Mondialisation

24 Mar

C’est une tendance lourde du cinéma documentaire : les films qui essaient d’expliquer la complexité du fonctionnement économique du monde. Sans ce devoir d’explication, comment rester citoyen conscient des enjeux ?

Mondialisation et économie : l’enchevêtrement presque parfait

crisePartons d’une définition communément admise (le terme n’a intégré le dico français qu’en 1964 !) : « la mondialisation désigne le développement de liens d’interdépendance entre hommes, activités humaines et systèmes politiques à l’échelle du monde. Ce phénomène touche la plupart des domaines avec des effets et une temporalité propres à chacun. Il évoque aussi les transferts internationaux  de technologie et de main-d’œuvre ou de connaissances… Il est aussi utilisé pour décrire les changements induits par la diffusion mondiale des informations sous forme numériques sur Internet » (Techno-science.net). Différencions-le du concept faux-jumeaux de globalisation (globalization en anglais) qui peut être compris à la fois comme une extension du raisonnement économique à toutes les activités humaines avec le globe terrestre pour horizon, mais aussi comme une étape située après la mondialisation et qui la dépasserait, caractérisée par une abolition des frontières au sein des réseaux d’échanges mondiaux et un net affaiblissement voire une dissolution des identités nationales. Voilà pourquoi le plus spécifique « globalisation financière » s’est naturellement imposé pour dépeindre la mise en place progressive d’un marché mondial intégré (et donc sans entrave) de capitaux arrivé au seuil de sa réalisation finale.

Un lent mais inexorable processus macro-sociétal qui épouse et repose sur les mutations d’un capitalisme certes évolutif et multiple, mais s’appuyant sur les mêmes sacro-saints principes d’accumulation des capitaux et de recherche de profits, et de propriété privée des moyens de production au sein d’un espace (le marché) où la liberté des acteurs est maximale et le prix, un indicateur vérité. Si les échanges économiques intercontinentaux remontent à l’antiquité, les prémices du capitalisme se développent dans quelques riches cités d’Europe (Bruges) dès la fin du Moyen Age pour connaître de multiples déclinaisons (marchand, foncier, entrepreneurial, financier, monopolistique d’Etat…) aux siècles suivants, à mesure que le monde «connu» gagne peu à peu toute la surface de la Terre. Au XIXe siècle, il prend les atours modernes en « accompagnant » une révolution industrielle féconde en produits manufacturés et d’inventions qui réduisent les distances (train à vapeur, le télégraphe) mais se traduit aussi par des formes nouvelles d’exploitation qui condamnent les masses populaires du Nord à la pauvreté ou à émigrer (vers les villes, en Amérique…) et les populations du Sud à l’asservissement via la colonisation. La réaction s’organise au début du siècle suivant qui, entre guerres mondiales (14-18, 39-45) et périphériques, crises monétaires et économiques majeures (1929, voir La Crise/la grande dépression), et replis protectionnistes, voit la construction d’une entité politique transnationale régie par un modèle économique différent, le bloc soviétique ou socialiste.

Ce repli partiel du capitalisme ne dure qu’un temps et à l’aide de ses nouveaux instruments-serviteurs zélés forgés après 1945 (F.M.I., Banque Mondiale, GATT puis OMC, voir Pas assez de volume et Nos amis de la banque), auréolé d’un discours néo-libéral reformulé et qui se voudrait le reflet d’un certain ordre « naturel » (dérégulation, maîtrise des dépenses publiques, développement des exportations…), dans un monde presque entièrement « décolonisé » et bientôt quitte de sa division en blocs adverses (et ce dès la fin de la décennie 1980), il s’impose bientôt comme doctrine économique à l’ensemble ) d’une évolution technologique sans précédent.

Mais il convient de nuancer. Si pour paraphraser Laurent Carroué, la mondialisation est à la fois – une idéologie (le libéralisme), une monnaie (le dollar), un outil (le capitalisme), un système politique (la démocratie), une langue (l’anglais) – la nouvelle cartographie de la géopolitique économique mondiale souffre de suffisamment de nuances pour que sa critique raisonnée (Le monde selon Stiglitz) se nourrisse d’une pluralité de points de vue qui dépasse la simple indignation catastrophiste et fasse aussi place aux acteurs d’un changement social porteur d’espoir.

Ainsi, d’un point de vue purement macro-économique, la promesse faite au consommateur de payer un prix aussi bas que possible recouvre une double réalité qui place les travailleurs, où qu’ils se trouvent sur le globe, en concurrence les uns des autres, enrôlés sous la bannière peu reluisante du moindre coût, et dont les principaux bénéficiaires (les détenteurs de capitaux), chevillés aux aléas d’une bourse mondiale au tic-tac effréné (l’obsession de rentabilité à court terme), demeurent plus que jamais éloignés des mécanismes de production proprement dits (Turbulences, The Smartest Guys in the Room). Une re-localisation des activités économiques à l’échelle planétaire, qui voient certaines régions pour lesquelles les coûts du travail sont maintenus au plus bas, devenir d’immenses ateliers/zones industrielles/fabriques/cultures (El Ejido, la loi du profit) au détriment d’autres, et dont les marchandises, transportées aux moindres frais, inondent les besoins d’un marché répondant à des spécifications très occidentales. Outre la marginalisation du pouvoir des états, l’affaiblissement des systèmes de protection sociale et les difficultés dans le chef des mouvements sociaux, d’organiser une « riposte efficiente », l’activité économique met à mal les ressources naturelles limitées d’une planète « finie » (l’allégorique La face cachée du pétrole), déjà fragilisée par une réduction de la biodiversité à laquelle elle a, par ses choix – culture intensive, standardisation des variétés végétales (Les tomates voient rouge) et des espèces animales, le recours aux OGM… (Le monde selon Monsanto) – grandement contribué. Et notre consommateur final – nous-même – de se retrouver avec un choix apparent exponentiel qui finalement le confine au « même » (Ces fromages qu’on assassine) dans un cadre éclaté et inintelligible qui distend toujours un peu plus le fil ténu qui le relie à « son origine », La Terre.

decroissanceMais, dans l’hypothétique élaboration d’une alternative économique sociétale (voir Davos – Porto Alegre, Simplicité volontaire et décroissance vol. 1 et vol. 2), ici et là fleurissent au niveau local, et à l’autre bout d’un spectre qui confère à certaines ONG une légitimité internationale et des moyens d’action conséquents et nouveaux (les réseaux sociaux via l’Internet), une série d’initiatives qui battent – un peu – en brèche le scepticisme de cette époque : une coopérative de producteurs de coton (Quand la fibre résiste), le café comme alternative aux cultures de la drogue (Un grain d’équité), la solidarité comme réponse à la crise (Argentinazo) et à la faillite d’une société. Et à la clé, des résultats (Forêt, l’espoir certifié). Un beau chantier.

Yannick Hustache

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