Chronique post-BIFFF d’un «culturopointeur» (ex-médiathécaire) noctambule mais pas trop, et qui a bien du mal à remettre ses comptes-rendus dans des délais raisonnables…

24 Avr

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Après autant de bidoche faisandée (mais pas tant qu’attendu) dans un slasher finalement très pop-corn, on s’est farci avec plaisir une nouvelle comédie romantique et fantastique. Comme son nom l’indique Upside Down (de Juan Diego Solanas) se passe dans une sorte d’univers parallèle où l’existence d’une « gravité négative » permet à deux planètes jumelles de coexister en vis-à-vis, à quelques kilomètres l’une de l’autre ! Deux astres en apparence semblables, peuplés d’humains parlant la même langue, mais séparés sur tout le reste, et que la difficulté d’une rencontre « physique » due à ces effets de cette gravitation opposée a fini par cristalliser dans des rapports sociaux hermétiquement codifiés. « En bas », c’est l’hiver en (quasi ?) permanence, les décors lessivés par la pollution et une population résignée au malheur après une guerre interminable. Tandis qu’« en haut » règne l’ordre bureaucratique, et social d’une économie tertiaire « propre » dans un environnement baigné d’une lumineuse douceur printanière. Un monde synonyme de désir pour Adam, qui bravant l’interdiction formelle de tout contact corporel, est tombé follement amoureux d’Eden du monde « d’en haut » rencontrée brièvement quelques années auparavant au sommet de deux pics montagneux se frôlant de peu. Depuis il s’attèle à l’élaboration d’une mystérieuse substance rose d’origine apicole capable d’atténuer le caractère répulsif des forces de gravité opposée. Ses premiers succès l’autorisent à briguer un emploi au sein d’une puissante compagnie du « haut » installée « en bas », via une tour reliant les deux mondes mais symbole de leur hiérarchisation étroite et étanche. Mais pour cette tête brulée d’Adam l’amour, mais aussi l’amitié, sont plus forts que tout et donne même des idées à la place des ailes (qui ici ne serviraient de toute manière à rien). De quoi peut être même avoir la force de changer tout un monde. Et qui sait, deux !

Fort de son intelligente métaphore d’une planète profondément  inégalitaire et d’effets spéciaux qui servent le propos cinématographique de l’auteur et refusent l’épate gratuite, Solanas joue astucieusement des ressorts de cette histoire vieille comme le romantisme, de ces êtres aimants qui transgressent l’ordre établi et passent même au-dessus des lois de la nature pour vivre un moment leur amour, fut-il éphémère. Une première moitié de film particulièrement réussie où la géographie physique et humaine opposée des lieux génère son lot de situations originales négociées avec brio (et même si le film requière un sérieux effort de crédulité volontaire de la part du spectateur) et lestée une belle dose d’humour malgré une Kirsten Dunst un peu terne (Eden). Et puis comme rattrapé par un chrono qu’il semblait jusqu’à là ignorer Upside Down, se termine in extremis sur une ultime pirouette, un happy end aussi incongru qu’improbable, qui laisse de fait sans réponse un lot conséquent de questions, que le cinéaste s’était échiné à poser ! Et au final qu’en dit Newton ?

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Quant à savoir pourquoi on s’est tapé pour le Dracula (en 3D mes aïeux !) de Dario Argento ? On peut y voir un effet pervers de cet attachement irraisonné que l’on porte à un cinéaste dont le talent semble bel et bien évaporé depuis des lustres. Que retenir de ce Dracula filmé avec des techniques résolument « modernes » pour obtenir un film moche dont le grain et les couleurs délavées à l’ancienne (qui a crié « « à la Hammer » là-bas dans le fond ?) se verraient recalées d’office dans n’importe quelle école de cinéma ? Et qui m’a fichu une mante religieuse géante au graphisme encore plus moche que dans un jeu vidéo d’il y’a dix ans, et des décors kitsch d’halloween à Disneyland ? A peine le film lancé, on se désintéresse complètement du sort de ce bibliothécaire bien mal tombé dans ce château, dangereux surtout la nuit, mais aussi de celui de sa futée de femme débarquée à sa recherche quelques jours plus tard. Petite originalité tout de même, la fille du réalisateur, Asia qui a un peu moins chaud que d’habitude dans ces plateaux montagneux, se fait mordre à un endroit plutôt inhabituel (…), ce qui retarde le moment final de sa transformation en buveuse de sang. Quand au contre Dracula (campé par un Rutger Hauer en service minimum), il a autant de charme et de charisme qu’un boucher sanglé dans son unique costume du dimanche et de retour de l’atelier les joues et mains encore maculées de sang.

Le mieux est encore d’occulter qui est derrière la caméra. Reste alors un très honnête nanar qui donne envie de s’en repasser une belle brochette. Faire rire de choses qui n’étaient pas du tout destinées à ça demande un certain savoir faire, même involontaire. Finalement… Argento n’a peut être pas tout  dit !

YH

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