Chronique post-BIFFF d’un médiathécaire noctambule

5 Avr

BIFFF-2013-AFFICHE

Pour paraphraser grossièrement le titre d’une brique de l’écrivain binoclard Stephen King, la transformation de Bozar (le totem de guerre du Palais des Beaux-arts de Bruxelles) en Bazaar (sympathique) de l’épouvante s’est déroulée sans heurts. Les sous-sols de la vénérable institution offrent en effet un joyeux dédale où les stands réguliers (bars, ateliers de grimage, librairie BD, antenne radio…) semblent discrètement nichés, comme pour prendre les spectateurs et touristes (l’accès est gratuit) par surprise. D’autant qu’une telle infrastructure « basse » demande aussi moins de participation aux systèmes de chauffages très sollicités en ces temps d’hiver nucléaire prolongé, et vous place en situation de croiser de très près l’une ou l’autre des splendides « créatures » (non, je n’ai pas dit le Prince Laurent de Belgique habitué des lieux…) mises en beauté (…) pour l’occasion. Ce qui n’aura en rien refroidi ni même tempéré la bonne humeur toute en voix des fidèles zélés du rendez-vous. Et il n’y a qu’au BIFFF qu’on manifeste tout haut ce que l’on pense tout bas (ou pas !), qu’on applaudit au générique mais pas à la fin et qu’on y entend hurler des slogans abscons à la pelle (« la porte !» (« aarrghhh » « vas-y sors avec »…), sanctionnés partout ailleurs d’une expulsion immédiate !

complex

Pour ouvrir les plâtres de l’édition 2013 du Brussels International Fantastic Film Festival, mon choix s’est porté sur The Complex du Japonais Hideo Nakata (Dark Water, Kaidan, Ring 1 2 & Cie). A nouveau une histoire d’esprit vengeur réalisé avec un minimum d’effets spéciaux (presque disqualifiés d’office tant ils semblent exagérément surlignés), ayant pour cadre un anonyme ensemble résidentiel urbain dont les constructions ont déjà bien vieilli. Asuka, jeune étudiante en nursing vient d’emménager avec son petit frère et ses parents. Bientôt, elle se voit incommodée par les bruits étranges émanant de l’appartement voisin occupée par un vieil homme. Voisin dont elle franchira la porte pour y faire une macâbre découverte…

Si on reconnaît d’emblée les ingrédients habituels des films de Nakata –  un personnage ordinaire (ici une ado) confronté à une implacable terreur irrationnelle qui s’installe petit à petit, et dont la raison finira par vaciller avant un inattendu ( ?) dénouement final – The Complex montre peut être les limites de ce cinéma qui aime à prendre tout son temps. A ce titre, l’installation du personnage de la jeune fille occupe une trop grande part du film et quand la petite mécanique horrifique se met enfin en branle, elle est contrariée par une fausse bonne idée qui vient en court-circuiter les effets, Asuka est revenue vivre dans un appartement familial déserté, incapable de se souvenir (un trauma mal géré) que les siens ont disparu dans un accident de bus quelques années plus tôt ! Enfin son jeu laisse trop de place aux jérémiades éplorées et elle reste incapable d’extérioriser cette tendresse qu’elle est censée porter à un jeune garçon qui tente de la secourir. Un bon samaritain au visage étrange « gonflé », comme retouché par Photoshop ! De même, l’esprit vengeur, ici incarné par un enfant au facies d’innocent apparaît à la fin dans une posture grimée si grotesque qu’elle annihile d’un trait toute la sympathie et le doute (sur sa nature maléfique) qu’il inspirait malgré tout jusqu’à là. Enfin, pour encore ajouter au discrédit de ce film plus « fatigué » et partiellement ennuyeux que mauvais, Nakata recourt aux services d’une nécromancienne dont on ne sait s’il faut en rire ou y déceler une forme de second degré…

Yannick Hustache

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