaire, qui voient certaines régions pour lesquelles les coûts du travail sont maintenus au plus bas, devenir d’immenses ateliers/zones industrielles/fabriques/cultures (El Ejido, la loi du profit) au détriment d’autres, et dont les marchandises, transportées aux moindres frais, inondent les besoins d’un marché répondant à des spécifications très occidentales. Outre la marginalisation du pouvoir des états, l’affaiblissement des systèmes de protection sociale et les difficultés dans le chef des mouvements sociaux, d’organiser une « riposte efficiente », l’activité économique met à mal les ressources naturelles limitées d’une planète « finie » (l’allégorique La face cachée du pétrole), déjà fragilisée par une réduction de la biodiversité à laquelle elle a, par ses choix – culture intensive, standardisation des variétés végétales (Les tomates voient rouge) et des espèces animales, le recours aux OGM… (Le monde selon Monsanto) – grandement contribué. Et notre consommateur final – nous-même – de se retrouver avec un choix apparent exponentiel qui finalement le confine au « même » (Ces fromages qu’on assassine) dans un cadre éclaté et inintelligible qui distend toujours un peu plus le fil ténu qui le relie à « son origine », La Terre.

decroissanceMais, dans l’hypothétique élaboration d’une alternative économique sociétale (voir Davos – Porto Alegre, Simplicité volontaire et décroissance vol. 1 et vol. 2), ici et là fleurissent au niveau local, et à l’autre bout d’un spectre qui confère à certaines ONG une légitimité internationale et des moyens d’action conséquents et nouveaux (les réseaux sociaux via l’Internet), une série d’initiatives qui battent – un peu – en brèche le scepticisme de cette époque : une coopérative de producteurs de coton (Quand la fibre résiste), le café comme alternative aux cultures de la drogue (Un grain d’équité), la solidarité comme réponse à la crise (Argentinazo) et à la faillite d’une société. Et à la clé, des résultats (Forêt, l’espoir certifié). Un beau chantier.

Yannick Hustache

  • FORÊTS, L’ESPOIR CERTIFIÉ – DVD – JUSTE PLANÈTE – DVD – COMMERCE ÉQUITABLE – DVD – TL5541
    Où emprunter, détails… en DVDsur demande d'envoi
  • LE MONDE SELON MONSANTO – DVD – DE LA DIOXINE AUX OGM, UNE MULTINATIONALE QUI VOUS VEUT DU BIEN – TM5476
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Concert d’accordéon par Manu Comté et ses élèves d’académie – Samedi 09 avril 2011 à 17h00

23 Mar

De Scarlatti à Grieg en passant par Aznavour, Piazzolla et Richard Galliano.

Les élèves en compagnie de Manu Comté nous plongent dans un répertoire vaste et varié (musettes, tangos, créations contemporaines), nous faisant découvrir toutes les richesses de l’accordéon.

Cette heureuse initiative de concert est issue d’un partenariat entre l’académie d’Auderghem et la Médiathèque de l’ULB.


Manu Comté

Passionné par l’œuvre de Piazzolla, Manu Comté est accordéoniste et bandonéiste dans le groupe Soledad, dont la renommée aujourd’hui est internationale. Il est aussi professeur d’accordéon dans les académies de Rixensart, Auderghem et Boitsfort. Il participe à des Mastersclasses de Jazz, avec Richard Galliano en France (1998) et en Italie (2007).Il se consacre également à la pratique du bandonéon sous les conseils avisés d’ Alfredo Marcucci, célèbre bandonéoniste argentin. Son répertoire va du tango nuevo à la musique contemporaine en passant par le jazz et la chanson française.

Samedi 9 avril 2011 à 17h00

Adresse :
La Médiathèque de l’ULB-XL
Bâtiment U
Av Paul Héger (coin square Servais)
1000 Bruxelles (situé sur la Commune d’Ixelles)
Accès gratuit
02/ 647.42.07

Concerts de Krupnik & Yiddish Tanz et Zongora feat Aurel Budisteanu – Samedi 9 avril 2011 à 12h30 & 13h45

22 Mar

Concerts organisés dans le cadre de notre partenariat avec le Festival Balkan Trafik, qui fête déjà ses cinq ans ! Ce festival, qui s’étale du jeudi 14 au dimanche 17 avril au Palais des Beaux-Arts, nous promet un patchwork de cultures unique en Europe.

Nous aurons à cette occasion le plaisir d’accueillir à la Médiathèque de l’Ulb deux groupes « labellisés » Balkan Trafik.

Krupnik & Yiddish Tanz parcourent à toute allure le paysage riche de la musique juive traditionnelle. À l’aide d’un mélange sublime d’instruments acoustiques et électroniques, ils invitent le spectateur à monter sur la piste de danse.

Zongora feat Aurel Budisteanu, évolue dans un répertoire aux accents balkan-gipsy. L’accordéoniste roumain de Bruxelles, Aurel Budisteanu, s’entoure ici des musiciens de Zongora pour un concert festif de musique des Balkans.
C’est aussi l’occasion d’annoncer la sortie du nouvel album de Zongora « Doveriata »  et leur concert au Théâtre Molière le 22 avril ! Un événement balkanique à ne manquer sous aucun prétexte !

Samedi 9 avril 2011 à 12h30 et 13h45

Adresse :
La Médiathèque de l’ULB-XL
Bâtiment U
Av Paul Héger (coin square Servais)
1000 Bruxelles (situé sur la Commune d’Ixelles)
Accès gratuit
02/ 647.42.07

Young God Records : les disques du domaine de Michael Gira

17 Mar

credit Eric Hurtado/Etante Donnes En 1990, les Swans, à la fois formation principale et « extension naturelle collective » (c’est lui qui donne le « la » même si sa compagne d’alors, Jarboe, est d’un apport plus que significatif) de l’Américain Michael Gira, sont à la croisée des chemins. Musicalement, l’énergie cathartique des débuts a cédé le pas à un rock sombre et tendu comme la corde d’un arc dans l’effort, mais où la mélodie a définitivement pris l’ascendant sur le vacarme, et, leur reprise des pas encore sanctifiés Joy Division Love Will Tear Us Apart », absente sur album) attire des majors qui ont pris l’habitude de faire leur shopping dans un milieu underground dont les Swans ont largement fait le tour. Mais l’affaire se passe mal et Gira ne retirera de cette courte escapade dans les méandres du music business qu’amertume et ressentiment, et ce, malgré un beau disque : White Light From The Mouth of Infinity, désarçonnant de quiétude (assassine) pour les fans de longue date.

Il décide donc de publier et distribuer ses disques (ceux des Swans) à compte d’auteur sous la dénomination de Young God Records, intitulé d’un EP paru en 1984 et peut être – sait-on jamais avec ce personnage pince-sans-rire à l’humour sarcastique – la réponse du berger à la bergère au groupe suisse Young Gods qui trouva son nom sur ce maxi désormais mythique.

Gira y sort les disques suivants des Swans (Love Of Life, The Great Annihilator…) jusqu’à leur dissolution en 1996 (Soundtracks For The Blind), rend à nouveau disponible dans une nouvelle et avenante présentation cartonnée (les doubles Body To Body/Job To Job, Children of God/World of Skin) les premiers travaux de son groupe et complète l’archivage discographie de quelques enregistrements live bien sentis (Swans Are Dead). On retrouve bien évidement les albums de son projet collectif suivant maintenant en suspens, The Angels Of Light (We Are Him, How I Loved You…), mais aussi des disques solo rock (Drainland), instrumentaux (la doublette électro-dronesque Body Lovers /Body Haters), une lecture de textes (The Somniloquist) et un LP/CD partagé (What We Did) avec Dan Matz, leader des trop méconnus Windsor For The Derby (qui y ont par ailleurs commis un excellent Difference And Repetition). Car si Young God met aussi de façon ponctuelle sur son site (et aux concerts) en quantité limitée des CD-R et LP maison aux fins de financer les enregistrements ultérieurs du label, Gira a transformé sa petite entreprise en une auberge espagnole d’un éclectisme réjouissant.

phto : Lauren Dukoff Le futur pape folk des néo-hippies, Devendra Banhart y a gravé ses deux meilleures plaques (Oh Me, Oh My… et Black Babies) et une fée trop discrète, Lisa Germano, trouvé un havre de paix discographique (Lullaby For Liquid Pig, In The Maybe World, et Magic Neighbor). James Blackshaw, autre réfugié artistique poursuit ses explorations acoustiques boucle après boucle (Glass Bead Game et le récent All Is Falling) tandis que les prolifiques Akron/Family ont quant à eux quitté le navire Young God après un quarteron de disques rock & psyché (Akron/Family, Meek Warrior, Love Is Simple) et un split en compagnie du « patron » (Akron/Family/ The Angels Of Light).

Ces derniers temps, plus weird folk que jamais, Young God s’est entiché de l’intrigante Larkin Grimm (Parplar), recueille Fire On Fire, nouvelle incarnation à dominante acoustique des ‘cultissimes’ Cerberus Shoal (The Orchad) ainsi que le mystérieux Wooden Wand qui œuvre à présent sans son Vanishing Voice (Death Set).

Du riche et international passé du label, on retient une série de « one-shot » de groupes ou artistes toujours en activité. Un disque en français des insaisissables Ulan Bator (Ego: Echo), le premier long format des Finnois délicats de Mi And L’au (Good Morning Jokers), le 3ème album des crépusculaires Calla (Scavengers) et un effort des Italiens de Larsen (Rever). Et aussi une brochette d’inclassables oscillant entre rock théâtral et chaotique (Private/publi de Flux Information Sciences) et l’une ou l’autre collaboration transversale (Palestine/Coulter/Mathoul : Maximin).

Un panthéon joliment peuplé !

Yannick Hustache

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Du shoegaze, du post shoegaze, du « new » Lo-fi et des filles !

16 Mar

Dans le rock en 2010, on aura à nouveau emprunté la machine à remonter le temps mais sans trop se suivre la notice d’utilisation ! D’où cette sensation bizarre de réécouter du Lo-fi qui a un parfum80’s, tout en gardant la pose de rigueur, l’œil rivé sur ses chaussures. Sauf au passage des filles !

toEst-ce l’envie de se distancier d’un paquet de disques produits avec la finesse artisanale d’un Airbus au sortir du hangar, ou une nouvelle preuve que comme dans la mode, les cycles musicaux se suivent et se ressemblent pas mal ? Mais quelques-uns parmi les plus beaux albums parus en 2010 (où à la toute fin de 2009) se contentaient d’une production minimale, anémique en apparence, et rayonnaient pourtant d’une incontestable beauté sensible, bien qu’un peu pâlichonne. Projet du seul Mike Andreas, Perfume Genius, avec son Learning campé maladroitement sur des mélodies pianotées rachitiques ou tapissées d’effets sonores « misérables », dresse un autoportrait hypersensible, lévitant à distance de toute exhibition intime complaisante, est l’Objet Musical Nouvellement Identifié de 2010 ! Autre incongruité musico-intemporelle dont on ne suivra consciemment pas l’injonction de son titre est le Forget de Twin Shadow, simple extension du seul George Lewis Jr, un natif de République Dominicaine grandi aux U.S.A. et relocalisé à présent à New York. Affublé d’un look de disco-addict, l’énergumène traque le Bowie « honteux » des 80’s (celui de « Let’s Dance ») et le fait dégrossir dans une grosse tambouille new-wave façon back catalogue 4AD qui miraculeusement n’a pas pris les couleurs moches et délavées des VHS d’époque ! Un label de référence qui semble s’être fait plaisir en publiant le Before Today d’Ariel Pink’s Haunted Graffiti, sorte de jukebox humain sous acide(s) qui régurgite des mélopées guimauves ultra Lo-Fi comme on n’en faisait il y a trente ans, avec la candeur frondeuse de gamins qui s’amusent à gonfler d’énormes bulles pop avec de vieux chewing-gums trouvés dans une boîte à friandises chez leurs parents. Et tant qu’à tout mélanger, pourquoi pas opérer un petit détour par l’Australie où Tame Impala propose avec Innerspeaker une alternative maline et diététique au shaker pop psyché poids lourd des très premiers de classe de MGMT. Les essayer, c’est les adopter.

rdMais alors que les eighties n’en finissent pas de ne pas se terminer, l’épiphénomène shoegaze du début des 90’s continuent de susciter des vocations tout en essaimant à tous les vents de la planète rock. Et plutôt qu’à un recensement des inutiles clones du genre, on tendra les pavillons de ces groupes qui tout en étant pas complètement sorti du brouillard sonique mais ont quand même entrevu d’autres lumières pop. Les 35 petites minutes de Clinging’ to a Scheme des Suédois  peu productivistes (deux disques en 5 ans !) de Radio Dept qui synthétisent sans se forcer 20 ans d’english pop en purée de pois (années 80 et 90 confondues) dont les subtilités demandent quelque attention de la part de l’auditeur avant de se draper de leur superbe évidence mélodique. Un chemin de mémoire formatif qui, tel à l’ultime station d’un pèlerinage musical à l’aveuglette, s’est figé sur 1982-83, année de sortie du Garlands de Cocteau Twins dont le Waves de Tamaryn semble capter l’écho temporel en 2010. Un écho étonnement diffracté et magnifié par son passage au travers des majestueuses brumes hivernales hantées des voix éthérées ou habitées des Siouxsie & The Banshees, Mazzy Star et Slowdive. Des femmes, on n’en compte paradoxalement aucune dans Women dont le Public Strain est ce qui s’est fait de plus surprenant dans cette faille parfois synonyme de précipice, qui sépare sommets pop absolus à la Beach Boys et marais bruitistes à la My Bloody Valentine. Une plaque qui tacle gentiment l’Halcyon Digest de Deerhunter, sans doute le mètre-étalon d’une pop « moderne » pour les années à venir, et certes, largement dégagés des nuées électrifiées, mais la boussole fixée vers un ailleurs déjà à portée de mains.

A l’autre bout de la constellation shoegaze, A Place To Bury Strangers (Exploding Head) brilla tel un astre noir, distillant une lumière blafarde mais insidieuse à des mondes pop/rock gelés depuis 30 ans (post cold wave) au moins ou rendus stériles de par leur suractivité industrielle (et post Suicide). Pour se remettre, rien de tel qu’une injection massive d’Health (Get Colors et son pendant remixé, Disco 2) à base de drums éléphantesques, de rythmes scooters, de samples vicelards et de mélopées angéliques nichées sur des essaims de guitares shoegaze supersoniques…

ddgL’autre constante de 2010 aura été la succession d’all-girl band ou presque, qui ont trusté les platines avec une régularité presque insolente ! Avec leurs chansons acidulées et new wave  aux doux relents de miel amer, les 4 filles de Warpaint (The Fool) auront rendu les longues nuits d’hiver un peu moins longues. Des nuits où l’on se prend à rêvasser de torpeur estivale et de ses cortèges sans fin de corps peu vêtus qui font encore grimper le mercure. Mais si les fausses ingénues de Dum Dum Girls (I Will Be) et de Vivian Girls (Everything Goes Wrong) ont fait de la frange bien tombante et du port de la mini-jupe un choix de vie, leurs hymnes mi bubble-gum 60’s mi noisy pop vont se nicher directement dans les tympans sans que pour une fois, on ne sache que se désoler de ne pouvoir se débarrasser de cette mauvaise glu en tube(s) ! Et s’il n’y avait un malencontreux mâle en son sein, on aurait aussi  inclus les attachants Best Coast (Crazy For You).

Enfin deux trop discrets météores émotionnels ont traversé l’horizon musical 2010 sans trop se faire remarquer mais on n’a encore le cœur et les sens tout chamboulés. D’une part, l’ensemble baroque et sans famille de Thus:Owls et son tourneboulant Cardiac Malfomations (ça doit venir de là !), qui suit les méandres d’une pop/folk  filandreuse et élégiaque qui gratte à même l’échine et met les émotions sans dessus dessous ! Même chose pour la frêle Holly Miranda (The Magician’s Private Library) dont le pouvoir d’enchantement est peut-être carrément aussi puissant que celui jeté par Cat Power en 1996 sur l’inusable What Would the Community Think !

Yannick Hustache

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Promenade interactive à la découverte d’Archipel – Vendredi 18 mars 2011 de 14h00 à 15h30

15 Mar

Présentation par Yves Poliart, à travers l’écoute d’extraits musicaux.

D’Erik Satie à John Butcher en passant par Varèse et tant d’autres, une promenade sonore et ludique à travers l’Archipel.

Yves Poliart nous fera découvrir les trésors cachés des différents îlots qui composent Archipel, à travers l’écoute d’extraits musicaux insolites, ces audaces de quelques illuminés qui, au fil du temps, permettent aux musiques plus conventionnelles d’intégrer des éléments de nouveauté: rythmes, textures, écritures,…

Nous vous proposons une exploration intuitive des musiques aventureuses apparues depuis le début du XXème siècle et rendues possibles par les nouvelles techniques d’enregistrement.

Laissez-vous emporter dans l’univers d’Archipel, parsemé de surprises insoupçonnées.

Plus d’infos sur http://www.archipels.be/


Vendredi 18 mars 2011 de 14h00 à 15h30

Adresse :
La Médiathèque de l’ULB-XL
Bâtiment U
Av Paul Héger (coin square Servais)
1000 Bruxelles (situé sur la Commune d’Ixelles)
Accès gratuit, réservation souhaitée
02/ 647.42.07


Inception, la fabrique rêvée du rêve

9 Mar

INCEPTION – VI0258 

Christopher NOLAN

Pochette VI0258.
VO AN st.FR. Durée :148′.
WARNER, 2010, Etats-Unis, Grande-Bretagne.

Où emprunter, détails…

Prototype d’un genre pas si répandu – le blockbuster « intelligent » – le film banco surprise (?) de Christopher Nolan n’en finitpas d’alimenter réflexions et débats, et d’attirer dans son champ magnétique multidimensionnel quantités toujours plus imposantes de références hétérogènes mais fécondes. En voici quelques-unes.

Certes, si Christopher Nolan a bluffé (presque) tout son monde avec Inception, le jeune quadra anglais a déjà fait montre depuis des lunes de son habilité à conjuguer imposante maîtrise formelle, préoccupations conceptuelles et excellents taux de fréquentation en salles obscures. Autrement dit à proposer des films qui sidèrent et interrogent presque dans le même mouvement, sans devoir (trop) forcer le trait ni se sentir obligé de tenir la main du spectateur, pour une fois investi d’une autonomie de réflexion propre !

Au début, on est pourtant resté un brin dubitatif devant un (presque) premier film, Memento (quoique Nolan ait tourné en 1999 un inaugural Following d’à peine plus d’une heure dans son Londres natal) qui y allait quand même joyeusement dans l’esbroufe, et ce même si, à la manière d’un David Fincher (par exemple), cette façon de faire tourner le public en bourrique avec son consentement tacite, reposait sur une mécanique filmique qui ne faisait pas que brasser de l’air et lui offrait un peu plus qu’une tourneboulante suite de séquences virtuoses enchaînées comme une pause pub sans fin.

Mais dès le doublé super-héroïque Batman Begins (2005) et The Dark knight (2008) qui s’attaquait à un sous-genre (l’adaptation de comic-books) en voie d’adoubement critique par sa face obscure (et névrosée), espacé d’un intermède classieux qui remit en lumière les airs (ancestraux) de famille communs au cinéma et à la magie (le mésestimé Prestige en 2006), il ne fait plus aucun doute que Christopher Nolan est un auteur à part entière qui, à la tête de sa petite et florissante entreprise est en mesure de rallier Hollywood et sa manne infinie de dollars à ses vues. Pourvu que ça dure !

Sur le principe Inception n’invente rien et se place même dans le milieu de peloton d’une série de films qui s’interroge sur la « tangibilité du principe de réalité ». Qu’est-ce qui m’assure que ce qui m’entoure est bien « réel » ? Qu’est-ce qui me garantit la stabilité et la « solidité » de sa structure/texture constitutive ? Et en corollaire la question subsidiaire; ne serait-je finalement pas en train de rêver, ou d’être moi-même (dans) le rêve d’un autre, voire d’un autre moi-même (…) ? Des questions remises au jour cinématographique – en vrac ces douze dernière années- par la trilogie Matrix des frères Wachowski, Dark City de Proyas, Avalon d’Oshii ou même en remontant quelque peu, le cours du temps (1973), dans l’unique incursion (pour le compte de la télévision) de l’Allemand Fassbinder du côté du Fantastique avec le toujours très sidérant Un monde sur le fil.

incA la différence de Matrix qui enfonça la pédale d’accélérateur des technologies nouvelles et effets (digitaux) spéciaux de son époque dans une frénésie de l’épate si coupable qu’elle dissimula au fil des épisodes de plus en plus mal la vacuité d’un message (?) ajouté à posteriori (les « révélations » et « débats » volontairement entortillés et embrouillés du Matrix Reloaded), et d’un film qui prétendait à s’élever très au-dessus de sa qualité de « pur divertissement » (une espèce de mix renversant de film catastrophe, de karaté, de SF, mâtiné d’un soupçon de fétichisme, et lorgnant sur le jeu vidéo et l’univers du clip), Inception n’a recours au numérique que pour soutenir et appuyer sa foisonnante panoplie d’effets spéciaux « à l’ancienne » élevée à un niveau de maîtrise hallucinant, ou dans les quelques rares cas de figure où il fut impossible à Nolan et à son équipe de se passer du commun fond d’écran vert ! Le résultat n’en est que plus bluffant (les scènes tournées dans un hôtel où la gravité décline puis disparaît sont à couper le souffle) et rappelle une leçon très élémentaire de cinéma qu’il n’est point de bons films sans excellents acteurs et dans le cas présent de collaborateurs, de familiers. Si tourner avec l’Anglais fut une première pour un Leonardo DiCaprio aux traits de plus en plus émaciés ainsi que pour l’éternelle teenager Ellen Page (Juno), on retrouve au générique de cette superproduction, devant et derrière la caméra tout un panel de vieilles connaissances du cinéaste, comme si Nolan éprouvait de ne travailler que dans environnement qui lui était pour partie familier. Michael Caine, Cillian Murphy (…) sont indissociables de ses derniers films, mais l’observateur attentif notera que les noms de Jonathan Nolan (frère et scénariste) et d’Emma Thomas (femme et productrice) font partie de sa garde technique rapprochée. « Ma petite entreprise, connaît pas la crise… » chantait feu Bashung

Dans le Hollywood d’aujourd’hui, c’est presque du luxe; Mise en scène « en dur », casting « ami » et un scénario « original » – c.à.d. non retravaillé par une cascade de correcteurs/censeurs qui ont tendance à délayer le propos et diminuer au maximum le nombre d’éléments de scénario laissés à interprétation. Dans ce cas-ci Inception est un cas d’école qui dépasse d’une bonne tête le cas déjà ancien du film au pitch (Usual Suspect, Fight Club…) volontairement entortillé, mais qui in extremis retombera sur ses pattes, et assénera à un spectateur dans les cordes, une éclairante et presque rassurante explication finale. Ici, on se place plus largement dans un type de scénarii ondoyant en spirale, enroulé autour d’un axe et présentant à chaque fois une face inédite, dont le plus bel exemple récent est l’écriture de la série Lost.

inEn quelques lignes; un groupe de voleurs (« extracteurs ») est capable de s’introduire dans les rêves et donc le subconscient de leurs victimes pour y subtiliser l’(es) idée(s) enfouie(s) au plus profond de leur inconscient, ou bien d’y déposer une suggestion qui paraîtra, au réveil du patient, relever de la plus sereine évidence intime. Pour les besoins de la cause, un architecte de l’onirique est requis. La tâche est ardue et absolument pas sans risque; orchestrer un passage en force et empiler si nécessaire des niveaux de rêve intriqués en cascade (les évènements de l’un portant directement à conséquence sur les autres) comme autant de théâtre de lutte entre ces cambrioleurs des songes et les défenses immunitaires mentales, parfois artificiellement stimulées du dormeur, et où les accidents et imprévus sont monnaie courante. Sans compter l’ultime sanction du réveil de l’attaqué qui remet derechef les comptes à plat. Autre impératif à respecter sous peine de stimuler la virulence de ces « vigiles de l’inconscient », conserver à tout prix le caractère « construit » et « agrégatif » du rêve qui ne doit à aucun moment correspondre à un simulacre de réalité bâtit sur des souvenirs aussi fidèles que possible à la « toile du réel ». En ne respectant pas entièrement cette règle et en enfreignant une autre – ne pas se servir de la technique d’Inception à des fins personnelles – DiCaprio, alias Cobb (par ailleurs le nom du personnage central de Following) s’est placé dans une position délicate. Devenu quasiment addict des domaines exponentiels du rêve où l’imagination permet de bâtir des mondes «  à soi » soumis à des flux temporels amoindris (le temps s’y écoule bien plus lentement), l’Américain a « implanté » au plus profond de l’inconscient de sa femme Mall (Marion Cotillard, qui ne se départit décidément pas de son look Edith Piaf !) la certitude que la « réalité onirique » au sein de laquelle ils auront vécu une vie entière (que le spectateur verra dans un état de décomposition accéléré comme une Metropolis décatie sans une âme qui vive !) est bel et bien l’instance dernière du réel ! Et le suicide de Madame Cobb (« le vrai réveil » selon elle) de prolonger ses effets à plus d’un niveau. Cobb est accusé de meurtre et obligé de fuir son pays où demeurent ses enfants; mais plus grave, le souvenir de Mall s’est mué en une cristallisation inconsciente de ses propres échecs et de sa profonde culpabilité, une réminiscence agissante maléfique qui remonte des « limbes » (un non-lieu intemporel et sombre où échouent assaillants vaincus et ceux qui ont « raté » leur sortie du rêve) qu’oppose avec une détermination létale à son ex-mari dès que celui-ci plonge en opération d’« extraction ». Inception est à cet égard le film de la dernière chance d’un être acculé, au bord du rouleau. Exsangue, non sevré (il se sert d’Inception pour revisiter les ruines de ses palais du souvenir en cachette), Cobb foire sa tentative d’extraction sur un puissant homme d’affaire chinois (Saito) en début de film, devient son otage et obligé, et se fait engager pour une mission quitte ou double : accéder au saint des saints de l’intimité mentale de l’unique héritier d’un conglomérat à l’échelle mondiale en passe d’être disloqué, et recouvrer en cas de réussite le droit de revoir sa progéniture. Ou alors, tel ce train sorti de nulle qui percute le véhicule de son équipe dans une ville façon Los Angeles sous la mousson (clin d’œil à un certain cinéma d’action made in Hong Kong, devenu un modèle aux yeux d’Hollywood ?) dès le premier niveau de rêve de sa seconde mission, perdre son combat contre lui-même et basculer à jamais dans les abîmes par-delà les songes.

D’autre part, si Inception propose comme peu de films avant lui une visite des arcanes du rêve étagées sur 5 niveaux interdépendants (la disparition momentanée de gravité de l’un va jusqu’à donner l’illusion de corps « allégés » dans un véhicule pourtant en chute libre à l’échelon supérieur !), répondant à des caractéristiques communes de temporalités distendues et de passage de couche de rêve à une autre ou de sensation de réveil vécus tel un séisme, Nolan les filme non pas comme des univers féeriques ou cauchemardesques typés et immédiatement identifiables, mais comme des reconstructions de pans du réel des plus familiers – bien que spectaculaire – et donc crédibles. Dans le désordre, un bunker alpin, un hôtel de luxe, une mégalopole arrosée et même une ville de Paris qui rentre dans sa coquille ! A l’instar du David Cronenberg des Vidéodrome (1983) et eXistenZ (1999), ce n’est pas tant la délimitation réel/son imitation qui intéresse Nolan, qu’importe finalement pour ses protagonistes de vivre au-dedans ou au dehors du rêve, mais la façon dont vont réagir les personnages face à des situations inédites et complexes mais cohérentes relevant d’un réel fuyant et multiforme. Et quitte à ce que certains choisissent en toute connaissance de cause « la proie pour l’ombre » ! Autre similarité entre les deux hommes, la technologie pour le moins discrète permettant l’extraction ressemble chez Nolan à un simple Ipod à placer en intraveineuse, tandis que l’accès aux mondes virtuels se faisait dans le film du Canadien au moyen de « pod », un simple animal génétiquement modifié. Tant qu’à parler d’objet, il convient de souligner le rôle de ces petits bidules personnels (comme une toupie) dont le poids (Cobb) où tout autre irréductible caractéristique sont censés rassurer son propriétaire sur la véritable nature de l’endroit où il se trouve, a une fonction inverse de ceux qu’ils remplissent chez David Lynch. Une clé – par exemple dans Mulholland Drive – est avant un objet médian/de passage entre les mondes. Dans Inception il est l’ancre qui doit indiquer à l’extracteur son retour dans l’univers tangible de façon indiscutable. A noter qu’au moment du générique final, la toupie de Cobb n’a toujours pas touché sol…

pkdComme bon nombre de ses contemporains, Nolan semble profondément imprégné de l’influence du malchanceux romancier U.S. Philip K. Dick, mort en 1982. Auteur de science-fiction peu lu de son vivant et depuis vache à lait scénaristique posthume et prétexte à des adaptations qui confinent du médiocre (Planète Hurlante en 1995, Next en 1997…), au passable (Paycheck en 2003, A Scanner Darkly en 2006) en passant parfois par le meilleur (Minority Report en 2002 et le déclencheur Blade Runner en 1982, qui est l’adaptation du roman Les robots rêvent-ils des moutons électriques ?). Ecrivain paranoïde, drogué et instable (on l’a moment diagnostiqué comme schizophrène), K. Dick développe livre a près livre dans un style simple, la vision d’un réel par essence entortillé et fuyant, et où les subjectivités de chacun n’ont aucune chance d’arriver à un consensus commun sur la réalité qui les englobe. Et d’ajouter l’idée d’un temps malléable à l’envi, qui peut prendre des directions inattendues (régresser) ou se présenter un dans de biens curieuses configurations paradoxales (Dick s’est beaucoup servi du concept d’uchronie : que se passe-t-il si un évènement majeur de l’histoire vient à être modifié ?). Dans Memento, Nolan mène sont intrigue à rebours et suit un personnage psychotique et amnésique. Dans les 2 Batman, la question du double (héros/vilain, Bruce Wayne/Batman) affleure partout dans un contexte de paranoïa urbaine généralisé, Prestige réaffirme la toute puissance du simulacre, et Inception montre l’étrange adéquation d’un subconscient tout puissant mais que l’on peut remodeler et un monde tangible aux limites intrinsèquement incertaines.

Dans un autre ordre d’idées, en début de film, lorsque Cobb recrute la nouvelle architecte, Ariane (Ellen Page), il lui livre quelques explications-clés sur les spécificités des mondes entrouverts par la technique de l’Inception et visitent ensemble un lieu (hôtel ?) où une particularité architecturale propose (miraculeusement) une solution satisfaisante à un paradoxe mathématique. En additionnant le principe du temps élastique (les évènements même simultanés ne se déroulent pas à la même vitesse dans les différentes strates du rêve), il ne fait aucun doute que l’Anglais a dû s’intéresser à un moment où l’autre aux étrangetés et singularités de l’espace-temps et à quelques-unes des plus  récentes et spéculatives théories de la physique contemporaine qui ajoute à nos quatre dimensions connues (longueur, largeur, profondeur et le temps lui-même) plusieurs autres (pour un total de 11 à 18 selon les approches), imperceptibles à l’homme parce qu’enroulées à un niveau subatomique…

Une conception d’univers intriqué (interdépendant) et imbriqué comme un jeu complexe de poupées russes qui a depuis longtemps inspiré les auteurs de science-fiction et de comic-books (un autre Anglais, Warren Ellis a écrit début 2000 des histoires mettant en œuvre dans sa série Planetary un ordinateur quantique capable de plier le réel à ses désidératas) dont Nolan a livré 2 des plus ébouriffantes adaptations cinématographiques (et bientôt un troisième volet de sa série Batman). Or chez Marvel Comics (éditeur de Spider-man, Daredevil, Thor…), cela fait près de cinquante ans que des affrontements se passent, profusion de télépathes aidant, uniquement sur le plan mental, mais aussi à l’échelon du rêve. Par le biais du cinéma, les noms de Charles Xavier (professeur X) et de Jean Grey (Strange Girl/Phénix) détenteurs de grands pouvoirs télépathiques ont acquis une certaine notoriété chez les non-bédéphiles; dans un passé pas si lointain, un ennemi de Hulk appelé le Façonneur des Mondes était capable de créer des univers entiers, à partir d’énergie pure et du contenu des rêves de ses cobayes pour son unique plaisir; enfin,  un sombre et récurrent vilain – par ailleurs un maître de l’illusion et des apparences – du nom de Cauchemar vient régulièrement hanter et affronter bon nombre de héros dans… leurs songes. Et puis comment ne pas voir d’analogie flagrante entre l’équipe d’intervention réunie autour de Cobb, composée d’un Chinois, d’un Arabe, d’une Française (?) et de quelques Américains (?) tous experts dans leur domaine et l’équipe des X-Men, refuge pour tous les mutants non-revanchards de toute la planète ?

Et comme il est toujours plus plaisant de terminer (enfin) sur une note musicale et parce que le « Non rien de rien… » d’Edith Piaf qui hante ce film constitue selon moi l’unique mauvaise idée d’Inception, je me permets de suggérer l’écoute « en boucle » (…) du titre « I Dreamed I Dream » sur le premier album de Sonic Youth !

Yannick Hustache

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