Du shoegaze, du post shoegaze, du « new » Lo-fi et des filles !

16 Mar

Dans le rock en 2010, on aura à nouveau emprunté la machine à remonter le temps mais sans trop se suivre la notice d’utilisation ! D’où cette sensation bizarre de réécouter du Lo-fi qui a un parfum80’s, tout en gardant la pose de rigueur, l’œil rivé sur ses chaussures. Sauf au passage des filles !

toEst-ce l’envie de se distancier d’un paquet de disques produits avec la finesse artisanale d’un Airbus au sortir du hangar, ou une nouvelle preuve que comme dans la mode, les cycles musicaux se suivent et se ressemblent pas mal ? Mais quelques-uns parmi les plus beaux albums parus en 2010 (où à la toute fin de 2009) se contentaient d’une production minimale, anémique en apparence, et rayonnaient pourtant d’une incontestable beauté sensible, bien qu’un peu pâlichonne. Projet du seul Mike Andreas, Perfume Genius, avec son Learning campé maladroitement sur des mélodies pianotées rachitiques ou tapissées d’effets sonores « misérables », dresse un autoportrait hypersensible, lévitant à distance de toute exhibition intime complaisante, est l’Objet Musical Nouvellement Identifié de 2010 ! Autre incongruité musico-intemporelle dont on ne suivra consciemment pas l’injonction de son titre est le Forget de Twin Shadow, simple extension du seul George Lewis Jr, un natif de République Dominicaine grandi aux U.S.A. et relocalisé à présent à New York. Affublé d’un look de disco-addict, l’énergumène traque le Bowie « honteux » des 80’s (celui de « Let’s Dance ») et le fait dégrossir dans une grosse tambouille new-wave façon back catalogue 4AD qui miraculeusement n’a pas pris les couleurs moches et délavées des VHS d’époque ! Un label de référence qui semble s’être fait plaisir en publiant le Before Today d’Ariel Pink’s Haunted Graffiti, sorte de jukebox humain sous acide(s) qui régurgite des mélopées guimauves ultra Lo-Fi comme on n’en faisait il y a trente ans, avec la candeur frondeuse de gamins qui s’amusent à gonfler d’énormes bulles pop avec de vieux chewing-gums trouvés dans une boîte à friandises chez leurs parents. Et tant qu’à tout mélanger, pourquoi pas opérer un petit détour par l’Australie où Tame Impala propose avec Innerspeaker une alternative maline et diététique au shaker pop psyché poids lourd des très premiers de classe de MGMT. Les essayer, c’est les adopter.

rdMais alors que les eighties n’en finissent pas de ne pas se terminer, l’épiphénomène shoegaze du début des 90’s continuent de susciter des vocations tout en essaimant à tous les vents de la planète rock. Et plutôt qu’à un recensement des inutiles clones du genre, on tendra les pavillons de ces groupes qui tout en étant pas complètement sorti du brouillard sonique mais ont quand même entrevu d’autres lumières pop. Les 35 petites minutes de Clinging’ to a Scheme des Suédois  peu productivistes (deux disques en 5 ans !) de Radio Dept qui synthétisent sans se forcer 20 ans d’english pop en purée de pois (années 80 et 90 confondues) dont les subtilités demandent quelque attention de la part de l’auditeur avant de se draper de leur superbe évidence mélodique. Un chemin de mémoire formatif qui, tel à l’ultime station d’un pèlerinage musical à l’aveuglette, s’est figé sur 1982-83, année de sortie du Garlands de Cocteau Twins dont le Waves de Tamaryn semble capter l’écho temporel en 2010. Un écho étonnement diffracté et magnifié par son passage au travers des majestueuses brumes hivernales hantées des voix éthérées ou habitées des Siouxsie & The Banshees, Mazzy Star et Slowdive. Des femmes, on n’en compte paradoxalement aucune dans Women dont le Public Strain est ce qui s’est fait de plus surprenant dans cette faille parfois synonyme de précipice, qui sépare sommets pop absolus à la Beach Boys et marais bruitistes à la My Bloody Valentine. Une plaque qui tacle gentiment l’Halcyon Digest de Deerhunter, sans doute le mètre-étalon d’une pop « moderne » pour les années à venir, et certes, largement dégagés des nuées électrifiées, mais la boussole fixée vers un ailleurs déjà à portée de mains.

A l’autre bout de la constellation shoegaze, A Place To Bury Strangers (Exploding Head) brilla tel un astre noir, distillant une lumière blafarde mais insidieuse à des mondes pop/rock gelés depuis 30 ans (post cold wave) au moins ou rendus stériles de par leur suractivité industrielle (et post Suicide). Pour se remettre, rien de tel qu’une injection massive d’Health (Get Colors et son pendant remixé, Disco 2) à base de drums éléphantesques, de rythmes scooters, de samples vicelards et de mélopées angéliques nichées sur des essaims de guitares shoegaze supersoniques…

ddgL’autre constante de 2010 aura été la succession d’all-girl band ou presque, qui ont trusté les platines avec une régularité presque insolente ! Avec leurs chansons acidulées et new wave  aux doux relents de miel amer, les 4 filles de Warpaint (The Fool) auront rendu les longues nuits d’hiver un peu moins longues. Des nuits où l’on se prend à rêvasser de torpeur estivale et de ses cortèges sans fin de corps peu vêtus qui font encore grimper le mercure. Mais si les fausses ingénues de Dum Dum Girls (I Will Be) et de Vivian Girls (Everything Goes Wrong) ont fait de la frange bien tombante et du port de la mini-jupe un choix de vie, leurs hymnes mi bubble-gum 60’s mi noisy pop vont se nicher directement dans les tympans sans que pour une fois, on ne sache que se désoler de ne pouvoir se débarrasser de cette mauvaise glu en tube(s) ! Et s’il n’y avait un malencontreux mâle en son sein, on aurait aussi  inclus les attachants Best Coast (Crazy For You).

Enfin deux trop discrets météores émotionnels ont traversé l’horizon musical 2010 sans trop se faire remarquer mais on n’a encore le cœur et les sens tout chamboulés. D’une part, l’ensemble baroque et sans famille de Thus:Owls et son tourneboulant Cardiac Malfomations (ça doit venir de là !), qui suit les méandres d’une pop/folk  filandreuse et élégiaque qui gratte à même l’échine et met les émotions sans dessus dessous ! Même chose pour la frêle Holly Miranda (The Magician’s Private Library) dont le pouvoir d’enchantement est peut-être carrément aussi puissant que celui jeté par Cat Power en 1996 sur l’inusable What Would the Community Think !

Yannick Hustache

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