Young God Records : les disques du domaine de Michael Gira

17 Mar

credit Eric Hurtado/Etante Donnes En 1990, les Swans, à la fois formation principale et « extension naturelle collective » (c’est lui qui donne le « la » même si sa compagne d’alors, Jarboe, est d’un apport plus que significatif) de l’Américain Michael Gira, sont à la croisée des chemins. Musicalement, l’énergie cathartique des débuts a cédé le pas à un rock sombre et tendu comme la corde d’un arc dans l’effort, mais où la mélodie a définitivement pris l’ascendant sur le vacarme, et, leur reprise des pas encore sanctifiés Joy Division Love Will Tear Us Apart », absente sur album) attire des majors qui ont pris l’habitude de faire leur shopping dans un milieu underground dont les Swans ont largement fait le tour. Mais l’affaire se passe mal et Gira ne retirera de cette courte escapade dans les méandres du music business qu’amertume et ressentiment, et ce, malgré un beau disque : White Light From The Mouth of Infinity, désarçonnant de quiétude (assassine) pour les fans de longue date.

Il décide donc de publier et distribuer ses disques (ceux des Swans) à compte d’auteur sous la dénomination de Young God Records, intitulé d’un EP paru en 1984 et peut être – sait-on jamais avec ce personnage pince-sans-rire à l’humour sarcastique – la réponse du berger à la bergère au groupe suisse Young Gods qui trouva son nom sur ce maxi désormais mythique.

Gira y sort les disques suivants des Swans (Love Of Life, The Great Annihilator…) jusqu’à leur dissolution en 1996 (Soundtracks For The Blind), rend à nouveau disponible dans une nouvelle et avenante présentation cartonnée (les doubles Body To Body/Job To Job, Children of God/World of Skin) les premiers travaux de son groupe et complète l’archivage discographie de quelques enregistrements live bien sentis (Swans Are Dead). On retrouve bien évidement les albums de son projet collectif suivant maintenant en suspens, The Angels Of Light (We Are Him, How I Loved You…), mais aussi des disques solo rock (Drainland), instrumentaux (la doublette électro-dronesque Body Lovers /Body Haters), une lecture de textes (The Somniloquist) et un LP/CD partagé (What We Did) avec Dan Matz, leader des trop méconnus Windsor For The Derby (qui y ont par ailleurs commis un excellent Difference And Repetition). Car si Young God met aussi de façon ponctuelle sur son site (et aux concerts) en quantité limitée des CD-R et LP maison aux fins de financer les enregistrements ultérieurs du label, Gira a transformé sa petite entreprise en une auberge espagnole d’un éclectisme réjouissant.

phto : Lauren Dukoff Le futur pape folk des néo-hippies, Devendra Banhart y a gravé ses deux meilleures plaques (Oh Me, Oh My… et Black Babies) et une fée trop discrète, Lisa Germano, trouvé un havre de paix discographique (Lullaby For Liquid Pig, In The Maybe World, et Magic Neighbor). James Blackshaw, autre réfugié artistique poursuit ses explorations acoustiques boucle après boucle (Glass Bead Game et le récent All Is Falling) tandis que les prolifiques Akron/Family ont quant à eux quitté le navire Young God après un quarteron de disques rock & psyché (Akron/Family, Meek Warrior, Love Is Simple) et un split en compagnie du « patron » (Akron/Family/ The Angels Of Light).

Ces derniers temps, plus weird folk que jamais, Young God s’est entiché de l’intrigante Larkin Grimm (Parplar), recueille Fire On Fire, nouvelle incarnation à dominante acoustique des ‘cultissimes’ Cerberus Shoal (The Orchad) ainsi que le mystérieux Wooden Wand qui œuvre à présent sans son Vanishing Voice (Death Set).

Du riche et international passé du label, on retient une série de « one-shot » de groupes ou artistes toujours en activité. Un disque en français des insaisissables Ulan Bator (Ego: Echo), le premier long format des Finnois délicats de Mi And L’au (Good Morning Jokers), le 3ème album des crépusculaires Calla (Scavengers) et un effort des Italiens de Larsen (Rever). Et aussi une brochette d’inclassables oscillant entre rock théâtral et chaotique (Private/publi de Flux Information Sciences) et l’une ou l’autre collaboration transversale (Palestine/Coulter/Mathoul : Maximin).

Un panthéon joliment peuplé !

Yannick Hustache

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