Archive | juillet, 2011

Fade To Gray – GRAY

29 Juil

GRAY

Pochette KG7147.

SHADES  OF… – KG7147

PLUSH SAFE RECORDS, 2010. Enregistrement 1979-1980.

Où emprunter, détails…

Une étrange (res)sortie dans le flux régulier des arrivages culturels en rapport au travail et au personnage de l’artiste touche-à-tout Jean-Michel Basquiat (décédé en 1988). Un disque composite et incongru : ni hip-hop, ni industriel, ni document sonore, mais un peu des trois à la fois, et, malgré les apparences, un fourre-tout où la private joke ne vient jamais amoindrir un mélange des genres et des époques bien avant la lettre !

Gray est un projet musical monté en 1979 par Jean-Michel Basquiat et le performer artistique Michael Holman, le nom de Gray provenant d’un ouvrage scientifique de référence datant du siècle précédent (Gray’s Anatomy, 1858). D’autres musiciens rejoindront ce duo de base tels Nicholas Taylor et Justin Thyme, ainsi que, brièvement, l’acteur cinéaste (et chanteur) Vincent Gallo dans l’une des ses plus tardives incarnations. Le groupe existe surtout via ses performances live et aucune parution discographique ne semble avoir vu le jour. À l’époque, ses participants étaient perçus par les chroniqueurs comme bizarres – il leur arrivait de pratiquer leur art juchés sur des échafauds – abrasifs, jouant une musique riche d’effets (sonores) industriels, ils développèrent petit à petit leur propre idée du groove, à la fois be-bop et machinique, espace d’oasis de fausse tranquillité (à cette époque, lounge n’était pas encore synonyme de musique d’ameublement).

Malgré quelques rares performances scéniques post-Basquiat, mais aussi parce que l’artiste new-yorkais semble plus que jamais présent dans les esprits (cf. le doc, Jean-Michel Basquiat : The Radiant Child paru l’an dernier) Holman et Taylor publient en 2011, sur leur propre label Plus Safe Records, le premier et probablement l’unique long format de Gray. Au matériau d’origine « réagencé » et toiletté, ils ont ajouté la « performance », découpée en 11 volets répartis sur tout l’album, d’un Basquiat appelant un service téléphonique de prévention du suicide. Sa prestation est jusqu’au bout un modèle d’ambiguïté où l’on ne sait si l’artiste performer s’amuse à se payer de la fiole de l’accueillant en se faisant passer pour fou ou pour un sinistre plaisantin, ou si réellement Basquiat est saisi sur le vif, dans un de ces moments de l’existence où il met en scène ce qu’il ressent tout au fond de lui ?

De même, Shades Of n’est pas que la B.O. d’un bref moment d’ébullition artistique dans la grosse pomme du début des années 80, mais un curieux assemblage hétéroclite qui montre combien New York avait goûté bien avant tout le monde à la saveur des mélanges corsés et a priori contre-nature. La continuité et la cohérence de l’album semblent résider dans le son; électrique et tendu mais cafardeux et mat; à la fois ample et dynamique; et comme enregistré avec l’écho peu rassurant qu’une métropole peut renvoyer au creux de ses nuits les plus noires. Les nombreux samples qui parsèment en sourdine ce disque renforcent ce dispositif. Les titres ont la durée de courtes vignettes, à l’exception de « Drum Mode » dont les 7 minutes sont un quasi-court métrage sonore noir avec battements angoissés, résonnances fantomatiques et grattements de matières inclus. De l’indus artisanal et imaginatif en somme. Dans le même ordre d’idée, on retiendra le bien spiralé « Dan Asher… », « Wig » et ses nappes chargées de plomb qu’on fera écouter, si ce n’est fait, à Dälek ! Et de Hip Hop, il en est question dès le rebondissant « Cut It Up High Priest » flanqué d’un joli « brouillard » à l’orgue. Proche du précédant, « The Mysterious Ashley Bickerton » navigue entre proto trip hop, bossa enfumée et interview bidonnée avec une french girl imbue de sa valeur. Un tour de force.

Pour faire passer la décoction, on appréciera la qualité des nombreux intermèdes (« Pillar Of Salt », « The Man Who », « Gauntlet of Wriggly’s », « Figure It Out For Yourself ») qui trempent leurs archéoboucles électroniques dans un substrat urbain terriblement anxiogène, ou s’étalent pour quelques minutes sur un sofa qui refroidit les sens (« I Know »). Plus loin, on aura encore droit à un titre a cappella qui file les jetons à taper sur tout ce qui se présente au regard (?) des musiciens, à une ritournelle jazzy de printemps (« Mockingbirds »), et, bien évidemment, à une ode consommée à la trépidante agitation des rues de New York (« Life On The Streets »).

Une réjouissante anomalie

Yannick Hustache

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Songwriters dans la brume – TIMBER TIMBRE

27 Juil

TIMBER TIMBREPochette XT523E.

TIMBER TIMBRE – XT523E

FULL TIME HOBBY, 2010. Enregistrement 2009-2010.

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Kurt VILEPochette XV595U.

SMOKE RING FOR MY HALO – XV595U

MATADOR RECORDS, 2011.

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Deux disques à la beauté fruste et ombrée qui dessinent en hachuré le portrait de leurs intrigants auteurs. Premières perles (noires) chantées de 2011.

L’un et l’autre ont opté pour un visuel en noir et blanc. Timber Timbre, alias Taylor Kirk ne montre même pas sa tête à l’intérieur du livret et livre ses concerts à l’abri d’épais manteaux de fumée où on le distingue à peine, tandis que les clichés de Kurt Vile semblent extraits d’un album de photos souvenirs d’une jeunesse « slacker » telles qu’on aimait les exhiber du côté de Seattle à l’aube des années 1990, en plein buzz médiatique grunge !

timberTimber Timbre vient lui du Canada (Toronto) et s’est, d’une certaine façon mué en un véritable groupe depuis l’arrivée d’un guitariste multifonction (Simon Trottier) et d’une violoniste (Mika Posen), alors que Kirk fait partie de cette catégorie socioprofessionnelle en pleine expansion dans le rock, celle des batteurs-vocalistes (No Age, Lightning Bolt…). Auparavant, Kirk avait publié deux disques « solo » faits maison et vendus en catimini jusqu’à son déménagement à Montréal et sa signature sur une petite fabrique à disques (il en est à sa troisième !). Et c’est Arts & Crafts (Broken Social Scene…) qui publie Timber Timbre en 2009, plaque qui mettra plus d’un an à traverser l’Atlantique. Entre-temps, le bouche à oreille et le web ayant fait leur œuvre, le nouvel album Creep On Creepin’On arrive pratiquement dans la foulée du précédent…

Franchir le seuil de ce disque, c’est un peu comme mener une enquête où la collecte minutieuse des indices et les filatures incessantes ne conduisent qu’à épaissir le voile déjà bien trouble du mystère d’un personnage, qui malgré nos efforts, maintient fermement la distance. « Bad Ritual » a bien le déhanché branque d’une « croonitude » éplorée de vieux tripot clandestin, mais ici tout flotte (les chœurs, les violons, les accords de piano suspendus) comme si la pesanteur n’avait plus cours. Et l’intermède « Obelisk » d’y ajouter un soupçon d’inconfort diffus avec martèlements rythmiques de chiourme et nuées de cordes glacées. En sus, une note contemporaine du même ordre, vaguement cinématographique, mais travaillée par l’idée d’un instant présent étiré à l’envi, clôt cet album (« Souvenirs »). Entre-temps (« Creep On Creepin », le titre), une guitare ensoleillée et une paire de cuivres auront prodigué quelques rais d’un optimise circonspect. Car même si on a l’impression de comprendre les paroles de Taylor Kirk, on n’est jamais très certain d’en décrypter le sens, et ce, même si le refrain de « Black Water » paraît lumineux : « All I Need Is Some Sunshine… ». Cet amalgame de sentiments contradictoires mélangés, on l’a déjà éprouvé, par exemple, à la vision de la série Twin Peaks. D’ailleurs dès « Woman », les comparaisons de scénarios imaginaires titillent l’esprit. Richard Hawley jouant au laborantin d’une expérience musico-temporelle transversale (« Woman » et son crescendo jazzy cuivré), Leonard Cohen (re)goûtant à la fontaine de jouvence (« Too Old To Die Young »), Angelo Badalamenti taquinant le démon de midi de ses amours perdues par quelques rengaines de son cru…

kurtPour l’Américain originaire de Philadelphie Kurt Vile, la petite histoire du rock semble prendre un soin tout particulier à repasser les plats. Sans aucun lien avec le compositeur allemand Kurt Weill, ce fils de famille nombreuse a fini par fonder un groupe (The War On Drugs) après avoir biberonné aussi bien au blues, au jazz, au classic rock, qu’à John Fahey, ou au rock indie façon Sonic Youth, ou encore Dinosaur Jr dont le leader à la légendaire nonchalance trompeuse, Jay Mascis, paraît avoir servi de modèle de conduite à ce plus très jeune homme (qui doit avoir dépassé les 30 printemps !) à l’entreprenante chevelure (?) protectrice. C’est que, dans l’ombre de ce groupe qu’il finira par quitter en bons termes en 2008 après un unique témoignage discographique (Wagonwheel Blues), l’homme traficote de petites chansons vêtues du minimum nécessaire et gravées sur deux plaques en 2008 (Constant Hitmaker) et 2009 (God Is Saying This to You) qui attireront, conseils de Thurston Moore (SY) aidant, les fins limiers du label Matador (Cat Power) qui éditent Childish Prodigy (2009) avant ce Smoke Ring For My Halo caréné avec des moyens plus conséquents et un vrai groupe, The Violators, pour le magnifier.

Au premier contact, ça ressemble à des hymnes de poche un peu bougons pour ados tardifs et geignards. À la réécoute, au recueil de chansons arrache cœur et solaires le plus bouleversant depuis… C’est qu’il y a chez Kurt Vile une espèce d’esthétique de la limite, du point de rupture. Sa voix d’ourson mal réveillé, comme surpris par un soleil narquois, hante les contours du faux et de la justesse pour s’arroger les atours d’une indéniable séduction qui touche le plus souvent à l’enchantement (« Jesus Fever », « Runner Ups »). Son jeu de guitare, un modèle de concision et d’économie qui dissout les multiples approches (finger-picking, électricité timide) dans une ossature mélodique aussi souple et solide qu’harmonieuse. Et l’Américain de truffer son rock plus psyché rigide que vraiment folk pleureur d’arrangements judicieux et dosés à la perfection. On entend une harpe sur « One Tour », un mellotron sur « Society Is My Friend » avant un final finement orchestré (« Smoke Ring For My Halo », le titre) en toute proverbiale modestie.

On lit ça et là que ce type (et Timber Timbre du même coup) marquerait l’apparition d’une race de songwriters à la fois héritiers de Springsteen, Lou Reed ou Neil Young et fils de l’alternatif indie US des nineties. Pour l’heure, on les préfère en subtils contrebandiers d’une mélancolie en halos de fumée bientôt (?) dissipés par le soleil.

Yannick Hustache

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Scandale dans la famille !

23 Juil

Une sélection de films à regarder en famille, à l’ombre des rayons de soleil d’une improbable canicule ou à l’abri de nos coutumières draches nationales…

° LA MÉLODIE DU MALHEUR
HAPPINESS OF THE KATAKURIS (KATAKURI-KE NO KOFUKU)

Takashi MIIKE

VO JP st.FR. Durée :113′.
DVD, en JP, st. FR.
PATHE, 2001, Japon.

-VM0478-

°BE KIND REWIND
SOYEZ SYMPAS, REMBOBINEZ

Michel GONDRY

VO AN st.FR. Durée :102′.
A FILM, 2008, Etats-Unis.

-VS0480-

°LES GRANDES PERSONNES

Anna NOVION

VO FR. Durée : 84′.
IMAGINE FILM DISTRIBUTION, 2008, France, Suède.

-VG0244-

 

°MES VOISINS LES YAMADAS
HOHOKEKYO TONARI NO YAMADA-KUN

Isao TAKAHATA

VO JP st.FR. Durée :104′.
DVD, en FR, JP, st. FR.
TF1, 1999.

-VM1780-

Et beaucoup d’autres à découvrir dans notre médiathèque…

Chilly bear – PANDA BEAR

22 Juil

PANDA BEAR

TOMBOY – XP072C

PAW TRACKS, 2011. Enregistrement 2010.

Où emprunter, détails…

Pochette XP072C.

Parrallèlement à sa contribution au fermentateur à idées musicales constantes d’Animal Collective, Noah Lennox – alias Panda Bear – aligne une poignée de disques qui sillonnent les reliefs floutés d’une pop psychédélique immergée et ourlée en boucle. Chapeauté par l’ex (?) grand explorateur des paradis artificiels, Sonic Boom, l’Américain recourt à quantité d’effets sonores (reverb, echo, filtres…) pour donner à chacun des 11 paliers successifs de décompression résonnante de Tomboy le taux d’humidité approprié à ce salutaire caisson de dérégulation sensoriel. Hip Hop des abysses (« Slow Motion »), chant liturgique marin (« Drone ») ou confession en « claps » majeurs (une marque de fabrique) sur l’introductif « You can count On Me »… présentent Panda Bear en fiston « sauvé des eaux » du zébulon Brian Wilson (Beach Boys).

Yannick Hustache

 

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Rubik’s Mikado – DEERHOOF

20 Juil

DEERHOOF

DEERHOOF VS EVIL – XD293K

Pochette XD293K.

POLYVINYL RECORDS, 2010.

Où emprunter, détails…

 

Après moult années d’agitation sonique et pas mal de chahut consigné sur plaques (ceci doit être leur 10e), le quatuor U.S. à chanteuse japonaise Deerhoof poursuit sa prudente maturation, levant sérieusement le pied sur la saturation d’antan, et maximisant ses appétences pour un paquet de subdivisions de la pop agitée (noise, no-wave…), tout en se baladant largement ailleurs (chant en catalan, mélopées nippones, occurrences brésiliennes). Résultat, des chansons mikado déconstruites ou emmêlées avec dextérité et malice puis remontées avec une bonne dose d’espièglerie bouffonne et savante. Deerhoof n’excelle jamais autant dans son art que quand il s’approche au plus près de l’idée d’une pop song tout autant exotique familière et bâtarde, qu’assimilable… à la 5/9/20ème écoute !

Yannick Hustache

 

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Solde à l’américaine du mois de juillet, des tonnes de médias à partir de 0,50 € ! …

19 Juil
   
Du 01/07 au 10/07 Du 11/07 au 17/07 Du 18/07 au 24/07 Du 25/07 au 31/07
médias à 2€ 1,50 € 1,00 € 0,50 € 0,50 €
médias à 3€ 2,50 € 2,00 € 1,50 € 1,00 €
médias à 5€ 4,00 € 3,00 € 2,00 € 1,50 €

Clic’ avec ta tête

18 Juil

Une campagne de sensibilisation au téléchargement légal mise en place par la Ministre Fadila Laanan.

L’occasion de rappeler que SonOh !, la plate-forme de téléchargement de la Médiathèque, dispose de plus de 700 000 plages et que, depuis le 1er juillet, le téléchargement d’une plage coûte 0,79€ seulement.

A ne pas manquer sur la page d’accueil : une mise en évidence des labels belges qui s’échelonnera sur plusieurs semaines.

Démo sur le Grill – juillet 2011

15 Juil

Pop fracturée, pétrie d’envolées vocales, polyrythmique et tête chercheuse : Think Foals, Battles, Animal Collective …. (!).
Conseillé !!!

Brains – Z0 2037

Haricots magiques electro-hip-hop

14 Juil

BEANS

Pochette KB2008.

END IT ALL – KB2008

ANTICON RECORDS, 2011.

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Le nouvel effort solo de l’une des chevilles ouvrières d’Antipop Consortium accueille du beau monde mais maintient de bout en bout le cap de la cohérence; et envoie la purée avec une jubilatoire dextérité !

En 2009, Antipop Consortium sortait Fluorescent Black et mettait fin à 7 années d’inactivité musicale commune. Un disque de hip-hop flamboyant de démesure, architecturé autour de strates de beats robotiques syncopés et de matériaux synthétiques (voire rock) moissonnés sans ménagement sur quelques vastes portions de l’horizon électronique connu.

AC à nouveau replacé sur la touche pause, l’Américain retourne à une carrière solo déjà jalonnée de 3 étapes officielles (Tomorrow Right Now en 2003, Shock City Maverick en 2004 et un LP, Thorns, publié à compte d’auteur et en 2008) et d’un pas de côté significatif (Only, partagé avec Hamid Drake & William Parker).

beansMais qu’il la joue collectif ou demeure l’unique patron à bord, l’homme se reconnaît instantanément. Un flow saccadé de kalachnikov, la précision en sus, et une verve d’athlète-contorsionniste de la rime mais toujours bien regardant sur l’affect. La diction est implacable et les textes hallucinés, et le tout s’emboîte parfaitement dans un hip-hop qui garde les semelles rythmiques dans le goudron de l’electro glaciale du début1980 pour mieux se faire adjoindre « par surimpression », une foule de corps sonores parfaitement identifiables (pop, rock, techno, house, jazz, bruit…), minutieusement redécoupés et re-profilés aux nécessités d’un rap ni abstract ni intello, mais simplement en position d’ouverture maximale.

D’ailleurs, si le bonhomme a depuis des lunes pris l’habitude de fouler les scènes sans parti pris (de Kool Keith à The Locust en passant par Radiohead et Missy Elliott), et d’offrir ses services « au gratin » (Dj Shadow, Arto Lindsay…), il sait aussi retourner la pareille, tant les invités qui se bousculent au portillon de ce End It All pourraient former une dream-team idéale de l’e-pop (pour electronic) 2011.

Loin du mash-up de petit malin ou d’un album ticket d’entrée vers des sphères musicales plus rémunératrices, ce disque est simplement la preuve que le label Anticon (Why?, Dosh, etc.) qui publie ce disque sait encore y faire en matière de hip-hop barré mais accessible. Le cousinage avec le rap incendiaire d’Antipop Consortium demeure évident et toute intervention extérieure passe impitoyablement sous les fourches caudines de notre haricot en chef ! Le très sélect Four Tet est ainsi cantonné à deux fugitifs interludes (« Gluetrap s», « Anvil Falling »). Moins significatif que Clark dont on reconnaît aisément la patine sur le conclusif « Hunter ». Le collègue de label, Tobacco ne se laisse pas impressionner (les nappes bien fumantes de « Glass Goffins »), pas plus que Tunde Adebimpe (TV On The Radio) le temps d’un gospel paranoïaque (« Mellow You Out »). Quant à Tortoise, ils ne sont là qu’en pensée, le temps d’un « bump » fécond (« Electric Eliminator »).

Et de fait, pour les deux pièces maîtresses de ce disque – le rap quasi postpunk d’« Air Is Free »,  – on ne sait rien de l’invité (In Flagranti). Tandis que sur le flottant « Electric Bitch », on ne reconnaît nulle part la geste détournée de son prestigieux invité, Sam Fog d’Interpol.

En final, End It All ne peut même pas recevoir le qualificatif de foutraque, juste un peu frigide et mécanique par moments, preuve que ce « Mister Bean(s) » là sait parfaitement ce qui lui arrive !

Yannick Hustache

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La dérive des dérivés

13 Juil

INSIDE JOB – DVD – TL5201

Pochette TL5201.

VO AN st.FR. Durée :124′.
SONY PICTURES HOME ENTERT., 2010.

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INSIDE JOB – Blu-Ray – TL5200

SONY PICTURES HOME ENTERT., 2010.

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Scénarisé et à la manière d’un hold-up permanent, Inside Job revient sur les lieux, faits, acteurs, et sur le comment de la crise financière mondiale de 2008. Moralité : très bien connus des services, les malfaiteurs courent toujours et opèrent en toute impunité, feignant parfois la discrétion, minimisant leurs responsabilités ou plaidant leur innocence, tout en laissant de temps à autre paraître l’esquisse d’un regret. Pour mieux palper l’écume de la prochaine bulle spéculative anticipant la très probable récession programmée de l’économie mondiale ?

Et, parce que la sinistre farce pourrait passer pour plus énorme encore qu’elle ne l’est, Charles Ferguson, réalisateur du documentaire, part de l’exemple islandais. Un pays qui, à l’aube du présent millénaire, présente un bilan économique, social et environnemental excellent sous tous rapports: niveau de vie élevé, chômage faible, dette publique insignifiante, industrie performante et peu polluante, environnement préservé… Puis avec l’aval des autorités publiques locales qui vont organiser leur dérégulation, les principales banques islandaises vont avidement se lancer à l’assaut des parts exponentielles du gâteau promis par une spéculation financière revigorée et dopée, à la fois par l’apparition et le développement d’une série de produits financiers nouveaux ainsi que sous l’action soutenue d’une ribambelle d’intervenants et d’intermédiaires ayant un pouvoir de décision (et de prescription) inouï, dans un espace de jeu économique « presque » libéré de toute entrave ! Résultat : en 2008, l’État islandais se voit contraint de reprendre le contrôle de « ses » banques dont l’endettement dépasse de plusieurs fois le PIB du pays…

Filmé au pas de course et composé d’une alternance serrée d’interviews (parfois sinistrement drôles), de séquences d’archives et d’actualités et de schémas explicatifs (le complexe ordonnancement des nouvelles chaînes spéculatives) Inside Job, dont la narration est assurée par Matt Damon (le doc ne propose pas de version française) se visionne comme le film d’une catastrophe annoncée, comme un thriller où les « méchants » gagnent à la fin et où les gentils (un ouvrier chinois sans emploi, un travailleur américain vivant depuis peu dans un camp de toile, des expropriés latinos…) n’ont plus que leurs larmes pour pleurer !

ij

Pour les besoins de sa démonstration, Ferguson remonte aux racines du mal, la crise de 1929, et aux remèdes appliqués qui prévinrent, quelques décennies durant, le monde du danger d’une récession majeure et maintinrent les bourses dans leur rôle d’origine; à savoir répondre aux besoins de financement de l’économie. L’étanchéité entre banques de dépôt et d’affaires fut instaurée comme une loi inviolable et le système encadré par la création (ou la réaffirmation) d’instances de régulation et la mise en place d’une plus grande réglementation des marchés.

Mais dès les années 1980, l’arrivée au pouvoir de Ronald Reagan (républicain, US) et de Margaret Thatcher (conservateur, GB), qui mirent en œuvre les préceptes du monétarisme de Friedman et de l’école Chicago, fit de la déréglementation l’un des chevaux de bataille de leur politique économique. Banques et assurances purent à nouveau se confondre, les limitations entre banques de dépôt et d’affaires s’estomperont une à une tandis qu’elles croissent rapidement en taille et en volume. Spéculation et couverture du risque (de change ou du crédit) deviennent les activités principales d’un secteur bancaire à la fois innovant et imaginatif – et s’appuyant largement sur les opportunités offertes par les derniers développements technologiques, mathématiques et informatiques –  par ailleurs entraîné dans un mouvement de concentration sans précédent, et caractérisé par de nouveaux us et coutumes. On commence à évoquer les rémunérations des hauts cadres en termes de « bonus » et à inventorier un glossaire d’acronymes et de néologismes financiers promis à un beau développement. L’un des plus célèbres d’entre eux, Hedge Fund (traduction complexe de « fond de couverture ») date de cette époque.

Mais, ni les changements de majorité à la Maison Blanche (les démocrates sous Bill Clinton ont dérégulé avec le même allant) ni les crises financières successives (1987, 2000/2001, résultantes de l’éclatement de la bulle Internet) n’ont infléchi le mouvement. En quelques années c’est un florilège de produits financiers dérivés (peu ou pas soumis à réglementation) d’une extraordinaire complexité qui est devenu le moteur d’une économie financière où la spéculation est une pratique quasi normative. Au rang de ces « néo-barbarismes », fruits d’une ingénierie économique presque incompréhensible au commun des mortels; Subprimes (prêts à risque), CDS (credit default swap ou couverture de défaillance), CDO (collaterized debt obligation ou obligation adossée à des actifs) ou ventes à découvert… vont nourrir une bulle spéculative sans précédent qui éclatera en octobre 2008, avec en point d’orgue la faillite de la banque d’affaires Lehman Brothers que l’État américain refusera de renflouer.

Et c’est tout un système de collusion/relais/impunité de proverbiale avidité qu’ausculte Inside Job. Comment un système échappant à tout contrôle, mais soumis à une obligation de croissance illimitée et fondé sur une utilisation et circulation quasi mathématique (recours fréquents aux chaînes de Ponzi) du crédit (ex: un prêt hypothécaire sera dû aux multiples maillons d’une longue chaîne de crédits…), organise, sans l’ombre d’une quelconque « raideur moral e», sa propre et effrénée expansion au bénéfice de quelques-uns (bonus pour les gagnants, parachutes « dorés » pour les… malchanceux) et aux coûts supportés par la collectivité. Qu’on se rappelle que, dans la foulée du krach, chaque pays occidental ou presque y est allé de son propre plan de sauvetage de banque… Avant de devoir faire face aux conséquences « concrètes » de la crise économique qui a inévitablement suivi dans la foulée.

Un système où les principaux protagonistes n’ont cessé de faire la navette entre les très confortables sièges des conseils d’administration de ces élèves zélés de la nouvelle économie financière et les cabinets des plus hautes instances politiques d’où ils vont vaillamment batailler pour que le petit jeu à sommes positives perdure le plus longtemps possible. Un jeu de bonimenteurs aussi : des agences de notation (tiens tiens!) attribuent un triple A à des crédits qu’elles n’ignorent pas être toxiques ou encore, les cadres d’une banque d’affaires qui jouent (parient) sur l’effondrement programmé de la machinerie qui les nourrit… Et, outre la puissance du lobbying de Wall Street (qui se chiffre en milliards de dollars), cette spéculation du millénaire naissant aura pu s’appuyer sur la caution intellectuelle et les conseils avisés offerts par quelques sommités universitaires dans les domaines correspondants. Tandis que tous les organismes comme la S.EC. (Securities and Exchange Commission) censés contrôler, maintenir une certaine régulation et garantir les conditions d’une vraie concurrence (comme empêcher la constitution de monopoles) du système ont fait preuve d’une inquiétante apathie, voire parfois de somnolence.

Inside Job prend presque une tournure comique lorsque Ferguson tente de placer les intervenants face à leurs propres contradictions après la débandade boursière de 2008. Les réactions partent dans tous les sens; depuis les trous de mémoire et bégaiements de Frederic Mishkin, conseiller à la Réserve Fédérale en 2008, qui réintègre promptement la business school de Columbia pour superviser les modifications d’un manuel scolaire, ou encore Glenn Hubbard, éminence grise de la politique économique de Bush père et fils qui très tôt dans l’interview, coupe court à l’entretien…

On (ré)entendra aussi la voix des rares économistes qui prophétisèrent la catastrophe et furent jugés tels des Cassandre pisse-froid, on jaugera avec recul les bonnes intentions européennes pas toujours suivies d’effets et les discours ambivalents des représentants des grands organismes internationaux (C. Lagarde pour la France, D.S.K. pour le F.M.I.) et le peu d’avancées concrètes de l’administration Obama dans les réformes promises du système financier, confiées à quelques anciens et ardents supporters (Bernanke, Geithner..) du marmoréen mécanisme ici décrié !

Une indignation qui confine parfois à des considérations morales un peu étranges tant Ferguson semble condamner avec une même force la cupidité intrinsèque d’un modèle économique qui a encore de beaux jours devant lui, que le recours ponctuel à des services de prostitution ou à la prise régulière de cocaïne par certains de ses acteurs (!). Tout ceci pour terminer son film sur une bien curieuse maxime placée à la suite d’un (très) rapide panorama des vrais perdants du système (expulsés, chômeurs…) : « Il y a des choses qui valent une bataille ». Un ultime paradoxe ? Un de plus !

Yannick Hustache

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