La Sélec n°15 – 1er mars 2011

9 Mar

selec15

Hybridations / métissages

Alors que le langage politique de l’Europe s’engage dangereusement sur une remise en cause du multiculturalisme, que la chancelière allemande comme la droite anglaise en annonce la faillite, et que la France veut instaurer des cours d’« identité nationale », le petit monde de la musique continue à célébrer l’hybridation et le métissage. A l’heure où l’Europe de la crise se rabat sur les thèses populistes du repli identitaire, utilisant l’illusion d’une culture nationale commune pour rassembler les frileux et les xénophobes, le mélange est par contre toujours considéré en musique comme un progrès, comme un atout.

  • Juke
    Genre extrêmement local, originaire de Chicago, le Juke s’y est développé de manière underground, pour ainsi dire en circuit fermé, presque en secret. Dérivé de la musique house de Chicago, le Juke est un microgenre évoluant en marge des médias et des scènes reconnues.
  • Violoncelle et bouts de ficelle
    Du violoncelle chez les Clogs, qui l’eut cru, il y en a justement très peu ! Ce noyau orchestral s’est cristallisé dans un esprit pop grand ouvert à l’aube du nouveau siècle (…). Sans aucune contradiction, ils assurent la perméabilité entre des scènes musicales que l’on imagine souvent incompatibles : avec eux il n’y a pas de grand écart entre la musique baroque, l’improvisation contemporaine en musique de chambre, les racines folk et les arrangements des groupes rock pour lesquels ils jouent. Autant dire qu’il va falloir se mettre au diapason des Clogs pour mieux les apprécier !

Redécouvertes

Depuis que l’Homme est Homme, il a toujours cherché, fouillé, défriché… D’abord par nécessité, puis par plaisir ou curiosité, il s’est adonné à la cueillette et à la chasse, au propre comme au figuré. Ainsi, la poursuite du gibier à des fins alimentaires cèdera la place aux chercheurs d’or et archéologues de tout poil, certains ayant fait de l’art dans tous ses états leur terrain de jeu favori, se plongeant avec délectation dans les archives des cultures plus ou moins populaires.

  • Les dernières pulsations de la vieille Italie du Sud
    En quelques années, de 1954 à 1959, uniquement dans le Sud et dans les marges de l’Italie (Sicile, Calabre, Sardaigne), Vittorio De Seta a filmé l’extinction d’une société archaïque où l’individu faisait partie d’un tout, d’une communauté. Par l’immigration et « le vaudou du Progrès » ce monde et sa culture allaient très vite se voir atomisés. Vittorio De Seta, comme ses amis collecteurs de musiques populaires, en aura au moins gardé une trace. Une trace poignante.
  • Quand EPM et Frémeaux & Associés dépoussièrent les chansons d’antan…
    Depuis qu’EPM et Frémeaux & Associés se sont penchés sur la question, les passionnés de la chanson ont enfin la chance de pouvoir (ré-)écouter les titres d’hier qui ont marqué l’histoire mais aussi de nombreuses perles oubliées, et ce depuis les premiers enregistrements de 1895. Seuls, ces labels ont su réaliser le travail de titan nécessaire à la bonne transmission du patrimoine de la chanson.

Faire du neuf avec du vieux

  • Le cinéma et les couloirs temporels
    Le cinéma est l’espace idéal pour la réinvention du passé. Décor ou récit, enquête ou prétexte, le temps n’y  manifeste que la forme qu’il reçoit, celle-ci renvoyant, en toute logique, aux intentions qui s’y expriment. Le cinéma traduit le passé en langage, l’expose, l’utilise. C’est dire que, objectivé, détourné ou mythifié, il signifie moins que sa représentation, disparaît même souvent derrière elle. Présence déconcertante que cette mise en valeur d’une ressource réelle mais insaisissable.
  • Inception, la fabrique rêvée du rêve
    Prototype d’un genre pas si répandu – le blockbuster « intelligent » – le film banco surprise (?) de Christopher Nolan n’en finitpas d’alimenter réflexions et débats, et d’attirer dans son champ magnétique multidimensionnel quantités toujours plus imposantes de références hétérogènes mais fécondes. En voici quelques-unes.
  • Musique Classique
    Savoir-faire des interprètes et nouvelles écritures des compositeurs se nourrissent de la lecture critique et créative de l’héritage. C’est par là que le classique reste toujours présent.
  • Nostalgie synthétique
    Le destin étrange d’un instrument conçu pour produire des sons jamais entendus avant lui. Pendant de nombreuses années, les musiciens ont utilisé le synthétiseur pour créer une musique qui ne ressemblait à rien de ce qui l’avait précédé. Aujourd’hui, il est l’objet d’un culte nostalgique, et sert paradoxalement à imiter d’autres synthétiseurs.
  • Chanson « totale »
    Des artistes qui ont eu le courage de se balader ailleurs pour mieux se trouver et qui ont su se surprendre pour mieux nous surprendre. Leur intégrité va de pair avec leur implication qui est totale. Ils soignent toutes les dimensions qui font qu’une chanson devient de l’art : interprétation, paroles, mélodie, son, arrangements et orchestrations.

Solitudes / isolement

Il est une forme de solitude qui n’est pas un état, c’est-à-dire non pas état où l’on stagne mais état que l’on gagne; une solitude qui est éloignement, lointain désirable. Sa forme est ouverte, pays d’accueil, espace désigné mais irreprésentable, cheminement qui, à peine initié, engage celui qui s’y risque et ne s’interrompt plus, continue, découle. Solitude béante, illimitée : appel de l’infini.

  • Françoise Huguier, Kommunalka
    En filmant et en enregistrant la voix des colocataires de la kommunalka, Françoise Huguier conjugue deux captations différentes, l’une immédiate, littérale (la voix), l’autre raffinée, ambiguë (l’image). L’empathie pourrait naître de leur dissociation; le fait qu’image et son s’entrecroisent et se contredisent souvent, introduit dans l’espace de la représentation des dissonances qui, loin d’en appeler au jugement, à la prise de parti, reconstituent la polyphonie si caractéristique des romans russes – de la société russe ? -, polyphonie bouillonnante et chaotique.
  • Lisandro Alonso, archéologie de solitudes en 4 films
    Il filme quelque chose d’invisible, des formes de solitude, ni choisies ni forcées, ni positives ni négatives. Ce sont  des isolements fonctionnels, des états pathologiques, des contextes, des géographies à l’écart de la société moderne où la solitude s’impose comme discipline, imprègne les tissus vivants, devient l’air que l’on respire, sorte de camisole invisible, organique.

Mondialisation

C’est une tendance lourde du cinéma documentaire : les films qui essaient d’expliquer la complexité du fonctionnement économique du monde. Sans ce devoir d’explication, comment rester citoyen conscient des enjeux ?

  • Richard Brouillette, L’encerclement, la démocratie dans les rets du néolibéralisme
    L’encerclement…, malgré son nom, n’est pas le patient décorticage explicatif d’un complot ourdi en coulisses à des fins de domination du monde, mais bien la description du lent cheminement d’une pensée, depuis les lieux obscurs de sa formulation jusqu’à sa complète interpénétration du réel, au point d’être confondu avec lui. Mais c’est aussi le premier jalon d’une réfutation idéologique qui a bien du mal à faire entendre son point de vue !

Vinyl only

Même si l’année passée on a vendu dans le monde anglo-saxon plus de platines vinyles que de lecteurs CD ou si certaines grandes surfaces de loisirs implantées en Belgique étendent leur rayon dévolu à ce support, ce n’est pas précisément pour ces raisons macro-économiques là que La Médiathèque tente (…) de réintroduire une offre ciblée de deux cents albums récents non disponibles en CD. Ce sont bel et bien les histoires à raconter qui motivent, avant tout, l’acquisition de ces disques.

  • Vends-moi (ou prête-moi) un disque : nous nous dirons qui nous sommes
    C’est à partir de la transformation de Record Express, son disquaire d’adolescence en centre de bronzage que le jeune réalisateur Brendan Toller a commencé une enquête centripète qui, de l’évènement local, part en chercher les échos plus lointains (les 3.000 autres fermetures de disquaires indépendants survenues au cours de la décennie 2000 aux États-Unis) et les tenants et les aboutissants plus globaux en termes d’économie, de marketing, de technique, de législation et de modification des comportements de découverte de la musique.

Coups de coeur réseau

  • Young Gods Records
    Tout commence losque Michael Gira décide de publier et distribuer ses disques (ceux des Swans) à compte d’auteur sous la dénomination de Young God Records, intitulé d’un EP paru en 1984 et peut être – sait-on jamais avec ce personnage pince-sans-rire à l’humour sarcastique – la réponse du berger à la bergère au groupe suisse Young Gods qui trouva son nom sur ce maxi désormais mythique…
  • MGMT, Congratulations
    Passé le choc de son hideuse pochette, je pourrais évidemment m’extasier devant cet « album de la maturité » comme le fit une très grande partie de la presse, mais vous avez déjà lu tout ça, alors permettez-moi de rester parfaitement subjective sur ce coup-là; de toute manière, quel est l’intérêt de chroniquer un album sorti il y a près d’un an ?
  • Les best of des médiathèques
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :