Archive | juillet, 2011

Démo sur le Grill – juillet 2011

15 Juil

Pop fracturée, pétrie d’envolées vocales, polyrythmique et tête chercheuse : Think Foals, Battles, Animal Collective …. (!).
Conseillé !!!

Brains – Z0 2037

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Haricots magiques electro-hip-hop

14 Juil

BEANS

Pochette KB2008.

END IT ALL – KB2008

ANTICON RECORDS, 2011.

Où emprunter, détails…

Le nouvel effort solo de l’une des chevilles ouvrières d’Antipop Consortium accueille du beau monde mais maintient de bout en bout le cap de la cohérence; et envoie la purée avec une jubilatoire dextérité !

En 2009, Antipop Consortium sortait Fluorescent Black et mettait fin à 7 années d’inactivité musicale commune. Un disque de hip-hop flamboyant de démesure, architecturé autour de strates de beats robotiques syncopés et de matériaux synthétiques (voire rock) moissonnés sans ménagement sur quelques vastes portions de l’horizon électronique connu.

AC à nouveau replacé sur la touche pause, l’Américain retourne à une carrière solo déjà jalonnée de 3 étapes officielles (Tomorrow Right Now en 2003, Shock City Maverick en 2004 et un LP, Thorns, publié à compte d’auteur et en 2008) et d’un pas de côté significatif (Only, partagé avec Hamid Drake & William Parker).

beansMais qu’il la joue collectif ou demeure l’unique patron à bord, l’homme se reconnaît instantanément. Un flow saccadé de kalachnikov, la précision en sus, et une verve d’athlète-contorsionniste de la rime mais toujours bien regardant sur l’affect. La diction est implacable et les textes hallucinés, et le tout s’emboîte parfaitement dans un hip-hop qui garde les semelles rythmiques dans le goudron de l’electro glaciale du début1980 pour mieux se faire adjoindre « par surimpression », une foule de corps sonores parfaitement identifiables (pop, rock, techno, house, jazz, bruit…), minutieusement redécoupés et re-profilés aux nécessités d’un rap ni abstract ni intello, mais simplement en position d’ouverture maximale.

D’ailleurs, si le bonhomme a depuis des lunes pris l’habitude de fouler les scènes sans parti pris (de Kool Keith à The Locust en passant par Radiohead et Missy Elliott), et d’offrir ses services « au gratin » (Dj Shadow, Arto Lindsay…), il sait aussi retourner la pareille, tant les invités qui se bousculent au portillon de ce End It All pourraient former une dream-team idéale de l’e-pop (pour electronic) 2011.

Loin du mash-up de petit malin ou d’un album ticket d’entrée vers des sphères musicales plus rémunératrices, ce disque est simplement la preuve que le label Anticon (Why?, Dosh, etc.) qui publie ce disque sait encore y faire en matière de hip-hop barré mais accessible. Le cousinage avec le rap incendiaire d’Antipop Consortium demeure évident et toute intervention extérieure passe impitoyablement sous les fourches caudines de notre haricot en chef ! Le très sélect Four Tet est ainsi cantonné à deux fugitifs interludes (« Gluetrap s», « Anvil Falling »). Moins significatif que Clark dont on reconnaît aisément la patine sur le conclusif « Hunter ». Le collègue de label, Tobacco ne se laisse pas impressionner (les nappes bien fumantes de « Glass Goffins »), pas plus que Tunde Adebimpe (TV On The Radio) le temps d’un gospel paranoïaque (« Mellow You Out »). Quant à Tortoise, ils ne sont là qu’en pensée, le temps d’un « bump » fécond (« Electric Eliminator »).

Et de fait, pour les deux pièces maîtresses de ce disque – le rap quasi postpunk d’« Air Is Free »,  – on ne sait rien de l’invité (In Flagranti). Tandis que sur le flottant « Electric Bitch », on ne reconnaît nulle part la geste détournée de son prestigieux invité, Sam Fog d’Interpol.

En final, End It All ne peut même pas recevoir le qualificatif de foutraque, juste un peu frigide et mécanique par moments, preuve que ce « Mister Bean(s) » là sait parfaitement ce qui lui arrive !

Yannick Hustache

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La dérive des dérivés

13 Juil

INSIDE JOB – DVD – TL5201

Pochette TL5201.

VO AN st.FR. Durée :124′.
SONY PICTURES HOME ENTERT., 2010.

Où emprunter, détails…

INSIDE JOB – Blu-Ray – TL5200

SONY PICTURES HOME ENTERT., 2010.

Où emprunter, détails…

Scénarisé et à la manière d’un hold-up permanent, Inside Job revient sur les lieux, faits, acteurs, et sur le comment de la crise financière mondiale de 2008. Moralité : très bien connus des services, les malfaiteurs courent toujours et opèrent en toute impunité, feignant parfois la discrétion, minimisant leurs responsabilités ou plaidant leur innocence, tout en laissant de temps à autre paraître l’esquisse d’un regret. Pour mieux palper l’écume de la prochaine bulle spéculative anticipant la très probable récession programmée de l’économie mondiale ?

Et, parce que la sinistre farce pourrait passer pour plus énorme encore qu’elle ne l’est, Charles Ferguson, réalisateur du documentaire, part de l’exemple islandais. Un pays qui, à l’aube du présent millénaire, présente un bilan économique, social et environnemental excellent sous tous rapports: niveau de vie élevé, chômage faible, dette publique insignifiante, industrie performante et peu polluante, environnement préservé… Puis avec l’aval des autorités publiques locales qui vont organiser leur dérégulation, les principales banques islandaises vont avidement se lancer à l’assaut des parts exponentielles du gâteau promis par une spéculation financière revigorée et dopée, à la fois par l’apparition et le développement d’une série de produits financiers nouveaux ainsi que sous l’action soutenue d’une ribambelle d’intervenants et d’intermédiaires ayant un pouvoir de décision (et de prescription) inouï, dans un espace de jeu économique « presque » libéré de toute entrave ! Résultat : en 2008, l’État islandais se voit contraint de reprendre le contrôle de « ses » banques dont l’endettement dépasse de plusieurs fois le PIB du pays…

Filmé au pas de course et composé d’une alternance serrée d’interviews (parfois sinistrement drôles), de séquences d’archives et d’actualités et de schémas explicatifs (le complexe ordonnancement des nouvelles chaînes spéculatives) Inside Job, dont la narration est assurée par Matt Damon (le doc ne propose pas de version française) se visionne comme le film d’une catastrophe annoncée, comme un thriller où les « méchants » gagnent à la fin et où les gentils (un ouvrier chinois sans emploi, un travailleur américain vivant depuis peu dans un camp de toile, des expropriés latinos…) n’ont plus que leurs larmes pour pleurer !

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Pour les besoins de sa démonstration, Ferguson remonte aux racines du mal, la crise de 1929, et aux remèdes appliqués qui prévinrent, quelques décennies durant, le monde du danger d’une récession majeure et maintinrent les bourses dans leur rôle d’origine; à savoir répondre aux besoins de financement de l’économie. L’étanchéité entre banques de dépôt et d’affaires fut instaurée comme une loi inviolable et le système encadré par la création (ou la réaffirmation) d’instances de régulation et la mise en place d’une plus grande réglementation des marchés.

Mais dès les années 1980, l’arrivée au pouvoir de Ronald Reagan (républicain, US) et de Margaret Thatcher (conservateur, GB), qui mirent en œuvre les préceptes du monétarisme de Friedman et de l’école Chicago, fit de la déréglementation l’un des chevaux de bataille de leur politique économique. Banques et assurances purent à nouveau se confondre, les limitations entre banques de dépôt et d’affaires s’estomperont une à une tandis qu’elles croissent rapidement en taille et en volume. Spéculation et couverture du risque (de change ou du crédit) deviennent les activités principales d’un secteur bancaire à la fois innovant et imaginatif – et s’appuyant largement sur les opportunités offertes par les derniers développements technologiques, mathématiques et informatiques –  par ailleurs entraîné dans un mouvement de concentration sans précédent, et caractérisé par de nouveaux us et coutumes. On commence à évoquer les rémunérations des hauts cadres en termes de « bonus » et à inventorier un glossaire d’acronymes et de néologismes financiers promis à un beau développement. L’un des plus célèbres d’entre eux, Hedge Fund (traduction complexe de « fond de couverture ») date de cette époque.

Mais, ni les changements de majorité à la Maison Blanche (les démocrates sous Bill Clinton ont dérégulé avec le même allant) ni les crises financières successives (1987, 2000/2001, résultantes de l’éclatement de la bulle Internet) n’ont infléchi le mouvement. En quelques années c’est un florilège de produits financiers dérivés (peu ou pas soumis à réglementation) d’une extraordinaire complexité qui est devenu le moteur d’une économie financière où la spéculation est une pratique quasi normative. Au rang de ces « néo-barbarismes », fruits d’une ingénierie économique presque incompréhensible au commun des mortels; Subprimes (prêts à risque), CDS (credit default swap ou couverture de défaillance), CDO (collaterized debt obligation ou obligation adossée à des actifs) ou ventes à découvert… vont nourrir une bulle spéculative sans précédent qui éclatera en octobre 2008, avec en point d’orgue la faillite de la banque d’affaires Lehman Brothers que l’État américain refusera de renflouer.

Et c’est tout un système de collusion/relais/impunité de proverbiale avidité qu’ausculte Inside Job. Comment un système échappant à tout contrôle, mais soumis à une obligation de croissance illimitée et fondé sur une utilisation et circulation quasi mathématique (recours fréquents aux chaînes de Ponzi) du crédit (ex: un prêt hypothécaire sera dû aux multiples maillons d’une longue chaîne de crédits…), organise, sans l’ombre d’une quelconque « raideur moral e», sa propre et effrénée expansion au bénéfice de quelques-uns (bonus pour les gagnants, parachutes « dorés » pour les… malchanceux) et aux coûts supportés par la collectivité. Qu’on se rappelle que, dans la foulée du krach, chaque pays occidental ou presque y est allé de son propre plan de sauvetage de banque… Avant de devoir faire face aux conséquences « concrètes » de la crise économique qui a inévitablement suivi dans la foulée.

Un système où les principaux protagonistes n’ont cessé de faire la navette entre les très confortables sièges des conseils d’administration de ces élèves zélés de la nouvelle économie financière et les cabinets des plus hautes instances politiques d’où ils vont vaillamment batailler pour que le petit jeu à sommes positives perdure le plus longtemps possible. Un jeu de bonimenteurs aussi : des agences de notation (tiens tiens!) attribuent un triple A à des crédits qu’elles n’ignorent pas être toxiques ou encore, les cadres d’une banque d’affaires qui jouent (parient) sur l’effondrement programmé de la machinerie qui les nourrit… Et, outre la puissance du lobbying de Wall Street (qui se chiffre en milliards de dollars), cette spéculation du millénaire naissant aura pu s’appuyer sur la caution intellectuelle et les conseils avisés offerts par quelques sommités universitaires dans les domaines correspondants. Tandis que tous les organismes comme la S.EC. (Securities and Exchange Commission) censés contrôler, maintenir une certaine régulation et garantir les conditions d’une vraie concurrence (comme empêcher la constitution de monopoles) du système ont fait preuve d’une inquiétante apathie, voire parfois de somnolence.

Inside Job prend presque une tournure comique lorsque Ferguson tente de placer les intervenants face à leurs propres contradictions après la débandade boursière de 2008. Les réactions partent dans tous les sens; depuis les trous de mémoire et bégaiements de Frederic Mishkin, conseiller à la Réserve Fédérale en 2008, qui réintègre promptement la business school de Columbia pour superviser les modifications d’un manuel scolaire, ou encore Glenn Hubbard, éminence grise de la politique économique de Bush père et fils qui très tôt dans l’interview, coupe court à l’entretien…

On (ré)entendra aussi la voix des rares économistes qui prophétisèrent la catastrophe et furent jugés tels des Cassandre pisse-froid, on jaugera avec recul les bonnes intentions européennes pas toujours suivies d’effets et les discours ambivalents des représentants des grands organismes internationaux (C. Lagarde pour la France, D.S.K. pour le F.M.I.) et le peu d’avancées concrètes de l’administration Obama dans les réformes promises du système financier, confiées à quelques anciens et ardents supporters (Bernanke, Geithner..) du marmoréen mécanisme ici décrié !

Une indignation qui confine parfois à des considérations morales un peu étranges tant Ferguson semble condamner avec une même force la cupidité intrinsèque d’un modèle économique qui a encore de beaux jours devant lui, que le recours ponctuel à des services de prostitution ou à la prise régulière de cocaïne par certains de ses acteurs (!). Tout ceci pour terminer son film sur une bien curieuse maxime placée à la suite d’un (très) rapide panorama des vrais perdants du système (expulsés, chômeurs…) : « Il y a des choses qui valent une bataille ». Un ultime paradoxe ? Un de plus !

Yannick Hustache

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La Sélec n°17 – 1er juillet 2011

12 Juil

 

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Sommaire

  • Trois portraits
    • La danseuse Pina Bausch : Rêves dansants
      Des adolescents rejettent la complaisance culturelle et les clichés à leur égard : « À part le hip-hop, qu’aiment-ils, de quoi sont-ils capables !? Comment les intéresser à autre chose !? ». En voici qui dansent avec Pina Bausch et nous donnent une leçon de mouvement à soi. Chapeau !
    • Le beautiful chanteur Jad Fair
      Quand la stratégie quantitative brouille le qualitatif ! Actualité et portrait du singulier américain Jad Fair.
    • L’imprécateur marginal, Jean-Marie : Le Plein Pays
      Un marginal, entre art brut et prédication, essaie d’empêcher la fin du monde. En creusant la terre et en prêchant la non-reproduction de l’espèce. Un film au-dessus du lot (français)
  • Chanson française
    • Héritage et inovation : MALICORNE – Emmanuelle PARRENIN
      Héritage français et collecteurs novateurs : retour (CD, DVD) sur le coup de génie Malicorne et la personnalité d’Emmanuelle Parrenin qui publie un successeur au mythique Maison Rose (1977) ! C’était l’époque d’un folk revival volontiers audacieux.
    • Pierre LAPOINTE, Seul au piano
      Si les classiques parlent de récital voix-piano, les amateurs de chanson parleront sans doute bien volontiers d’ambiance intimiste, voire minimaliste pour cet album capté face à un public manifestement comblé ! Quinze titres et pas un seul d’inutile ! Ah si tous les gars du monde de la chanson en faisaient de même…
  • Films de fiction
    • Adrian BINIEZ, Gigante
      Gigante a reçu un Ours d’Argent à Berlin en 2009 et on l’a souvent caractérisé comme étant « un de ces petits films dont on ressort touché, séduit, heureux » (Le Monde)
    • Arnaud et Jean-Marie LARRIEU, Les derniers jours du monde
      Le monde est en train de finir, peu importe de quelle manière: tout le monde finit et c’est de toutes les manières, allons-y, maladie, guerre, suicide, accident, pollution. L’évitable et l’inévitable.
    • Xavier DOLAN, Les amours imaginaires
      Le jeune cinéaste québécois Xavier Dolan ne cherche pas, comme tant d’autres, à démystifier l’amour, à nettoyer le réel des illusions qui (soi-disant) le ternissent, au contraire, il sait que les rêves réalisent le vécu, peau et sang, et que les comprendre, les nourrir, les compléter affermit l’expérience.
  • Documentaires
    • Janus METZ, Armadillo
      Le réalisateur suit ici deux conscrits d’un contingent danois, Mads et Daniel, dont la première mission est un « tour » de six mois dans la province d’Helmand, en Afghanistan.
    • Charles FERGUSON, Inside Job
      Scénarisé et à la manière d’un hold-up permanent, Inside Job revient sur les lieux, faits, acteurs, et sur le comment de la crise financière mondiale de 2008. Moralité : très bien connus des services, les malfaiteurs courent toujours et opèrent en toute impunité.
  • Musiques du monde
    • The Bristol Sessions 1927-1928
      Hors des États-Unis, l’histoire de la musique country est souvent confondue avec le folklore kitsch qui l’accompagne. Pourtant, rien ne pourrait être plus éloigné des cowboys en vestes à franges que les traditions qui les ont précédés. Avant que le terme de Country Music lui-même ne soit généralisé pour parler de toute musique traditionnelle américaine, il existait une distinction claire entre la musique des différentes régions.
    • Abigail WASHBURN, City of refuge
      Parmi les artistes qui ont – sans jeu de mots – tiré la corde le plus loin, se trouve bette chanteuse et banjoïste. Elle a déjà par le passé défrayé la chronique en tentant la quadrature du cercle : rassembler ses deux traditions musicales préférées, le banjo old-time et la musique folk chinoise.
    • The Karindula Sessions
      Le karindula est une musique faite à base d’instruments bricolés, construits en matériaux recyclés, à mi-chemin entre la débrouille et l’expérimentation. Il tire son nom de son instrument principal, sorte de banjo géant fabriqué à partir d’un bidon d’essence sur lequel est fixé un manche, une caisse de résonance en peau de chèvre et une boîte de lait en poudre vide placée entre quatre cordes.
  • Rock – pop – electro
    • Songwriters dans la brume : Timber Timbre et Kurt Vile
      Deux disques à la beauté fruste et ombrée qui dessinent en hachuré le portrait de leurs intrigants auteurs. Premières perles (noires) chantées de 2011. L’un et l’autre ont opté pour un visuel en noir et blanc.
    • PANDA BEAR, Tomboy
      Parrallèlement à sa contribution au fermentateur à idées musicales constantes d’Animal Collective, Noah Lennox – alias Panda Bear – aligne une poignée de disques qui sillonnent les reliefs floutés d’une pop psychédélique immergée et ourlée en boucle.
    • cyclo, id
      Par-delà ses aspects technologiques et conceptuels, ce nouvel album de cyclo est avant tout étonnamment musical, oscillant entre une techno minimaliste et hypnotique et des rythmiques brisées d’une redoutable efficacité.
    • DEERHOOF, Deerhoof Vs Evil
      Des chansons mikado déconstruites ou emmêlées avec dextérité et malice puis remontées avec une bonne dose d’espièglerie bouffonne et savante.
    • DEATH IN JUNE – Peaceful Snow
      On peut succomber ou non à tant de mélancolie ingénue, mais si l’on craque, cet album reste longtemps en tête, malgré son aridité et sa froideur.
  • Jazz, free jazz
  • Rap, soul, blues, dub
    • BEANS, End It All
      Le nouvel effort solo de l’une des chevilles ouvrières d’Antipop Consortium accueille du beau monde mais maintient de bout en bout le cap de la cohérence; et envoie la purée avec une jubilatoire dextérité !
    • Lee PERRY – Revelation Revolution And Evolution
      Il s’est créé une légende, ou plutôt une série de légendes, lancées, entretenues et contredites par lui-même. Il aurait ainsi brûlé son studio, le Black Ark, pour le purifier des mauvaises vibrations, à moins que ce ne soit dans un accès de colère, à moins que ce ne soit pas vrai. Il s’est mis à dos la moitié de la profession…
    • GRAY, Shades Of…
      Une étrange (res)sortie dans le flux régulier des arrivages culturels en rapport au travail et au personnage de l’artiste touche-à-tout Jean-Michel Basquiat (décédé en 1988). Un disque composite et incongru : ni hip-hop, ni industriel, ni document sonore, mais un peu des trois à la fois, et, malgré les apparences, un fourre-tout où la private joke ne vient jamais amoindrir un mélange des genres et des époques bien avant la lettre !
  • Musique classique
    • Alto : résistance d’un instrument
      Geneviève Strosser, avec l’intelligence et le goût des musiques actuelles, propose cinq compositeurs de la première moitié du XXème siècle rassemblés pour une pièce en cinq actes : extraits d’un discours sur l’instrument, son emploi, sa résistance.
    • Alberto POSADAS, Obscuro abismo de llanto y de ternura, Nebmaat, Cripsis, Glossopoeia
      Démiurge éclairé, Posadas ne fait que poser les conditions du jaillissement et de la participation. À la virgule, son geste est presque un éclair qui met au jour un monde unanime, mais composite, au sein duquel chaque individu est sollicité, déphasé – sons, musiciens, instruments, auditeurs.
  • Musiques de film
    • The THE, Tony
      Pour sa première bande originale de film, l’Anglais Matt Johnson alias The The a prêté main forte à son frère, Gerard, en accompagnant le premier long métrage de ce dernier.
    • Clint MANSELL, Black Swan
      Il y a, entre Le Lac des Cygnes et Black Swan, le même miroir déformant que celui que l’héroïne du film, Nina, s’oppose sans le savoir. De ce jeu de reflets, la musique ne se fait pas l’écho, elle l’attend, l’attise, l’invite à se produire, le tragique s’insinuant destin avant qu’il ne se réalise. Les trames sonores avancent dociles, mailles de filet, appât, la capture est organique.

Devenez rédacteurs du nouveau magazine de la Médiathèque, Détours

7 Juil

Les vacances sont à peine entamées et la Médiathèque prépare déjà votre rentrée : en octobre, un nouveau magazine « Détours » sera à votre disposition, dans les médiathèques notamment. Il se veut une vitrine la plus complète possible des activités de la Médiathèque. Et cela prendra d’autant plus de sens si des pages sont consacrées aux musiques, films, jeux que vous avez aimés. Vous avez donc du pain sur la planche : deux pages sont destinées à recueillir vos commentaires.

Comment faire ? Envoyer à detours@lamediatheque.be quelques lignes argumentées sur un film, un disque, un jeu que vous avez apprécié.

Au plaisir de vous lire.

Carlos

7 Juil

Olivier ASSAYAS

CARLOS – 1 – VC1431

Pochette VC1431.

VO FR. Durée :101′.
UNIVERSAL, 2009, France, Allemagne.

Où emprunter, détails…

CARLOS – 2 – VC1432

Pochette VC1432.

VO FR. Durée :107′.
UNIVERSAL, 2009, France, Allemagne.

Où emprunter, détails…

 CARLOS – 3 – VC1433

Pochette VC1433.

VO FR. Durée :118′.
UNIVERSAL, 2009, France, Allemagne.

Où emprunter, détails…


Une minisérie haletante de bout en bout autour d’une figure traversée par toutes les contradictions politiques, idéologiques et sociétales d’une époque qui, et rebondit de façon toute particulière dans l’actualité de ces derniers mois.

En début de chaque épisode de la trilogie Carlos – 3 chapitres pour une durée totale dépassant de peu les 5h30 – s’affiche l’avertissement suivant : « ceci est une œuvre de fiction, les personnages et situations ont été romancés… ». Ceci afin de mettre en garde le spectateur en mal de reconstitution historique filmée (une spécialité bien française ?) et avisé de chercher la petite bête de l’inexactitude factuelle ou d’un éventuel parti pris idéologique dans le chef du réalisateur dans une fresque tapissée de multiples zones d’ombres qui défile au pas de charge et pour laquelle le secret d’état et la vérité judiciaire (il a été condamné pour un triple meurtre en 1997 à la réclusion criminelle à perpétuité par la justice française) constituent deux points d’achoppement critique supplémentaires.

carlosPour les faits, Ilich Ramírez Sánchez plus connu sous le nom de Carlos ou encore Le Chacal est né au Venezuela en 1949. Très tôt, il est soumis à un endoctrinement marxiste-léniniste qui le conduira à « parfaire sa formation » dans une université moscovite en 1970. Il intègre ensuite la nébuleuse du FPLP OE (Front populaire de libération de la Palestine, opérations externes, opposé à Yasser Arafat) basé alors en Jordanie et passe à la lutte armée dès 1973. Il mène une série d’actions violentes en France – attentats à la voiture piégée, attaque à la roquette contre un avion d’une compagnie aérienne israélienne sur l’aéroport d’Orly, assassinat de deux inspecteurs de la DST – avant d’embrayer  sur un coup d’éclat : la séquestration de 11 ministres de l’OPEP le 21 décembre 1975. Des divergences de fond l’éloignent du FPLP-OE et l’homme gagne Beyrouth pour ne se « réveiller » qu’au début des années ’80 où, dans la foulée de la guerre au Liban, il commet une série d’attentats sanglants pour exiger la libération de ses ex-compagnons d’armes arrêtés à Paris en 1982. Sa carrière de terroriste politique décline ensuite progressivement. En 1991, devenu indésirable dans une Syrie où il réside depuis 1985, et qui tente de se racheter une conduite internationale dans le contexte de l’après guerre froide, il se réfugie au Soudan jusqu’à sa spectaculaire exfiltration par les services secrets français le 15/08/1994. Depuis son procès, il s’est converti à l’Islam, réapparaît sporadiquement dans les médias à l’occasion de l’une ou l’autre tentative de coup d’éclat médiatique, et se trouve pour l’heure incarcéré à la maison centrale de Poissy près de Paris.

carlosLe Carlos d’Assayas, campé par un acteur à la prestance  magnifique, Edgar Ramirez, mais qu’il faut absolument entendre dans sa version originale (anglaise sous-titrée français), est un être pratiquement métamorphique, changeant de garde-robes, d’aspect et d’allure en un rien de temps pour de biens compréhensibles « raisons professionnelles », mais aussi parce que l’homme , costaud de par sa constitution naturelle, est aussi grand amateur d’alcool, de bonne chair et de femmes, ne retrouve plus qu’épisodiquement au déroulé des années son « corps de combat », musclé et endurant. Un corps filmé dans toute sa pleine puissance masculine et virile, massif mais malléable instrument au service d’un indéniable pouvoir de séduction naturel, un « charisme » qui tire sa force de sa propre conviction d’appartenir à la catégorie des hommes providentiels, ces destinées d’exception capables d’influer sur le réel et de lui assener au besoin quelques solides coups de crosse. D’ailleurs le réalisateur français place sans ambigüité sur un même plan ce sentiment de farouche invincibilité que confère la manipulation d’armes à feu et l’appétence triomphante revendiquée d’un quasi prédateur sexuel que rien ne semble en mesure d’assouvir. Entre Carlos et les femmes, c’est avant tout une affaire qui se joue à ses règles sur le court, voire parfois le moyen terme, mais avec à chaque fois la porte de sortie de son côté… Des femmes à l’égard desquelles ce narcissique jouisseur n’est pas, et c’est peu dire, enclin à appuyer les velléités d’indépendance et d’égalité dans une époque où ces revendications fleurissaient un peu partout sur le terreau des luttes d’émancipation collective. A bien des égards, le Vénézuélien tend plutôt à revendiquer pour lui ce qu’il dénie aux autres. Il attend une obéissance inconditionnelle des membres de son groupe alors que lui-même a bien du mal à se conformer à la moindre forme d’autorité (et lui vaudra son expulsion du FPLP-OE), sans compter ses moult atermoiements dans la marche à suivre au cours de ses opérations, et sans parler de son rapport bien peu orthodoxe à l’argent et à ses exigences de« gloire » médiatique.

carlosPas plus qu’il ne tient à éclairer d’une lumière trop crue les zones sombres que recouvre une stature telle que Carlos ni tenter de partir à la recherche des causes de sa lutte (option Che de Steven Soderbergh) pour lui tracer un portrait psychologisant, Assayas s’attarde davantage sur les contradictions et ambiguïtés d’un fils d’avocat communiste nanti, « tombé dedans quand il était petit » et dont le parcours semble étrangement semblable à celui d’un leader de groupe de mercenaires (voir le rocambolesque dénuement de la prise d’otages des ministres de l’OPEP), ou même, d’un simple chef de bande de type mafieux (son séjour syrien avec villa et chauffeur…). Piètre idéologue (?) ou orateur, il n’a jamais tenté de porter la lutte sur le plan des idées, encore moins de l’action politique, et n’a sans doute approché ce prolétariat qu’il affirmait défendre que de loin, ou incidemment, dans ses innombrables beuveries. Incapable de tirer le moindre bilan de l’échec de l’expérience politique socialiste du bloc Est, il glisse peu à peu dans le réduit idéologique rétrograde l’islamisme radical, par simple (opportunisme ?) dégout de l’Etat d’Israël et anti-américanisme primaire.

A la façon d’un Mesrine (2008) de J-F Richet, Assayas revendique le droit de s’approprier un matériau historique encore brulant dans les mémoires et toujours en lien étroit avec l’actualité d’aujourd’hui, et en livre une lecture kaléidoscopique et volontairement lacunaire qui ne prétend pas à l’exactitude – si d’aventure, elle est possible – mais en capte toute l’énergie cinétique résiduelle. Plutôt qu’à perdre vainement son temps en spéculations causales (qu’avait-il dans la tête, a-t-il subi un quelconque trauma déclencheur…), et tout en maintenant partout les cloisons bien étanches entre ambiguïté du sujet (ce qu’un personnage comme Carlos incarne à la perfection) et indentification problématique (rendue inopérante dans ce film qui n’aligne aucun acteur « connu »), le Français « utilise » Carlos telle une boule à facettes historico-fictionnelles sur laquelle se reflètent à toute vitesse images d’actualité d’époque et ce qui – on l’espère – ressemble à la promesse de séries continentales (puisque les Anglais font exception) qui refont sur le plan de la qualité et de l’énergie, leur retard sur leurs équivalents US ! Il était temps.

Assayas filme pied au plancher avec un sens affuté du détail et de la reconstitution (sauf une scène où les arbres portent encore leur feuillage vert fin décembre !) et un souci constant d’efficacité qui peut désarçonner voire déstabiliser par le rythme qu’il assène avec une délectation quasi coupable, mais sans rien sacrifier à l’opacité d’une réalité géopolitique mondiale fluctuante, aussi muette sur ses alliances pas toujours secrètes, que sur la nature des enjeux véritables qu’elle recouvre. Revers ironique de l’histoire, quelques hommes d’Etat influents de l’époque qu’Assayas a l’intelligence de ne pas montrer à l’écran (Mouammar Kadhafi, Hafez el-Assad, père du président actuel, Bachar, feu Saddam Hussein) sont à nouveau au cœur de l’actualité de ce printemps 2011. Seule exception à cette règle, Abdelaziz Bouteflika, actuel président de la République Algérienne, présenté, dès 1975 comme un ministre particulièrement habile dans des négociations délicates.

carlosAu sein de la nébuleuse terroriste ayant gravité dans le sillage de Carlos, on recense aussi bien des Palestiniens ayant opté pour la lutte armée que des membres incontrôlables des Cellules révolutionnaires (extrême gauche allemande), des Français sans aucun scrupule, et plus tard des « assistants » détachés de divers services secrets du bloc Est qui le lâcheront sans état d’âme. Mais le paysage décrite ressemble davantage à une série d’embranchements circonstanciés et provisoires au gré des changements d’alliances, parfois suivis d’effets (les actions proprement dites) avec pour protagonistes des agités qui doutent – à une notable  exception près – rarement de leur engagement politique mais ne savent pas toujours comment le réaliser, quand ils ne craquent pas tout simplement avec de funestes conséquences… Pas de place ici pour des opérations de déstabilisation du monde par des professionnels fanatisés suivant à la lettre les étapes implacables d’une machination complexe ourdie dans l’ombre mais, une série de coups (d’éclat) où le hasard, la (mal)chance et les circonstances interviennent à parts égales. A titre d’exemple, la première mission de Carlos en 1973 à Londres, une tentative d’assassinat, échoue dans un ridicule consommé…

Ce détachement subtil au cœur même de son sujet se marque aussi dans les choix musicaux du cinéaste (qui est aussi l’une de ses marques) qui fait la part belle à quelques-unes de ses marottes rock, option D2 new wave anglaise et indie US 80-90. Une B.O. qui de Wire aux Feelies en passant par New Order (et à l’exception de ces derniers) est en adéquation avec le relatif anonymat de son casting d’acteurs, et dont l’excellence intemporelle ajoute  encore un peu plus au crédit de ce Carlos tourneboulant !

Yannick Hustache

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