Chronique post-BIFFF d’un «culturopointeur» (ex-médiathécaire) noctambule mais pas trop quand même….

20 Avr

Mine de rien, au BIFFF 2013 et dans ma sélection perso, le cinéma espagnol a occupé une jolie place de choix. Et au sortir de la vision de Ghost Graduation, je serinais déjà intérieurement qu’on tenait là un vainqueur potentiel, un beau prétendant au podium, et effectivement couronné au  palmarès final.

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Non que le scénario prétende à une folle originalité mais parce que le dosage humour/clins d’œil bien placés/rythme/touche romantique/personnages bien construits est non seulement idoine, mais produit ses effets jusqu’au bout du film. Une triste exception donc dans la forêt des comédies même pas drôles.

Professeur totalement dépourvu d’autorité, Modesto a hérité de cette faculté plutôt encombrante de voir les spectres des défunts de la même façon que les vivants au milieu desquels ces fantômes errent. Des esprits gentiment frappeurs condamnés à errer sur Terre, capables de déplacer les objets et de prendre provisoirement le contrôle des corps des vivants mais agissant plus par amusement (et pour tromper l’ennui) que par véritable malice. Et voilà notre enseignant embarqué avec le soutien de sa directrice (jolie, seule dans la vie et totalement dépassée par la situation…) à faire la classe à cinq « étudiants spectres »  bloqués dans l’enceinte de l’école depuis une vingtaine d’année. Petit détail cocasse, ces cinq « sous-doués » disparus dans un incendie de l’établissement scolaire sont les répliques parfaites d’un film d’ados U.S. emblématique des années 1980, The Breakfast Club (Howard Hughes, 1985). Le challenge est ici de leur faire réussir leur année pour que ces glandeurs invisibles et taquins puissent gagner leur ciel. Mais à l’évidence, les choses seront un peu plus compliquées pour tout le monde. Film choral, Ghost Graduation fonctionne à plusieurs niveaux sans que l’un ne finisse inévitablement par prendre le pas sur les autres. En filigrane de l’avalanche de gags véritablement drôles qui titille par moment la bigoterie de l’Espagne catholique sans une once de vulgarité, remonte un agréable parfum de nostalgie trentenaire, voire quarantenaire, ponctué de quelques scies d’époque (Bonnie Tyler). Aux multiples situations comiques générées par un scénario astucieux (un fantôme bourré en permanence parce que mort en l’état…) et une utilisation discrète d’effets spéciaux sur mesure, se faufile une (auto)critique d’un cinéma ibérique à l’imaginaire riveté sur celui de son grand frère US. Mais quand on voit à l’écran la dextérité avec laquelle son réalisateur (Javier Ruiz Caldera) joue de ses clichés, on comprend pourquoi les écoles de cirque comptent autant d’étudiants jongleurs issus de la péninsule…

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On n’a d’ailleurs pas trop bougé de là (l’Espagne) pour simplement s’embarquer dans une navette temporelle et atterrir au mitan des années 30, à l’aube de la guerre civile espagnole. The Forest d’Oscar Aibar est un film qui ne porte  pas très bien son nom. Mais il faut reconnaître que le mot bosquet, plus approprié en regard de ces quelques arbres au milieu desquels apparait, à dates fixes, une mystérieuse sphère lumineuse, eut été d’une toute autre portée en termes d’impact commercial. En Catalogne un petit agriculteur et propriétaire terrien plutôt rustre (y compris envers sa femme qui vient d’accoucher) est obligé, de par l’agitation révolutionnaire qui s’est emparée de la région, de fuir et de passer par ce portail lumineux ouvert sur un autre monde deux fois l’an. Le film se « contente » ensuite de suivre le combat de cette femme seule mais courageuse (…), entre les brimades des révolutionnaires locaux et les brefs retours d’un mari qui s’adoucit progressivement au fil de ses longues périodes d’exil.

Si la fable du film pourrait être la lente humanisation d’un homme à priori « de marbre » sous l’action conjuguée de l’amour « sans condition » d’une femme et les circonstances littéralement extraordinaires de sa fuite, ce film « discrètement fantastique » emprunte parfois les sentiers d’un «révisionnisme historique» un tantinet gênant aux entournures. Les « révolutionnaires » espagnols sont au mieux, des voleurs de poules bornés, de sombres et couards crétins, ou encore des jaloux maladifs et machiavéliques, ayant finalement  peu en communs avec les brigades internationales qui font semblent eux les porteurs d’une véritable noblesse ( ?). Enfin, l’annonce du putsch africain de Franco et la lente progression des nationalistes est ressentie comme une sorte de processus de « libération ».

Un sentiment de gêne que ni le refus de notre réfugié, rentré cette fois pour de bon dans son foyer, de participer activement à la « restauration » franquiste, ni la calamiteuse chute finale (les extra-terrestres sont des dorades géantes qui se font la guerre !) ne vient amoindrir…

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Révisionnisme mais dans un sens purement mercantile encore avec cette énième resucée de Texas Chainsaw (Massacre à la tronçonneuse) signée John Luessenhop et présentée en version 3D. Un dispositif qui une fois de plus, montrera par l’absurde qu’il ne sert pas à autre chose qu’à faire grimper le prix déjà astronomique du ticket de cinéma.

Le film se replace à la fin du long métrage original. Le massacre perpétré par Leatherface entraîne une vive et immédiate réaction chez quelques bouseux locaux assez portés sur la gâchette, et qui vont, au grand dam du shérif local (un noir, les quotas sont respectés, même dans un Sud  bien redneck !), se livrer à une vengeance sans merci contre la famille (réunie) du découpeur en chef. Seul un bébé, recueilli par un couple d’assaillants stérile, échappe à leur courroux. Un bébé devenu une (splendide) jeune femme, totalement ignorante de son lourd héritage jusqu’ce qu’elle apprenne qu’une succession l’attend au Texas. Elle prend la route en compagnie de quelques amis et investissent à leur arrivée une bâtisse épargnée par le temps. Du moins en apparence…

On ne reviendra pas sur l’incapacité fondamentale des remakes, si nombreux soient-t-ils, à égaler ou surpasser le modèle original, quand bien même ils ont poussé le curseur gore de quelques crans supplémentaires, effets digitaux surlignés  et esthétique « clipesque » aidants. Le plus étonnant ici est la surprenante pudeur avec laquelle le réalisateur évite au final de montrer à la caméra le moindre bout de poitrail féminin alors qu’il avait auparavant bien pris le soin de présenter les très avantageux atours féminins de ses plantureuses actrices dans toutes les poses suggestives possibles. Mais plus fort encore. Après le quota obligatoire de bidoches découpées à la scieuse d’arbres à moteur ou au couteau (on n’est pas là pour rigoler non plus !) par un Leatherface qui semble avoir gardé la main, le cinéaste nous montre une jeune femme que la seule lecture d’un dossier de police (le rapport du massacre de sa famille) suffit à faire basculer du côté obscur de la famille. Et elle de se rebiffer, et de sauver son « cousin » (pour une fois) en mauvaise posture, pour sceller avec lui les liens (renoués) du sang dans une bonne petite étripade qui prendra soin de laisser un survivant qui va, à son tour,  nous mitonner en retour une belle petite revanche de son cru (dans le suivant si ça marche…). Sans omettre ce final poignant digne d’un remake même pas horrifique de La Belle et la bête j’en ai eu le rimmel qui a coulé sur mon masque de peau tout neuf!

YH

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