Archive | août, 2011

« Morceaux choisis » par Jacques Duvall, le jeudi 15 septembre 2011

29 Août

La Médiathèque de l’ULB vous convie à une rencontre avec Jacques Duvall, le jeudi 15 septembre 2011 de 12h00 à 13h30.

Le Bruxellois Jacques Duvall est un parolier de variété française (Lio, Chamfort, Daho, Birkin, Salvador) et de rock (Bijou, Sparks, Runaways) qui est également chanteur à ses heures. Il a sorti trois albums sur le label indépendant liégeois Freaksville, une boîte à l’esprit plutôt déjanté fondée par le musicien sérésien Miam Monster Miam.

A partir d’extraits de musique ce passionné et connaisseur nous fera partager ses découvertes glanées au fil des ans dans les collections de la  Médiathèque.

L’entretien sera diffusé en direct sur les ondes de Radio Campus (92,1 FM)

Adresse :
La Médiathèque de l’ULB-XL
Bâtiment U
Av Paul Héger (coin square Servais)
1000 Bruxelles
02/ 647.42.07

*Attention : ouverture exceptionnelle le jeudi 15/09 de 10h30 à 15h30

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Dour 2011 : l’an 2000, onze ans après… Ou pourquoi je n’aime pas la double grosse caisse.

26 Août

Si globalement, sur le plan musical, cette édition promettait et fut effectivement l’une des meilleures du festival hennuyer, deux trouble-fêtes d’une espèce pourtant extrêmement courante sous nos latitudes ont changé quelque peula donne : la pluie et le froid !

Même si l’accès au site du festival ne se fait jamais exactement via le même trajet d’année en année, les habitués de l’évènement n’ont aucun mal à retrouver leurs repères dans la topographie générale des lieux, à peu près inchangée depuis 2007, date du déplacement de la Last Arena à l’endroit où elle se trouve actuellement. Pourtant, comme si les organisateurs avaient été dans le secret des dieux de la météo, l’autre scène extérieure – la Red Frequency – avait disparu au profit d’un chapiteau, tandis qu’un espace couvert supplémentaire baptisé Balzaal était ajouté aux 5 autres plateaux (Club Circuit Marquee, Dance Hall, Magic Soundsystem, La Petite Maison dans la Prairie et la Cannibal Stage).

Côté organisation, aucun bug ou manquement majeur à déplorer même si les quantités de sable répandu ici et là et aménagements de fortune ont été de peu de poids face aux caprices ravageurs d’un mois de juillet même pas « météorologiquement correct » pour notre humide et frileuse Belgique. Le record  juilletiste de « froid » de l’an 2000 a même été battu, ce qui rend aussi très approximative la moindre explication sur la bonne fluidité intra-festivalière à toute heure du jour et de la nuit, malgré des taux de fréquentation historiques : bonnes gestion des flux ou détenteurs de tickets jamais arrivés ou repartis prématurément ? Nul ne saura jamais.

Les affaires débutent plutôt bien en ce jour (le 14) de fête nationale outre-Quiévrain (tiré du nom de cette petite ville belge qui n’est qu’à deux pas) avec le rock servi comme un apéro bien corsé avant un menu copieux des Louviérois de romano nervosoRomano Nervoso. On s’en voudra d’être arrivé sur le tard, mais c’est bien assez pour mesurer les incontestables progrès marqués et l’assurance tout terrain acquise par un gang mené par un frontman qui a de la (et quelle) gueule et du coffre. Triggerfingers à côté, ce sont de gentils fonctionnaires des eaux et forêts flamandes ! Aussi l’absence de soleil et des températures du niveau d’un mois d’avril ternissent un peu l’entrain festif de la troupe belgo-latine de Buenas Ondas à laquelle on conseillera gentiment d’encore un peu laisser mijoter sa tambouille hip hop/ska/funk/reggae et plus, sauf à vouloir intégrer de force les grilles de festivals plus connotés world ou à vocation familiale. Mais c’est peu de chose en regard d’un prétendant déclaré au concours du plus mauvais groupe du monde, Rolo Tomassi. Pire encore qu’il y a deux ans où cette piètre décalque d’An Albatross croisé de Los Campesinos et flanqué d’une chanteuse qui souffre de règles douloureuses 364 jours par an. Au plus ce quintet anglais tente d’apporter nuances et variations (un plan prog’ par ici, un riff metal par là, une digression jazzy tant qu’à faire…), au moins ça lui réussit. Un exploit ?
Surpris par l’averse, on se réfugie sous la tente du Balzaal où le Belge Murdock ouvre le bal électronique de sa drum’n’bass rasante dans un chapiteau bourré massacre mais… pas vraiment étanche ! On danse en se séchant ou l’inverse ! On poursuit par une lampée de Drums Are For Parades, un heavy rock belge, groovy et intelligent parce qu’alimenté à de nombreuses sources (stoner, punk…), mais régulièrement agaçant par son manque de modestie démonstrative. Pas finauds non plus les Angliches punks à tatouages de Gallows, mais une efficacité tout terrain et un certain sens de l’abandon rappelant la furie contagieuse du set de Fucked Up l’an dernier. Leste comme du Comeback Kid de lundi matin ou du Rise Against ancienne école – la seule qui vaille –  c’est la bonne surprise du jour. Les premiers effets de cette météo à gros grains se font sentir et on zappe 100% du retour de Channel Zero et quasi tout autant (et bien qu’il ne pleuve plus !) du set des vainqueurs à l’applaudimètre que sont kyussKyuss Lives! – autrement dit l’effectif Kyuss au grand complet moins la star Josh Homme. Mais à en juger des minutes finales et la tête de leurs fans massés en meutes entières, tout concourt à ce que ce que ce heavy rock psyché (pré-stoner) a parfaitement su faire reluire le lustre métallique de son imposant culte toujours croissant. Moins convaincante par contre la performance de Foals, en deçà de son passage de 2007, et qui mit presque l’entièreté de l’heure qui lui était impartie pour faire décoller un show hésitant et pas très bien assumé mais quand même sauvé sur le fil ! Ouf et merci à son extraordinaire chanteur. Autres revenants mais sévère déconvenue, les Américains de Cypress Hill dont le show poussif et mou du genou est gâché par un « praticien » (joueur n’est pas le mot) du djembé qui donnait envie de mettre illico sur pied des collectes sélectives pour faire disparaitre de la surface de la Terre un instrument qui s’avère insoutenable quand  il tombe entre de mauvaises mains. Son au rabais, temps morts en pagaille et mollesse à tous les étages, c’était presque un remake d’On achève bien les vieux rappeurs…. D’où la surprise Vismets qui, sur disques me fait l’effet d’une brise automnale sur les Hautes Fagnes vers la fin novembre, déploie sur les planches une énergie bon teint, prompte à retourner un chapiteau tout entier et moi le premier ! La morgue amusée de ces protégés de Ghinzu joue pleinement en faveur de leurs missiles électro-rock tendres, mais qui pour le coup touchent au but à chaque tir. Conséquence, le chant des platines de Boys Noize nous passe bien au-dessus et on comprend qu’il est grand temps de rejoindre les bras de Morphée.

twdyLe 15 sera la seule journée où le soleil sera de sortie, mais à cette heure on ne le sait pas encore et on a tout le loisir d’admirer les déguisements de nombres de festivaliers (au hasard  un kangourou, des insectes, Bob l’éponge et ses suiveurs, des ours…) dans leurs couleurs d’origine. Demain, tout ce beau monde prendra une teinte franchement boueuse, tendance poilus à Verdun, heureusement sans les obus et la mitraille. Dananananaykroyd et sa « fight pop » (dixit le groupe écossais lui-même) ouvre la journée dans la bonne humeur. Ca sautille, pousse une gueulante parfois entre deux refrains scandés en triple vitesse et deux rifs saccadés, mais cette indie pop pas mal noisy a plus de corps et d’idées qu’attendu. Mini surprise poivrée. On pique une tête côté grande scène mais on se ravise car ces Hurlements d’Leo ont fait passer la balance de leur punk chansonnier et cuivré du côté des enfants putatifs d’Yves Duteil et consorts avec pertes et fracas. On se croirait à Spa mais ici on ne boit pas d’eau ! Changement radical d’humeur musicale ensuite avec Anika qui nous la joue égérie ‘60s tombée en pleine faille temporelle post-punk & dark-electro, mâtinée d’une pointe de dub. Ca manque un peu de corps et d’autonomie mais surtout de ténèbres à cette heure avancée (il est 15h30) ! Suit le duo Two Gallants, sans plaque sous le bras mais chouchouté des organisateurs. La première partie du set donne à penser que leur petite flamme s’est éteinte depuis un moment déjà et frise le souffreteux quand, dans, les  ultimes 20 minutes, les Américains se réveillent comme par miracle et se font pardonner leurs errances initiales. Mitigé, c’est aussi ce qui décante nettement du concert de Syd Matters dont la profonde inclinaison naturelle intime ne s’accommode guère d’une exposition de type chapiteau « douresque ». Leurs chansons sont des boutures pop au délicat feuillage psychédélique qui craignent autant une exposition à une lumière trop vive qu’une dissolution naturelle de leur fragile équilibre dans un espace de réception trop étendu. A revoir en (petites) salles. D’où ce pli inverse qu’on prend sur-le-champ d’aller jeter une oreille à ces (ex ?) néo-métalleux de Papa Roach, sapés comme dans une pub pour une marques de sacs à dos. C’était déjà pénible il y a une bonne dizaine d’années et méchant comme l’nième séquel d’un nanar horrifique bien cliché du genre Saw (pas sorti à l’époque). Alors en 2011, malgré un gros son et une fan-base imposante qui se refaisait une petite partie de slam comme au bon vieux temps de son adolescence déjà lointaine, c’est parfaitement risible voire même adapté pour jouer les tough guys de bénitier aux JMJ !!! Par contre que ce soit dans une fournaise de quelques M² (le DNA) où sous un vaste chapiteau, This Will Destroy You demeure l’un des rares  groupes  instrumentaux post-machin-chose aussi réjouissants que « tue l’ennui ». Riffs malins et/ou meurtriers, velléités prog’ au compte-gouttes et une gestion des humeurs électriques ou méditatives qui surprend encore tout son monde. Parrain de ceux-là, Mogwai a lui aussi souffert de quelques problèmes de chauffe et attendu la deuxième demi-heure avant d’envoyer la purée sonique ou alors se l’est joué expressément cool rien que pour satisfaire le caractère écossais (donc lunatique) de ses protagonistes. Un final (enfin) dans une tourmente noise donc qui annonce le tsunami (aïe ce mot) Neurosis. Ces titans U.S. du post/metal/hardcore et tant et plus… mettent la pâtée aux dizaines de jeunes loups pileux lancés sur leurs talons depuis que leur rock a fait école. Cette espèce de classe naturelle qui rend leurs cavalcades apocalyptiques au demi-trot d’une irréelle pesanteur, leurs instants de retenue d’une implacable langueur mortifère et leurs déchaînements caractérisés, d’une impitoyable correction. Avec juste un bémol du côté visuel, C’était déjà les même au VK au siècle dernier non ? Et à cette heure déjà bien avancée de tirer un constat que l’on vérifiera constamment par la suite, à savoir que les gangs métalliques et apparentés ne retirent finalement que raideur rythmique et crampes ferroviaires à répétition de l’utilisation systématique de la double grosse caisse… On change de crèmerie du côté de la grande scène où pulpPulp fait valoir son droit au retour dans le grand cirque rock’n’roll avec un show qui fait la part belle à sa période de gloire du mitan des années nonante, époque Different Class. Et ça marche même si on zieute Jarvis et ses comparses d’un peu trop loin pour mesurer si c’est une bouffée de nostalgie qui titille nos sens à cet instant ou l’effet direct d’un concert « princier ». On prend un peu de retard pour Deerhoof qui, à l’image de son dernier travail (ps : Vs Evil) baisse quelque peu sa garde bruitiste pour un nouvel excédent d’idées dans la manière la plus futée de déconstruire la pop en se poilant. C’est certainement la formation qui paraît prendre le plus son pied sur scène. Et alors qu’il fait déjà frisquet mais encore sec, la plaine est noire de peuple pour le mix-live de Vitalic qui semble surmonter l’écueil de la grosse foule que l’on chauffe avec n’importe quel gimmick bien putassier avec une prestation honnêtement troussée et qui fait encore bien remuer les guiboles. Guiboles qu’Anne-Claude – chanteuse et littéralement front-girl des Québécois de Duchess Says – a bien jolies et n’hésite pas à propulser à la tête du public. Cette petite sœur même pas cachée de David Yow (Jesus Lizard) surfe la moitié de son temps au-dessus de la tête du public et assure sans l’ombre d’un problème les vocaux de ce punk-rock mâtiné de scansions post(punk) contorsionniste . On s’en met une dernière fois plein les mirettes et esgourdes et…on va se pieuter raide !

Pour se « réanimer » le samedi 16 en bonne compagnie des frenchies véloces d’Uncommonmenfrommars. Punk rock’n’roll de très estimable facture mais un peu coulé à froid quand son staff se pique de faire rire l’assemblée. Cloud Control ensuite, qui illustre de vivante façon l’invisible ligne de démarcation qui sépare une pop délicate, finement ouvragée et aérienne (ces chœurs!) de son succédané chichiteux ou pleurnichard. Tout en retenue, ces nuages-là se sont bien gardés de faire couler la moindre goutte. Et ce alors qu’au dehors, un ciel couleur de suie promet de combler à lui seul le retard hydrométrique de ce printemps 2011. Ce qui s’est (presque) vérifié par la suite et a limité singulièrement les pérégrinations festivalières sur un site de plus en plus ressemblant à un terrain d’entrainement pour une guerre de tranchées. Curieux, personne n’a pu me dire si ce sont les niaiseries festives, « sociétalement concernées » et cuivrées, des Ogres de Barback qui sont à l’origine de ce déferlement ? On se soigne comme on peu et finalement mieux que prévu avec le garage psyché (et psychotique ?) des Français de Yussuf Jerusalem. Toutes guitares dehors et sans jamais laisser la mélodie de côté ou plus intéressant, y ajouter leur petit grain de sel, voire une ou deux boulettes de poivre! De quoi (enfin) clouer le bec aux brailleurs retors d’Inspector Cluzo. Pause disco pop ensuite avec les kangourous d’Architecture In Helsinkiaih dont les disques (et le reste) suivent une pente de décroissance artistique qui les mènent à une catastrophe, pour l’heure,  pas encore consommée. On rit gêné du coin des lèvres, puis on découvre que le goût de la blanche tourne au yaourt citron, et on s’en va chercher un rayon (fictif) de soleil dans la world-pop de Fool’s Gold. Mais ici aussi, à l’image d’une BO de voyage d’un pays imaginaire qui déçoit à mesure de son défilement (et de leur disque), la sauce perd de sa saveur à chaque titre et on part s’enquérir des nouvelles de 13 & God, ce projet agrégatif de membres de Themselves (l’ubuesque Doseone) et de Notwist revenu sur la pointe des pieds avec un album tristounet et pas tout à fait à la hauteur (Own Your Ghost), se rachète de la plus belle des manières en insufflant une grâce lumineuse teintée d’évidence mélodique classieuse à ce qui reste un exercice de haute voltige, donner un peu de corps et d’intelligence à la rencontre (electro)pop-hip hop. Grand écart réussi les doigts dans les naseaux ! On les attendait au tournant (l’angle de rue entre désenchantement et extase ?) mais on en a eu largement pour sa thune avec Les Savy Fav dont le vocaliste pourrait passer pour le cousin bien enrobé et sauvage de Will Oldham (Bonnie « Prince » Billy) tandis que son gang donne des leçons d’âpreté et d’élasticité « slameuse » bienvenue à un sous-genre (le post-punk, ici relevé d’une pointe d’acidité noise-punk) souffrant d’un retour en grosse pompe porté par trop de petits bras. Ce groupe mériterait de remplir une salle de la contenance de l’Orangerie du Botanique voire (on, peut rêver) l’AB ! Il n’est pas trop tard ! Tandis que le ciel continue de déverser sans faiblir son inépuisable contenu liquide, on s’enfile une tranche de Flying Lotus (with friends) qui mixe beats fracturés et sons grésillés de son cru avec tout ce qui lui passe par la tête et entre les mains (funk, soul pop bizarreries en tout genre…). Jouissif et malin comme pas deux, mais dommage qu’on ne puisse s’approcher. Et si plaisant que le set plus que « platinistement » correct du pourtant redoutable Luke Vibert laisse un gout de trop peu. A moins que ce ne soit l’heure, le froid où la perspective de regagner sa paillasse après une séance obligatoire de thalasso crade dans une gadoue qui a tout envahi!

Le dernier jour (le 17) affiche des couleurs nationales contrastées. Sur un mode coloré festif et « à la bonne franquette » (reggae, ska, jazz, pop latino…n’en jetez plus !) avec Los Petardos d’abord. Pour se teinter ensuite de francs reflets métalliques aux subtiles nuances plombées avec Ultraphallus avant de se parer des teintes anthracites d’une ville au bord de l’asphyxie avec K-Branding. Si l’on oublie rapidement les premiers parce que ça manque quand même de chair, de nerf et reste touristique dans son approche, les seconds sidèrent par leur assurance d’artificier impavide. Autrefois dans l’ombre intimidante des Melvins, le noise/sludge & Co des Liégeois, à présent signés sur le label Riot Season de Todd, ont gagné en maturité autant qu’en ouverture musicale, au point qu’on parfois pensé à un Oxbow « humain » (et rhabillé), ainsi qu’à un Swans extatique. Et quel final !  Mais s’il n’était pas facile de reprendre le flambeau décibélique après telle déferlante, K-Branding s’acquitta de cette tâche avec un zèle bruitiste et une ferveur industrielle qui rachètent une deuxième plaque trop linéaire et postglaciaire. La batterie semble jouée par un androïde à peine humanisé, des larsens s’échappent par bouffées entières, on entend le râle d’un saxo à l’agonie et les voix pourraient remonter d’une vieillerie analogique enterrée en sous-sol. C’est aussi maitrisé qu’improvisé en partie mais excellent de bout en bout. Requinqué, on s’abîme à marée haute devant le pitoyable spectacle de The Ocean dont le prog (post) metal réassortit les poncifs du genre (4 guitaristes jouant de front à l’avant-scène, la jambe posée sur le baffle des retours comme à la parade…) en feignant de les transcender. Toujours aux limites du metal mais cette fois encore au rayon instrumental et en nettement plus fureteur, les Etasuniens de Russian Circles offrent une excellente prestation dans une catégorie bien achalandée au sein de laquelle ils viennent de doubler les ténors du genre toute en finesse, Pelican. Et même constat : les Américains n’utilisent pas de double grosse caisse… On change complètement d’humeur sonore en tétant une lampée de bew handThe Bewitched Hands qui sonne tout à fait sympa et a un paquet de mélodies ensoleillées sous le chapeau mais ici aussi la mayo a un tantinet du mal à prendre. Puis vient l’heure du grand n’importe quoi Award 2011, décerné cette année à sans contestation possible à Boris dont la pop heavy metal 80’s s’empale sur un mauvais goût même pas drôle planté au beau milieu d’une mare de prétention. Voix inexistantes, abominables coupes emo nippones sur le crâne, soli (délayés) interminables joués sur une guitare à deux manches (si, si) et un versant expérimental remisé aux oubliettes pour une collection de titres sans âme qui se verrait refusée pour une version démo du jeu Guitar Hero. Et comme pour rebalancer un coup de maillet sur un mauvais clou déjà bien enfoncé de traviole, on s’entête plus des 20 minutes réglementaires devant le stoner instrumental (je sais, encore !) de Karma To Burn qui, pour son malheur troque les bonnes idées de trouvailles rythmiques et le groove reptilien qui parsèment ses disques pour prendre la pose et se mirer dans son propre reflet (invisible). En sus, même remarque au niveau batterie que plus-haut ! Dommage, d’autant que la pause bières spéciales est tombée cette année en même temps que Metronomy dont on a reçu les plus vifs échos positifs.

Et puis comme la météo et ses funestes conséquences alliées à une fatigue graduelle bien légitime ont finpublic enemyi par générer une envie toujours plus pressante de retrouver son douillet cocon familial, on profite d’un lift à quatre roues offert, mais sur le départ après Public Enemy. Qui trônera dès lors comme l’ultime show de ce Dour 2011. Et tant mieux pour moi, ces ex-terroristes du hip hop filent un cinglant démenti à tous ceux qui pensent que vieillir dans le rap rime forcément avec pathétique. Flanqués d’un dispositif guitare/basse/batterie en plus de leur propre matériel, les Américains relisent leur répertoire déjà bien corsé de façon explosive et azimutée, mais sans surenchère.

De quoi ajouter un chrysanthème supplémentaire sur la tombe de Cypress Hill et fixer derechef les retrouvailles à l’année prochaine.

Yannick Hustache.

Photos : Olivier Bourgi « génie du diaphragme rock » (merci à lui)

Olivier Bourgi exposera à la médiathèque de l’ULB, Avenue Franklin Roosevelt, 50 – 1050 Bruxelles, du 15 octobre au 03 décembre 2011

Woody Allen, le pessimiste gai : cycle de 6 séances d’analyse de films par Olivier Lecomte

25 Août

Cycle de 6 séances d’analyse de films, les mercredis 12/10, 19/10, 26/10, 9/11, 16/11, 23/11/2011, de 18h30 à 20h30, à la médiathèque de l’ULB.

En quatre décennies,  Woody Allen a su instaurer une réelle complicité avec les spectateurs qui guettent chaque année la sortie de son nouvel opus. De New-York à Londres, Barcelone ou Paris, du burlesque au drame bergmanien, de la comédie musicale au film expressionniste, Woody n’a cessé d’explorer de nouvelles pistes tout en restant fidèle à sa philosophie de base: «Et si tout n’était qu’illusion? Si rien n’existait? Dans ce cas, j’aurais payé ma moquette beaucoup trop cher !». En six séances d’analyse illustrées par de nombreux extraits, entrons dans l’univers tragi-comique de Mister Manhattan.

FORMATEUR
Olivier Lecomte
est critique à Télémoustique depuis 1992. Il a dirigé le supplément belge du magazine Studio, collaboré à l’émission Télécinéma de La Une et écrit pour diverses publications: L’événement, Cinergie, Dimanche Matin, Le journal du mardi, The Ticket, Gaël… Il a fondé le cours d’analyse de films La Toile filante et assure actuellement une série de formations sur le cinéma à la Médiathèque de l’ULB, à l’Université des Aînés (UCL), à l’Espace Delvaux, à l’Espace Senghor, à l’ASBL Cinéfilms. Il anime régulièrement des rencontres publiques avec des cinéastes (Agnès Varda, Claude Lelouch, Fernando Arrabal, Tony Gatlif, Goran Markovic, Jonathan Nossiter…) et a obtenu en 2005 le Prix de la critique décerné par la Communauté française.

P.A.F. :
– 4€ / séance (3€ pour les membres Médiathèque ou étudiants ULB)
– 15€ / cycle complet

Inscription sur place dans notre médiathèque

Adresse :
La Médiathèque de l’ULB-XL
Bâtiment U
Av Paul Héger (coin square Servais)
1000 Bruxelles (situé sur la Commune d’Ixelles)
02/ 647.42.07

Nos prochains rendez-vous :

-> Expo photo de Olivier Bourgui – Du mercredi 15 octobre au 03 décembre 2011
-> Conférence dans le cadre d’Europalia Brésil, par Didier Demolin – Mercredi 05 octobre 2011 à 18h30

Journée d’Accueil des Nouveaux Etudiants – Jeudi 15 septembre 2011

24 Août

 

Rock my religion – Josh T. PEARSON & LOW

2 Août

Josh T. PEARSON

Pochette XP234Q.

LAST OF THE COUNTRY GENTLEMEN – XP234Q

MUTE RECORDS, 2011.

Où emprunter, détails…

LOW

Pochette XL872S.

C’MON – XL872S

SUB POP, 2011.

Où emprunter, détails…

Deux des plus belles entrées en matière de 2011 ont partie liée avec la religion ou plutôt la foi vécue. D’un côté, le retour d’un pénitent de l’existence et fils prodigue du rock aux clameurs déchirantes; de l’autre, un groupe mormon ponctuant tranquillement son long chemin de pureté sonore d’oasis d’une salutaire beauté.

jtpFort heureusement, de rock chrétien (beurk) censé ramener les âmes égarées au bercail christique, il n’en sera nullement question. Pas plus que de terriblement banales histoires de rédemption à l’américaine d’ailleurs.

De révélations ou de secrets « d’initié(s) » tout au plus. Il y a dix ans, en 2001 – un siècle en termes de cycles musicaux – paraissait en catimini The Texas-Jerusalem Crossroads, livré par Lift To Experience, un trio texan qui déployait un lyrisme extatique à la Jeff Buckley perfusé de guitares shoegaze s’écaillant sous un soleil de damné. Son chanteur, Josh T. Pearson est fils de pasteur et vocalise comme s’il faisait offrande au créateur (lui évoque la métaphore du sacrifice) mais ses paroles, qui bien que nourries à de nombreuses métaphores et images bibliques, touchent quelques part aux interrogations humaines fondamentales (qui, comment, pourquoi…) et ce même si la charge émotionnelle est élevée. Si forte que le groupe U.S., malgré un début de reconnaissance européenne (le disque n’a jamais vu le jour en Amérique) jette l’éponge. Ensuite, tel un personnage de roman d’errance, Pearson « disparaît » des sonars musicaux pour s’enterrer dans un bled texan, où il consume mariage et économies, collectionne les boulots temporaires, tout en gardant un talon de botte dans la profession (il tâte de la reprise country à l’Eglise). Puis c’est le temps de l’exil européen (il a vécu à Berlin puis Paris) qui petit à petit lui redonne le gout de l’écriture et lui indique le chemin des studios.

Sortant pile une décennie après l’unique album de Lift To Experience, Last of the Country Gentlemen renvoie le constat que Pearson ne semble pas moins tourmenté que par le passé et que la tristesse qui l’habite rougeoie plus que jamais d’une incandescence quasi tragique, que masque à peine un apparat de cow-boy pileux, décati, voire illuminé. Découpé en 7 parties (chiffre sacré) de longueurs inégales (de 2 à plus de 13 minutes!) qui à certains égards n’en font qu’une, ce long psaume psalmodié de près d’une heure s’est affranchi de l’amplification pour s’en tenir à une instrumentation minimale : voix, guitare acoustique et violon ! C’est du folk à jouer seul, dans la froideur d’un petit matin au beau milieu du désert, de la country de boudoir, épurée et sèche comme on annone son crédo alors qu’on est plus très sûrs de sa foi. C’est superbe d’introspection sourde et lumineuse, mais éreintant comme la plus sincère des élégies adressée à la mémoire d’un être cher, et farci d’histoires où la foi et l’amour sont tout à la fois les choses les plus désirables et inaccessibles qui soient. Une plaque ou le temps suspend son cours. Mais on veut bien donner dix ans avant de connaître la suite.

lowPlus prolifique est le trio Low centré autour du couple Mimi ParkerAlan Sparhawk et basé à Duluth, Minnesota. En 9 ou 10 albums depuis et tout autant d’EP (ce qui modifie le comptage ci-avant), ces mormons ont développé leur idiome, autrefois qualifié de « sadcore » (ou « slowcore ») par les maniaques des classements, suffisamment souple pour souffrir d’aménagements et d’emprunts nouveaux qui le mettront à l’abri de l’épuisement et de la redite, mais à chaque fois en rapport à une stricte ligne de conduite musicale qui rend les désertions des rangs de la fan base de Low plutôt rarissimes. Et cette triangulaire à 1 sommet variable – Low s’est toujours présenté en trio mais avec un troisième larron changeant – de tracer un sillon pop davantage prononcé que les Red House Painters ou encore Idaho auxquels ils étaient rapportés à leurs débuts. Une façon toute particulière de rejouer la country rock des vénérables anciens (Graham Parker, Neil Young…) au ralenti, à l’épure, et à température glaciale cold-wave, ou encore de rendre applicable les préceptes urbains du Velvet Underground (batterie minimale, violon torsadé, guitares plaintives) aux réalités des grandes plaines de l’Est américain. L’autre spécialité du groupe – la cover – en témoigne, il existe bel et bien  un tunnel ou un portail spatio-temporel d’accès direct entre Duluth et l’humide Angleterre !

Un rock ascète auréolé d’harmonies ascendantes presque candides qui s’autorisa quelques injections électroniques plutôt avenantes sur le précédant  Drums & Guns (2007) mais qui sont totalement absentes de ce C’Mon qui met fin à quatre années de silence. Entretemps, Alan Sparhawk aura fait paraître un essai solo, avorté d’une collaboration musicale avec une compagnie théâtrale et intégré un projet plus communément rock, Retribution Gospel Choir… En première écoute C’Mon semble adopter la posture de la courbe rentrante du retour aux origines. Mais rapidement c’est un sentiment de (ré)confort relatif qui s’affirme, de façon imperceptible telle une expérience intérieure partagée mais non encore formulée. Le même genre de sentiment diffus mais habillé de certitude qui naît à la fin de l’hiver alors que le froid règne en maître mais que les signes avant-coureurs apparaissent envers et contre tout. Leur stoïcisme épique, cette manière de chanter pour soi dans un espace invitant au chorus, leur solennité irradiante n’ont paru aussi proches d’une sérénité pleine et entière, jamais confondue avec le renoncement. Sparhawk vocalise comme s’il pouvait toucher la plénitude spirituelle du bout des doigts (le crescendo de « Nothing but Heart ») ou revivre en permanence l’extase d’un amour qui le dépasse et l’emporte (« Nightingale », qui console comme un titre de Spain), ou se laisse emporter dans les tourbillons d’une limpide mélodie à la fois mortifère et amoureuse (« You See Everything », chanté par Mimi). Parfois, un banjo lutte contre une guitare qui fait le gros dos (« Witches ») et des cordes zèbrent l’horizon de leur longues traines enveloppantes (« Especially Me »), mais on sait déjà depuis l’injonction clamée par son titre qu’il y des vocations auxquelles on ne se dérobe pas.

Yannick Hustache

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