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Le top de l’année 2012 «rock-pop-électro» de Yannick (2ème partie).

28 Déc

metz

6 Metz : Metz (réf  : XM506U) Les Canadiens Alex Edkins, Hayden Menzies et Chris Slorach forment Metz et  jouent  fort…  Simple  retour aux Pixies, Jesus Lizard, et PublicImage  Ltd  à  leur  période  la plus vicieuse, tout en se taillant une nouvelle  histoire.  Ces dernières années on a croisé Metz aux côtés de Mission  of  Burma,  Death  From Above 1979 et Mudhoney. Avec un nouvel album, capturé dans une grange par Graham Walsh (Holy Fuck), le trio va marquer les esprits. (Les Inrocks)

http://www.youtube.com/watch?v=krGDNbT4CSE

grizzly

7 Grizzly Bear : Shields (réf : XG860E) Le  quatuor  new-yorkais donne suite à son très acclamé VECKATIMEST, et parvient  à  se  renouveler  avec  un  album  moins grandiloquent, plus intimiste,  dépouillé  et  raffiné,  signé  sur  le label anglais Warp. SHIELDS oscille entre pop, folk et néo-psychédélisme.

http://www.youtube.com/watch?v=AuG9i5cwGW0

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8 Godspeed You Black Emperor : Allelujah! Don’t Bend ! Ascend (réf : XG464X) La lumière noire des violences et des misères abyssales, l’illumination blanche des espoirs convaincus, l’énergie pure des révoltes sans haine, le soulèvement québécois et ses concerts de casseroles comme les remous orientaux  :  Godspeed  a  réussi  à  nourrir  ‘Allelujah!  Don’t Bend! Ascend!,  composé  de  deux morceaux de vingt minutes et de deux drones plus  courts,  de  cette  atmosphère  électrique,  ambivalente  et sans frontières.  Sur  les  dantesques, parfois ampoulées mais belles Mladic (sans  doute  pas  un hommage) et We Drift Like Worried Fire, le groupe reprend  les  choses  là  où  il  les avait laissées en 2002 : dans les mouvements  de  très  large  amplitude, en progression lente entre pure substance  sonique  et  cavalcades  de fouets atomiques, en va-et-vient grandioses  entre  la  valse  des  étoiles et la palpitation des chairs humaines. (Les Inrocks)

http://www.youtube.com/watch?v=BEOUNdX_LQI

pop 1280

9 Pop. 1280 (The) Horror (réf : XP663L) Pop. 1280, est un quatuor post-punk New-Yorkais dont le nom est tiré du roman  culte  de Jim Thompson. The Horror leur premier LP est comme son nom  l’indique  emplit  de noirceur et de sonorités abrasives, dans une esthétique noise-psyché parfois presque gothique, évoquant par moments Cabaret Voltaire ou le Sonic Youth des débuts. [I.K]

http://www.youtube.com/watch?v=eNhuFgEySVM

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10 Dirty Projectors Swing Lo Magellan (réf :  XD604H) Dave  Longstreth  est  de  retour  avec  un sixième album studio, moins  expérimental  et  plus  accessible,  mais  toujours aussi enchanteur et  précieux.  Il  sublime  ici  des  mélodies simples et paisibles sur des chansons  pop plus « conventionnelles » qu’à l’accoutumée, sur lesquelles sa  guitare  légère  se mêle aux choeurs féminins et à sa voix de tête.  [I.K]

http://www.youtube.com/watch?v=-KAc2BrsF5s

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11  Buildings : Melt Cry Sleep (réf : non présent dans nos collections) Il y a fort à parier que la demoiselle atteinte d’auto-cannibalisme, qui orne la pochette de cet album, a longuement eu l’occasion de s’en délecter avant nous. Peut être même aussi des dix titres qui faisaient en 2008 le premier album de Building, trio de Minneapolis biberonné aux Jesus Lizard, Melvins, au grunge de Seattle mais surtout au catalogue de Noise Amphetamine Reptile, label local qui régna sans beaucoup de partage sur le genre durant les années 90. Fidèle à leur noise rock puissant, interprété le mord aux dents pour faire mal et laisser une trace indélébile dans les conduits auditifs, les trois sonnent leur retour avec un “Melt Cry Sleep” dont le mastering a été confié à Bob Weston, bassiste de Shellac qui a du ressentir une certaine familiarité à l’écoute de ce disque. Mais, forts d’une production qui ne manque pas de souligner leurs talents respectifs, ces énervés ne se jettent pas pour autant à corps perdus dans une violence sans queue ni tête, accrochent l’oreille dès le carnassier “Rainboat”, pour ne la lâcher qu’à la dernière seconde d’un “Crystal City” tendu comme un slip. Entre temps, ils étalent toute leur aisance à multiplier les breaks (”I Don’t Love My Dog Anymore”), à conjuguer riffs et dissonances tout en laissant percer quelques mélodies (”Strange Sleep”, “Wrong Cock”), à varier les intensités sans pour autant lâcher du lest (”Born On a Bomb”). Sur sa lancée, et à son apogée, le groupe va même jusqu’à offrir quelques réjouissances (”Invocation”, “Night Cop”) offrant à l’oreille de passage de quoi libérer la pression interne. A l’heure ou le noise rock a définitivement le vent en poupe, Buildings voit peut être se présenter l’opportunité de devenir un monument. (Mowno)

http://www.youtube.com/watch?v=798OX63fbbA

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12 Animal Collective :  » Today’s Supernatural » sur Centripede Hz  Le single de l’année (réf : XA544k) Les quatre new-yorkais sont de retour, trois ans et demi après ANIMALCRACK BOX acvec un disque dans la droite lignée de ce dernier. Loin des sentiers battus, le groupe explore et expérimente, entre pop, psychédélisme et électronique. [I.K]

http://www.youtube.com/watch?v=47xbkT3calM

Le top de l’année 2012 « rock-pop-électro » de Yannick (1ère partie).

26 Déc

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1 Beak >> (réf : XB228E) Le  trio  originaire  de  Bristol  est de retour avec ce deuxième album mêlant  toujours sonorités krautrock et minimalisme, influencé par Can, Neu!  ou  encore  PIL.  Si  leur premier album était une vrai surprise, celui-ci  reprend  la  même  recette  mais  reste tout de même de bonne facture. [I.K]

http://www.youtube.com/watch?v=k6EZp96IZYg

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2 Swans The Seer (réf : XS964F) Douzième  album  studio  des  Swans de Michael Gira avec comme invités: Karen  O  des  Yeah  Yeah Yeahs, Alan Sparhawk et Mimi Parker du groupe Low, Ben Frost, Grasshopper de Mercury Rev, des membres de Akron/Family mais  aussi la chanteuse Jarboe qui avait quitté les Swans au moment de  la première séparation du groupe en 1998. (DM)

http://www.youtube.com/watch?v=a4mQxGXxU2M

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3 Liars WIXIW (réf : XL430X) Mélodie  rampantes,  samples  vénéneux,  boîtes à rythmes léthargiques,  bribes  de  techno  minimaliste,  prose  tourmentée, chants profonds et  moribonds   communient   pour   former  un  disque  cauchemardesque  et envoûtant,  habité  par  une forme de schizophrénie qui sied idéalement  aux  nouvelles  expérimentations  de  cette formation de génie. Presque  entièrement  électronique  et  produit  par  le  démiurge Daniel Miller  (fondateur  de  la  maison  culte Mute et musicien patenté derrière The  Normal  et  Sillicon  Teens), ce sixième LP voit donc Liars s’aventurer dans  des  contrées  inattendues où l’on songe tour à tour à Portishead  (les  lignes  de basse synthétiques de l’extraordinaire N°1 Against The  Rush  et  WIXIW  rappellent  étonnamment celle de The Rip), et au Kid A  (2000)  de  Radiohead.  Le chant éloquent d’Angus Andrew évoque sur III Valley  Prodigies,  Who  Is  The  Hunter et His And Mine Sensations les  psalmodies  habitées de Thom Yorke. L’énergie hargneuse et technoïde de Brats fait songer au Monsters Rule This World! (2000) de Sylvester Boy. Seule,  la  néanmoins  excellente  Flood  To  Flood renvoie aux allures martiales  de  They  Were  Wrong So We Drowned (2004) pour retrouver la formation  dans  l’exercice où se sont illustrés ces dignes successeurs de  This  Heat.  Diablement pervers, WIXIW se parcourt comme une balade nocturne  dans  un  marais brumeux. Il faut prendre garde à l’apparente tranquillité des lieux : qui sait ce qui sommeille sous ces eaux noires dont la surface semble si lisse ? Mettre ses nerfs à l’épreuve de WIXIW :  voici  tout  le  mal  qu’on peut vous souhaiter. (Xavier Mazure dans Magic)

http://www.youtube.com/watch?v=ggR6RuBh8I0

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4 Electric Electric : Discipline (réf : XE301K) Il  aura  fallu  quatre  années,  et  autant  de  labels  réunis,  pour  qu’Electric Electric donne suite à son dantesque premier LP, Sad Cities  Handclappers  (2008).  Pas  à cause de frilosités de crise ni de crises  d’inspiration,  mais  parce  que  l’union  fait la force et que l’art a  besoin   de   temps.  Suivant  une  simple  (et  si  rare)  logique  de  mathématique humaine, la réunion des savoir-faire de structures amies a ainsi  suivi  la  courbe des ambitions de musiciens aimés. Une évidence  pour  ce  trio  qui  voit  double (efforts et récompenses), et apparaît  aujourd’hui comme la valeur fédératrice d’une scène free rock française  parvenue  à maturité, mais toujours aussi discordante et créative. Plus  encore  peut-être que leurs camarades de La Colonie De Vacances (Papier  Tigre,  Pneu et Marvin), et sans vraiment briller dans la communication  (voir  leur  site  Web  et  leurs  photographies  floutées),  les trois  Strasbourgeois  ont  su dépasser leur statut de bourreaux des scènes en  portant  une  attention  minutieuse à la musique enregistrée – au moins  parce   que  leurs  premières  sources  d’inspiration  (punk  hardcore,  post-rock)  renvoient  à une époque où l’album était encore unanimement  pensé comme oeuvre de référence.

On  doutait  donc  que  Éric  Bentz  (guitare,  chant),  Vincent  Redel  (batterie)  et  Vincent  Robert  (clavier,  chant)  aient  besoin de…  discipline,  eux qui mettaient dès leurs débuts « la puissance de Slayer  au  service de Shellac » (dixit Étienne Greib in magic n°123), incarnant  de manière presque anachronique l’union entre maîtrise instrumentale et frontalité  physique,  sensibilité mélodique et appétit de destruction.  Mais  on  respecte  le  choix  du  titre,  à prendre littéralement. Une  Discipline  dépourvue  de tout romantisme « joy divisionien ». Discipline de  rigueur  plutôt que de rigidité. Discipline du format (onze titres,  aucun  interlude), de la technique (qui s’imprime ici au registre de la  nuance),  de la vision offerte au public (de plus en plus complexe pour  mieux   atteindre   le   coeur  sous  les  tripes).  Après  une  courte  introduction  aux  nouvelles  obsessions  tribales  (Icon),  nous voilà propulsés  sur  les  vastes  étendues  électrifiées  de  Trans  Am pour l’ouverture  de  La  Centrale,  où chaque réacteur est allumé, contrôlé puis  associé  jusqu’à  liquéfaction  de  l’espace-temps, dégageant une impression  de  calme/flottement  alors  même  que tout turbine à plein régime.  Neutra  Tantra  prend  position  sur  ce  rythme  de croisière radioactive,  densifié  dans  la  répétition,  vibrionnant  de guitares mélancoliques  et  mouillé  de  synthétiseur,  association inespérée de l’autisme et de l’éloquence.

Discipline  prend  à  son tour de la vitesse par paliers, enroulant ses ouragans  autour d’un canevas mélodique d’allure ternaire, ou piétinant avec  la  rage éméchée d’un sorcier vaudou. C’est alors qu’une montagne terrifiante se dresse, éboulis rythmique perpétuel montant vers un ciel de cloches au lieu de s’effondrer (Pornographic Arithmetic), où résonne une voix fantomatique qui pourrait bien être celle de tous les ouvriers sacrifiés  de l’ère post-industrielle (Fukushima, nous voilà). Sous son  ombre,  le  climat  devient  plus  pesant  et les rêves se diffractent, projetés dans des zones d’ombre où l’excitation démente des répétitionsbruitistes  (Xx  1  et  Xx  2, éprouvant et gratifiant diptyque) épouse l’hypnose  radicale d’une transe africaine parée pour la chute (Exotica Today,  tout  sauf  exotique).  À la sortie du tunnel, on se frotte lesoreilles  et  on ouvre des yeux embués sur les trois derniers monuments dressés  en  rang  d’oignon. Summer’s Eye, démonstration de force et de vitesse  claquant  la  porte du post-rock pour tutoyer le drone, et quidevrait  mettre  à  genoux  les  amoureux  de  n’importe quelle musique violente.  Puis  le  plus discret mais sublime Ulysse, hommage possibleaux  oubliés  Crescent,  qu’on  pourrait aussi confondre avec un inédit miraculeux  de  The  Berg  Sans Nipple. Material Boy assume sa position finale  (c’est  le plus long) en entamant une danse divagante autour du cadavre de Sonic Youth, laissant peu à peu affleurer et se reconfigurer les  myriades  d’images  précédentes,  sans  jamais  donner  la moindre impression  d’effort  –  à  nouveau, la planche sous le déluge. Certain d’avoir  assisté  au déploiement d’un chef-d’oeuvre, on n’aura de cesse d’y  revenir  pour  tenter  d’en  dénicher le manuel, jamais dépité (ni déçu)  de  savoir  que  celui-ci  est  enfermé dans l’atelier personneld’Electric  Electric.  À notre tour de voir double. (Michaël Patin dans Magic !)

http://www.youtube.com/watch?v=brQBSWzVTqY

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5 Young Magic Melt (réf : XY746M) Après avoir sorti un premier EP en 2011 les trois Australiens installés à  Brooklyn sortent leur premier album sur Carpark Records (Dan Deacon, Memory Tapes…) sur lequel ils distillent une pop psyché envoutânte et vaporeuse  (cataloguée  Chillwave)  mixée  à une rythmique tribale à la manières d’ Animal Collective. [I.K]

http://www.youtube.com/watch?v=qo88Uo3kBeo

10 ans du label Matamore, ça se fête !

22 Oct

À la découverte des artistes du label Matamore au travers de disques, de films qui les ont marqués et influencés. Ces rendez-vous prennent la forme d’une rencontre, d’une discussion accompagnée, pour illustrer le propos, d’extraits sonores et de quelques morceaux joués en direct par les musiciens.

La Médiathèque de l’ULB accueillera Guillaume Maupin, le samedi 17 novembre à 16h

Originaire de Saintes (Charente-Maritime), Guillaume Maupin vit à Bruxelles depuis de nombreuses années. Armé de sa guitare folk, ce grand amateur de bizarreries américaines (Zappa, Beefheart, Jad Fair parmi tant d’autres) remet au goût du jour le métier de barde du village. Son album concept Around John Locke in a Day sort cet automne en vinyle, en collaboration avec le collectif de bédéistes bruxellois L’Employé du moi et le label français Saintonge.

www.myspace.com/guillaummopein

 

Le label Matamore
Matamore n’est pas un label pop ordinaire où les albums se succèdent, où une sortie chasse l’autre, où les albums se fondent rapidement dans un catalogue de produits interchangeables tournant tous plus ou moins à la même couleur un an après une parution tapageuse.

Non ! Chaque disque est une mûre réflexion, une sorte d’accouchement. Pas seulement un reflet, mais la marque profonde d’une individualité à un moment crucial de son existence. À réécouter sans cesse leurs albums, je réalise que leur grâce, leur simplicité, la sincérité de leur expression musicale, les histoires qu’ils racontent n’ont pas pris une ride. D’accord, ils sont encore jeunes, mais pour moi, ils illustrent quasi à chaque plage soit une émotion cruciale dans un parcours de vie, soit un sourire de connivence en forme de cœur léger.
Ce sont des compositions qui ont du sens, qui s’épanouissent, sur scène et sur disque, au sein d’un label qui a lui-même du sens et une philosophie de vie, à commencer par un sens particulier des relations humaines.

Dans Détours, une Interview de Maxime Lê Hùng, responsable du label.

 

Adresse :
La Médiathèque de l’ULB-XL
Campus ULB Solbosch – Bâtiment U
Av. Paul Héger
1000 Bruxelles (situé sur la Commune d’Ixelles)
Tél : 02/647.42.07 – Mail : ulb@lamediatheque.be
Accès gratuit, réservation souhaitée

Méga-vente de cd de 0.50€ à 2€, le 13 septembre de 9h30 à 15h30

11 Sep

Compilateur maniaque en quête de l’introuvable pièce manquante à votre marotte collectionnite connue de vous seuls, renifleur de bonnes affaires en tout genre, curieux en maraude intéressée, badaud en recherche de quelque impulsion musicale salvatrice ou de précieuses madeleines de Proust aux sensations à moitié effacées, nostalgique des objets culturels «en dur », fétichiste du roulement de CD s’entrechoquant comme des marées de dominos, ou simple amoureux de rock ou de jazz, sans œillère si possible, s’accordant volontiers un menu plaisir dans l’instant… accrochez-vous !

Des centaines de disques (+ de 2000 CD) prélevés parmi les trésors insoupçonnés de La Médiathèque seront mis en vente au prix de 0.50€  à 2€ !

Précaution d’usage, munissez vous d’un bon sac à dos, d’un caddie ou, éventuellement d’une brouette.

Adresse :
La Médiathèque de l’ULB-XL
Bâtiment U
Av Paul Héger (coin square Servais)
1000 Bruxelles (situé sur la Commune d’Ixelles)

Dour 2012 : l’Automne rock

1 Août

Depuis  cette édition 2012 du Dour Music Festival, on commence à mesurer de quelle façon le changement climatique affecte notre bonne vieille météo déjà si capricieuse de nature : une seule saison toute l’année, l’automne !

On pourrait discourir des heures durant de cette fameuse année 2012 et son été de deux ans en avance sur les célébrations du centenaire de la Grande Guerre et le « pittoresque » millésimé de ses joyeux massacres pour rien du tout dans une mer de gadoue… Heureusement, sur ce bout de terre hennuyer il ne tombait « que des trombes de flotte » entre les rafales de décibels et les obus n’étaient faits que de boue, même si quelques petits futés avaient tendance à en renvoyer les éclats plus que de raison, et à mesure que le site se muait en un irréel marécage, ou en une annexe, pose de paille aidant, de la foire agricole de Libramont.

Un couvert nuageux anthracite et des températures dignes d’un 10 octobre qui soulignaient la vulgarité machiste et crasse du Saloon Joe Piler trônant sur le haut de la plaine. Et « plouf » l’effet « djeun » recherché par l’omnipotent brasseur (si peu) belgo-brésilien (surtout), même avec le renfort du fidèle Roger (le Marco Pantani flamand des festivals rock) en invité de marque ! Autre os de poulet  resté en travers de la gorge, l’euro prélevé à chaque transaction électronique qui pour le coup se faisait via un service personnalisé avec de vraies personnes… Merci les banques pour cet anachronisme pécuniaire malvenu !

Pourtant, motivé, on l’était. Pour preuve, on avait le pied dans la place dès le jeudi 12 juillet pour la deuxième moitié du set de Steak Number Eight,qui avait l’honneur d’ouvrir les hostilités du Dour 2012. Du post-hardcore « van Vlaanderen » bien drivé par des gamins qui ont encore quelques preuves à fournir, surtout quand leur machine à riffs poisseux s’aventure à découvert sur des clairières mélodiques, mais déjà lesté d’un goût de « reviens-y ». Ensuite, c’est l’obligatoire ballade de reconnaissance sur un site qui n’a pas trop changé en un an, mais où curieusement aucun panneau d’affichage n’est visible (oubli seulement réparé le lendemain) ! Et il y à quand même sept scènes à répertorier ! On fait une petite pige devant la femmeLa Femme, formation électro-chansonnière’80’s, mixte et frenchy, touché du doigt par une hype démesurée, dont on cherche encore la plus petite bribe d’explication. A peine moins convenu mais pas moins proche de sa date de péremption, le hip-hop latino de Kaer (ex Starflam). On ne voit que trop bien où il veut en venir et tout ce fatras – morceaux sans relief, discours politique convenu, cuivres et instruments « joués » bien en vue, roulements de « r » à l’espagnole et inserts reggae de rigueur  – sent bigrement le sapin d’une kermesse multiculturelle subsidiée ! Puis la flânerie vire à l’indigestion auditive avec Merdan Taplak, une sorte de bami goreng électro world qui produit le même effet ragaillardissant qu’un dürüm grassouillet aux petites heures du matin ! Dès lors, les 20 minutes choppées de School Is Cool et sa pop joliment troussée et enlevée deviennent un vrai moment de légèreté et de bonheur. Que couronne ensuite la très convaincante prestation de Plants And Animals dont le rock acoustique est tel un lâcher de ballons dans un ciel azuré, sauf qu’ici, ce sont de tendres mélodies aux douces teintes mélancoliques qui gagnent le firmament. On ne dira rien de la fille qui porte un ananas sur la tête (Sela Shue) parce que vu de loin, c’est très pro et presque parfait dans l’exécution des chansons mais définitivement pas raccordé à l’idée perso qu’on se fait de la pop et du rock. On se cherche une place à bonne distance pour l’un des évènements les plus attendus de la journée, Caribou, mais le cervidé canadien déçoit à moitié. On s’attendait à un festival pop psyché et avec parade de boucles serpentines, revue de rythmes malicieux et bouquets de mélodies finaudes et on se retrouve avec un concert à la fois démonstratif et autiste, où le groupe semble jouer pour son seul bonheur et a bien du mal à communiquer son entrain scénique à une foule pour le moins dubitative et partagée. Si bien que c’est presque avec étonnement qu’on voit franz ferdinantFranz Ferdinand mettre la Last Arena dans sa poche. Show impeccable de simplicité, énergie bon enfant et une incontestable prédisposition à l’efficacité mélodique instantanée transforment chacune de leurs mélopées en hymne fédérateur et définitif. Mais la pluie se charge de refroidir notre enthousiasme et on atterrit au-devant de Scuba et sa post-dubstep matinée de techno. Inégale mais parfaite mise en bouche pour la prestation du jour, celle de Squarepusher. Déjà remis en selle avec son inespéré dernier album (Ufabulum), l’Anglais, masqué pour l’occasion, offre une époustouflante démonstration d’électro breakbeat génétiquement modifiée, pulsante, métamorphique, roublarde et amoureusement tortueuse. Soutenu par un visuel interactif noir et blanc qui en souligne l’étourdissante complexité mais aussi l’évidente contrepartie ludique. D’ailleurs, en seconde partie de show, l’homme s’empare d’une guitare « préparée »  pour se fendre d’une volée de solos machiniques décoiffants et extraterrestres. Après pareille avalanche auditive et accusant le coup d’une journée bien remplie, on a un peu de mal à s’arrimer au set de Clark, qui laisse de côté les subtilités guitaristiques de son dernier disque pour laisser libre-court à son savoir-faire « warpien ».

La maussade journée du vendredi 13 débute en mode hip-hop avec Doomtree. Cinq gars et une fille du Minnesota qui vont au charbon sans compter. Flow impeccable, propos mesurés et une instrumentation qui, malgré son caractère 100 % enregistré, transpire l’intelligence et l’ouverture (avec une saturation très rock). A contrario, ma deuxième rencontre avec The Inspector Cluzzo revient à boire une bière plate et tiède ou se raconter la même blague pas drôle entre amis deux fois de suite. Une fois balancées les saillies verbales héritées d’une faconde qui a fait leur réputation, le duo s’échine à cacher la pauvreté mélodique et l’absence d’idées propres de leur soul/rock des plus anodins. Annoncé comme la petite merveille du rap Français, 1995 (dites mille neuf cent quatre-vingt-quinze) séduit d’entrée par sa fraîcheur et une certaine positivité de ton mais rame un peu sur la distance. La faute sans doute à une palette instrumentale un rien trop sage et lisse. Partagé entre deux envies contradictoires, on décide de ne pas choisir et d’opter pour un 50/50 Hanni El Khatib/Speech Debelle. Le premier, chéri de ses dames et qui a fait farine au moulin de la hype il y a moins de 6 mois opte pour un show solide et sans fioriture, entre garage soft et rock vintage, mais on attend encore les points de bonification promis par l’insolente notoriété du bonhomme. On vient même à déplorer d’avoir manqué le début du concert de cette petite Anglaise rondouillarde flanquée d’un vrai groupe qui assure toute en souplesse. Hip-hop mâtiné de soul et de rock servant de riche décor à un flow narratif qui donne envie d’en savoir davantage sur ses textes. On s’offre une petite récréation métal. Ca tombe bien, l’élu du jour s’appelle Municipal Waste, héraut d’un revival thrash/core (remmember D.R.I. ?) aussi pêchu que rigolo. A réessayer en  fond sonore de votre prochain jeux (ou film) de massacre de zombies. Et on avait bien besoin de ces vitamines-là pour affronter la  triste descente aux enfers glam rock d’un ex-challenger du punk rock mélodique, Against Me!, à présent suffisamment ramolli pour assurer les lucratives premières parties de The Good Charlotte ! Refroidi par une prestation catastrophique à l’A.B. en juin 2010, on est tout heureux d’assister au regain de forme des vétérans de Dinosaur Jr. Une set-list essentiellement construite autour d’anciens titres mais miracle, Jay Mascis parait enfin conscient de jouer devant un public de « vivants » et le reptile prouve qu’il a encore de beaux restes et un paquet de semi-tubes à jamais préservés de la corrosion. Il y a des personnes décidemment bien choyées par la nature. Annie Clarck alias st vincentSt. Vincent est de celles-là. Physique à l’avenant, guitariste douée au toucher original, auteure de chansons à tiroirs et aux courbures mélodiques surprenantes, la belle sait aussi investir une scène et recadrer instantanément ses joyaux pop taillés pour le XXIème siècle aux contraintes (imposées) de l’instant. Avec en prime, un plongeon final de la diva sur la crête de bras d’un public qui n’en demandait pas tant ! On repart dans le sens opposé et on soupire devant l’affligeant spectacle offert par Ministry, condamné à rabâcher un métal (de moins en moins) indus qui n’a pas progressé d’un saut de puce depuis 13 ans au moins, et à hurler sa colère téléphonée avec la conviction d’un acteur de doublage dans une série B. Sans oublier cet androïde de batteur assoupi sur sa double caisse & pédale. On arrive trop sur la fin pour prendre la juste mesure de l’électro techno classieuse de Pantha Du Prince et ses deux bonnes idées sonores par titre au minimum. Mais on est aux premières loges pour la torgnole du jour, la totale après celle administrée ici-même il y a quelques années par ces mêmes Battles. Enfin presque car le quatuor d’origine est passé trio mais son idiome rock garde cinq ans d’avance sur la concurrence. Resserrée au-devant de grands écrans digitaux où apparaissent les visages des intervenants vocaux (Mat Agayo, Gary Newman…) de leur récent méfait (Gloss Drop) la formation U.S. plus à son affaire que l’an dernier à l’Ancienne Belgique, ne se contente heureusement pas que de faire de la synchronisation sonore de luxe, mais s’offre une nouvelle relecture intelligente, concentrique, burnée et ludique d’un répertoire à chaque fois éprouvé et toujours inusable. Concentrés au point que certains les jugeraient distants, les trois hommes parviennent à offrir un spectacle total qui ravit à égale hauteur les oreilles (quel son !), les yeux (visuels intrigants), et même les neurones à cette heure déjà tardive… Après cette douche intérieure décapante qui apporte un heureux contraste à l’embourbement déjà avancé du site, la prestation électro des méritants Actress passe presque pour un moment d’ennui consommé. Et l’on comprend que le chemin sera encore long avant de retrouver le confort relatif d’un endroit bâché, à soi, et tout à fait à sec…

Bien reposé, et après avoir triomphé d’un parcours bucolique hors-catégorie (paille + gadoue) on se pointe presque à l’heure ce 14 juillet pour brnsBRNS (dites « brains » comme dans les films, Le retour des Morts Vivants I, II et III). Bien que vus, au bas mot, 17 fois cette année, la lassitude n’opère toujours pas et ces chansons aux rythmes multiples, sinuosités mélodiques nombreuses et harmonies contrastées, lestées ici d’un final rythmique ébouriffant, n’en finissent pas d’alimenter un enthousiasme légitime au moment où paraît leur premier long format ! En regard et malgré une presse déjà acquise à leur cause, Poliça a bien du mal à distiller autre chose qu’un ennui poli. Ou quand délicatesse et pop gracile s’évanouissent aussi promptement que le souvenir du jour où le thermomètre indiquait fièrement un bon 25 % sur la Plaine de la Machine à Feu. D’autant qu’à la même heure, les baby rockers de The Bots bluffaient leur monde avec un punk-hardcore né bien avant eux et balancé sans calcul, avec même une part de cette insouciance culottée typiques des nouveaux-venus dans l’arène. Même pas trente printemps à eux deux et certes, une mère qui veille au grain (du bizness), mais le duo guitare/batterie a dans sa besace une belle poignée de mélodies dynamites, sait aussi lever le pied et maintenir sous contrôle son déjà imposant bagage technique. A saisir avant leur passage à l’âge (de l’ennui ?) adulte. Après ça, ce n’était pas vraiment le moment d’aller prêter l’oreille aux facéties synthétiques de Pomrad dont la prestation ressemblait furieusement à une démonstration de matériels sonores de pointe vers 1985 par un vendeur chevronné de type « synth-hero ». Impressionnants de puissance sereine, les Américains de The War On Drugs déploient une classe folle, pareille qu’en salle, pour ré-enchanter un rock sixties psychédélique et le sertir d’un parfum tout à fait actuel. Une réussite doublée d’un bel exemple d’amitié musicale avec la participation du méritant Kurt Vile (ex WoD) sur une paire de titres. On était plutôt adeptes de leur compromis hymnes ado/ adrénaline 100% naturelle, mais étendu à 5 personnes, l’ex trio Nada Surf a pris un sérieux coup de vieux dans les lattes. Un concert qui faisait un peu mal au cœur tant il peinait, malgré le défilé de tubes conviés, à se maintenir au sein de la catégorie du « tout juste acceptable ». Tout le contraire du très occupé David Bejar (The New Pornographers, Swan Lake…) qui, sous son identité de Destroyer a sublimé son très discuté et récent Kaputt. Mélodies calibrées F.M. poudrées d’arrangements jazzy presque indécents pour notre époque (saxo, flute…) et qui deviennent sur scène les meilleurs garants d’un pur moment de sidération pop où le nombre fluctuant d’intervenants (de 6 à 9 !) n’entravait aucunement la pratique de cet art difficile de la nuance et de l’équilibre harmonique. Un écueil un peu traquenard dans lequel Bon Iver s’est laissé mener contre son gré (?). Personnel surnuméraire, décor forestier (?) inapproprié parce donnant à distance l’impression de masquer la scène, mais surtout, un bouquet non éclos de chansons exigeantes qu’une telle exposition au grand air privait de leur part d’intimité constitutive. Dommage. On reprend un peu de force devant les ultimes mesures du Docteur Fatalis du hip-hop old school (mais était-ce bien lui ?), DOOM qui sans se forcer, met encore joyeusement la honte au trois quarts des rappeurs français (et belges) du Dour 2012 avec son flow félin et narratif et des boucles obstinées, jamais puisées deux fois dans le même ravier musical d’origine. Et revoilou vileKurt Vile And The Vilators, cette fois maître du jeu et quitte d’une prestation qui devra graisser quelque peu ses rouages en cours de route, mais dont on conservera finalement un excellent souvenir. Quelques légers soucis de gorge mais toujours pas mal d’enthousiasme, un petit coup de main approprié (WoD qui rendait la politesse), et un solide quarteron de chevelus aux petits soins de quelques-unes des plus addictives ballades poivrées entendues l’an dernier (l’inusable Smoke Ring for My Halo). A cette heure, la plaine ressemble davantage à un marécage nordique parsemé d’îlot fangeux qu’à une étendue boueuse des Flandres et chaque déplacement intra-scène demande un temps sans cesse plus long et une énergie toujours plus grande. Ce qui fait qu’on râle un peu devant le spectacle tristounet du cirque électro-indus de Punish Yourself. En panne sèche côtés visuels et musiques, réduite à ânonner un répertoire monogame et vieillissant, la caravane exhibitionniste évite de peu le camouflet du ridicule consommé. Et comme un malheur ne survient jamais seul, on a la très mauvaise idée d’achever la soirée devant The Shoes. Electro-pop sympatoche sur sillons mais percluse de mauvais tics sur scène. Accent frenchie gênant, mélopées finalement quelconques et un insupportable trio de frappeurs sur tom unique qui la ramène à tout bout de champ, c’est-à-dire tout le temps ! On fuit…

Au lendemain et ultime journée (15/07) d’un festival thalasso (au-dehors) bières (au-dedans) sans comparaison aucune. The K ouvre le bal sonique de pétaradante façon. Noise rock millésimé à la Jesus Lizard/Penthouse carburant à l’urgence et au hoquet rythmique, mais sachant aussi tisser un collet de chansons nauséeuses que ces Liégeois prennent un malin plaisir à resserrer lentement autour de l’auditeur. A revoir en salle. Une priorité que l’on n’accordera pas aux Anglais de Turbowolf dont le rock banal et braillard est un choix dicté par une topographie des lieux qui laisse le choix entre l’option soft, « trempé jusqu’aux genoux » et l’osée « dans la merde jusqu’au cou ». Autre déconvenue, le stoner psyché de Red Fang, bourru sur plaques et zarbi en clips (à 5000 boules pièce), et qui sur planches se charge d’une mauvaise graisse hard rock 70’s des plus indigestes, qu’étale pompeusement son duo d’hurleurs (du dimanche). Si fait que le rap de Sexion D’Assaut en devient tout guilleret. On exagère mais en dehors de sa rhétorique banlieusarde obligatoire et de son numéro d’auto-promo habituel, ce collectif (même pas au complet) hip-hop grand amateur de buzz fracassant ne casse pas trois pattes à un canard, fût-il à capuche ! Du rap « made in France » même pas frileux de passer sur NRJ, bien torché trois morceaux durant mais à la traîne dès le quatrième. Et toujours ce déficit criant d’idées sonores originale dans l’échafaudage samples/sons. On s’offre un ultime rayon de soleil avec chairliftChairlift qui, bien mieux qu’au Botanique cette année et malgré un son déficient, arrive à conférer une seconde vie à ses chansons fragiles aux constructions délicates et aux harmonies diaphanes peu adaptées en ces lieux. Et le charme opère; et pas seulement parce que Caroline Polachek était la seule reine de beauté capable de rivaliser avec Annie (St-Vincent) Clark.

Et dès lors qu’une rapide évaluation des zones corporelles encore sèches conclut à un départ anticipé, on se laisse gagner par l’envie d’un dernier baroud sonique. Et on l’obtient des retardataires Cerebral Balzy, programmés la veille mais perdus en chemin. Quintette blanc/blacks originaire de la grosse pomme versé lui aussi dans ce revival punk/hardcore dont les rangs grossissent à vue d’œil. Mélodies mâchonnées ou scandées du bout de lèvres, accélérations en pagaille et mid-tempo de rigueur, ce hardcore d’avant la contamination métal (début ‘80) a au moins, à défaut d’apporter quoi que ce soit de neuf, la fraîcheur générationnelle pour lui.

A l’année (automnale ?) prochaine…

Yannick Hustache

Photos : Olivier Bourgi. L’artiste est visible par ici: http://www.myspace.com/bourgol

Les Saloons du RocK #1 : Sacred Bones Records un label à se flinguer les oreilles !

22 Juin

Le Label :

Fondé en 2007 à Brooklyn (New York) par le dénommé Caleb Braaten, disquaire de son état, Sacred Bones (littéralement os sacrés) est sans aucun doute l’un des labels qui a fait le plus parler de lui ces dernières années au sein du paysage rock indé. Il est plutôt rare de constater que le très pointu mensuel musical anglais The Wire et le plus pragmatique hebdo américain Billboard (magazine consacré à l’industrie du disque U.S.) ont, pour une fois adopté une position commune en 2011 en lui reconnaissant le titre de « meilleur label ». Titre qui en son temps a échu à des labels tels que Factory, Touch & Go, 4AD, modèles de réussite artistique avoués pour Braaten. La petite société emploie aujourd’hui huit personnes (patron inclus) et fait feu de tout bois en sortant aussi bien des 7 inches (45 tours), des EP que des CD et LP d’artistes en activité, que de rééditions d’albums devenus introuvables. Dernièrement, SB, a profité de l’aubaine d’un remix de Zola Jesus (distribué en Europe via un autre label) par David Lynch pour obtenir l’autorisation de republier la B.O. de son premier film Eraserhead. Et au menu des productions un peu à part figure une compil des travaux de The Cultural Decay, premier groupe du Belge Luc Van Acker (futur Revolting Cocks, Anna Domino…) !

Sans l’imposer aux groupes et artistes qui travaillent avec lui, le label a adopté une charte graphique immédiatement identifiable et commune à la plupart de ses sorties. En haut à gauche, le logo/symbole représentant un serpent/dragon qui se mange la queue, la tête tournée vers la droite, enroulé autour d’un triangle équilatéral ou d’une pyramide. Au niveau symbolique, ce signe est le plus souvent associé à l’image d’une nature qui perpétue son cycle indéfiniment. Le triangle présentant une infinité de significations symboliques parfois contradictoires selon les cultures, on pourrait faire l’hypothèse que c’est dans une lecture en tant qu’élément de stabilité qu’on cherchera, sans trop insister, le (bon) sens. Et de là tirer la conclusion logique d’une triple association intitulé/serpent/triangle qui reflète en quelque sorte la philosophie maison: perpétuer l’esprit d’un certain rock pas encore tout à fait prêt à disparaître ! Dans le coin supérieur droit s’affiche le nom du groupe en caractères gras, Juste en dessous, le titre du disque dans une police légèrement moins grande, et placé encore en-dessous, l’année de sortie dudit album. Ces quelques infos, placées dans le quart supérieur des pochettes sont à chaque fois bien séparées des motifs graphiques choisis (photo, dessins…), motifs qui semblent préférer le noir et blanc aux couleurs. Enfin, remarquable de sobriété, le dos reprend en petits caractères ces même renseignements, le logo du label, augmentés des titres des morceaux et du matricule commercial, consigné dans une étroite bande verticale.

Le label est distribué exclusivement par le cartel Secretly Canadian (dont Here We go Magic est la récente et remarquable dernière sortie) sur le sol américain et une partie de ses artistes sort en Europe via d’autres labels. A ce titre, Zola Jesus, dont les deux derniers disques constituent les deux plus gros tirages de S.B. aux U.S.A. paraît chez Souterrain Transmissions, fondé par d’anciens employés de chez Touch & Go…

Sacred Bones propose évidement un catalogue varié et sans doublon notable, mais on peut sans trop d’efforts de mémoire tirer quelques grandes lignes de forces qui immanquablement conduisent à quelques marottes musicales : The Velvet Underground, The Birthday Party (1er groupe notoire d’un certain Nick Cave), Suicide, Spacemen 3, Joy Division, Sonic Youth Hüsker Dü… Du psyché, du garage ténébreux, du post-punk, du shoegaze, du blues hanté, des synthés bricolés et contrariés, du gothique « vintage », les sous-genres s’y côtoient, s’y bousculent et s’hybrident souvent pour le meilleur, même si l’écurie ne semble pas encore avoir déniché la perle qui marquerait le début de quelque chose, (le nouvel Animal Collective par ex), les prémices d’une ère musicale nouvelle (qui n’existe peut-être pas), pour se « contenter » d’un catalogue de fortes personnalités et au pedigree certes lisible mais parfaitement raccords à l’époque où ils vivent. L’érudition classieuse en lieu et place de la nostalgie, c’est presque un péché de nos jours…

Parmi la petite quarantaine de groupes qui ont un moment fait partie du catalogue SB, voici une liste non-exhaustive et sans hiérarchie qualitative aucune de quelques individualités dont certaines méritent amplement l’appellation de perles (presque) cachées.

Des disques :

1: Human Eye: They Came From The Sky. 2010 (XH891F)

3ème  album pour ce groupe originaire de Detroit et mené par un  Timmy Vulgar (ex Clone Defects) qui, comme pas mal de natifs de son pays attend de pied ferme l’arrivée des aliens, textes et références à l’appui (des comic-books d’horreur semi-clandestins au cinéma de science-fiction et d’horreur fauché des 50’s). Un rock hallucinatoire et givré, qui sonne comme la collision d’une comète psychédélique à très longue traîne contre un sol pollué, encore bien imbibé de pré-punk millésimé à la Stooges/MC5. A l’arrière des guitares fuzz et d’une voix toujours délirante on peut entendre un saxo free dans ses basses œuvres. Un disque que le Julian Cope doit ouvertement  jalouser, et à conseiller à ceux qui ont la chance de passer leurs vacances près d’un observatoire astronomique ou encore, qui attendent impatiemment l’apocalypse du 21/12/2012, histoire de bien se marrer.

2: Slug Guts: Howlin’ Gang. 2010 (XS500X)

Des Australiens sapés comme des corbeaux un jour de rapine et planqués derrière un patronyme peu avenant (littéralement, les entrailles de la limace). C’est leur second ou troisième album, enregistré avec des moyens de fortune. Post-punk raide et glauque dont la boussole indique fièrement l’aube des années 1980 à la place du Nord. Les guitares carillonnent ou zèbrent l’atmosphère telles des halos de lumière froide et crue, la basse martèle le sol avec conviction et le chant rappelle immanquablement le grand frère Nick (Cave). Une mauvaise graine qui n’aurait connu que le ciel bouché de l’Angleterre mais se serait pareillement gavé de blues et de rockabilly américain antédiluvien. Le fantôme des Cramps plane parfois. Un Cramps à la libido inexistante et rejoué par des garçons aux idées sombres dont le défaut principal est la trop grande monotonie dans une écriture écriture sans coup d’éclat notoire (tel un single qui tue).

3: Cult of Youth: Cult of Youth 2010 (XC952K)

Pas si éloigné du précédent par ses humeurs tout aussi peu enjouées  mais prenant ses distances avec lui par un chant à l’expressivité désespérée, Cult of Youth est le projet du newyorkais d’adoption Sean Ragon, Une tonalité clairement folk, à nouveau drapée dans une noirceur palpable mais emportée d’une voix puissante, limite hantée, et qui renvoie par moment au dark folk des controversés Death In June au milieu des années 1980. Le groupe marrie à la perfection d’évidente  citations à d’obscurs combos oubliés de l’ère post-punk (Sad Lovers & Giants) et anomalies locales plus récentes (feu l’orchestre Cerberus Shoal). Ragon tire parfois son martial Cult Of Youth jusque dans les cordes d’une certaine emphase héroïque  mais s’en tire toujours avec panache. Après la défection de la  jeunesse sonique (Sonic Youth), serait-ce l’heure du culte ?

4 Psychic Ills : Hazed Dream (2011) XP924N

3ème disque (le premier pour S.B.) de ce trio newyorkais adepte d’un psychédélisme à l’horizontale, presque totalement étranger à l’idée d’emportement, fut-il sonique. Par rapport à ses travaux précédents, le groupe a resserré sa ligne de conduite, flirtant ouvertement avec le format pop (aucun titre de plus de 5 minutes), et rappelle parfois dans son détachement « spleenétique » les chansons les plus apaisées de Spiritualized ou du Brian Jonestown Massacre. Voix éthérées, réverbérées ou noyées dans les vapeurs d’un quelconque paradis chimique perdu, guitares brumeuses et discrètement enveloppantes (matinées de relents shoegaze), percussions atones mais à la frappe précise; et un orgue ( ?) paré de tous les attributs relevant de  trous les mécanismes d’envoutement répertoriés. Mais à y glisser une oreille attentive, on décèlera ici (une mélodie plus affirmée) et là (un harmonica discret) quelques incursions bienvenues du côté d’un folk ensoleillé et pastoral. Un réveil tout en douceur ?

5 Religious Knives : Smokescreen  (2011) XR387Q

Nouvelle incarnation des anciens Double Leopards (2 disques à la Médiathèque), Religious Knives est surtout l’affaire du duo Michael Berstein, Maya Miller, bien que le groupe compte aujourd’hui un noyau stable de quatre personnes. Ce troisième album (et 1er pour S.B.) creuse lui aussi son sillon incurvé en terrain psychédélique mais avec une toute autre démarche musicale que certains qualifient d’expérimentale. Bien que plongées en permanence dans un brouillard d’échos réverbérés et d’effets sonores mêlés de saturations, les voix mixtes des deux leaders conservent une signature post-punk indéniable, entre désespoir fièrement embrassé et colère froide, que ces coutelas religieusement affutés densifient autour de percussions tribales frappées avec force et conviction. Constellé de boucles sonores et joué parfois  la peur au ventre, ce rock oscille constamment entre une l’extase prolongée d’un rite païen et l’angoisse d’un retour à la réalité après un long sommeil d’origine lysergique.

6 : Amen Dunes: Through Donkey Jaw (2011) XA436O.

Projet d’un seul homme, Damon McMahon, Amen Dunes est l’auteur de longues complaintes elles aussi d’obédience psychédélique, mais aux références 60’s davantage perceptibles (Syd Barrett, 13Th Floor Elevator). Voix fragile et régulièrement incantatoire mais toujours auréolées de profonds échos, guitares imbibées d’effets, claviers discrètement enveloppants et percussions à peine esquissées tracent de lentes, étranges et sinueuses mélodies qui prennent parfois de longs détours instrumentaux (quelques solos de plusieurs minutes). Fascinant mais peu préhensible, ce rock ressemble parfois à la manifestation du désir d’un homme solitaire d’entendre une musique qu’il ne trouve nulle part.

7 : The Men Leave home (2010) XM438 et Open Your Heart (2011) XM438Y.

Anciennement affiliés à la scène punk newyorkaise, les quatre spadassins de The Men ont fait un bond créatif stupéfiant en signant sur Sacred Bones dont ils sont devenus l’une des incontestables figures de proue. Groupe qui a tourné son handicap premier de ne savoir quel courant musical choisir en une force qui leur confère la souplesse de s’attaquer aussi bien au punk hardcore,, rock indie millésimé années 1990, shoegaze, garage et bien sûrs par (courts moments) au psyché dans un joyeux désordre qui jamais ne prend la forme d’un fourre-tout indigeste. Et quand on sait que trois membres de The Men sur quatre poussent la chansonnette derrière le micro, on devine le challenge. Un défi qui a cependant généré un conflit interne et provoqué le départ d’un membre d’origine. Avec pour résultat un deuxième album (pour S.B.) au contenu moins abrasif mais aux appétences d’écriture davantage revendiquées. Un Open Your Heart légèrement en deçà de ce que l’on était en droit d’attendre cependant.

8 : Pop. 1280 The Horror (2011) XP663L.

Avec un nom tiré du titre d’un bouquin de Jim Thompson (bizarrement traduit par 1275 âmes en français !), ce groupe américain annonçait la couleur : noir de chez noir. Pop. 1280 a fait raisonnablement parler de lui avec ce disque suivant un premier EP remarqué (The Grid), où ce quatuor prouve tout le bien-fondé de sa position médiane risquée, car sise entre plusieurs zones de turbulence. Et pourtant. Pop. 1280 retrouve l’âpreté de l’electro-punk misanthrope et archétypal de Suicide et la furie tribale des Birthday Party qu’il agrémente de dissonances à la Sonic Youth (des débuts), ou à la Buthole Surfers, et de basses telluriques (Girls Against Boys), pour obtenir un rejeton bâtard post-punk qui écrase par sa noirceur industrielle et sa violence parfaitement maîtrisée trop d’ersatz vendus comme enfants légitimes de la feu new wave. De dignes cousins des Liars?

: Case Studies The World Is Just a Shape to Fill the Night (2011) XC142T.

Pour terminer un peu de calme avec réglage d’éclairage en clair-obscur. Case Studies est l’affaire d’un homme seul, Jesse Lortz  qui a enregistré cet album dans une sorte de chalet forestier (photos à l’appui) sous l’égide du méconnu Greg Ashley (The Gris Gris). Un disque de singer/sonwritter acoustique américain qui connait ses Dylan ou Cohen sur le bout des accords et tournures vocales. Sobre mais enjolivé de la présence de cœurs féminins du plus bel effet, The World Is Just a Shape to Fill the Night est un joli petit miracle de mélancolie lumineuse qui ne prête jamais le flanc au pathos, et recèle toujours au creux de ses chansons, là une judicieuse réflexion sur un thème éternel (l’amour vache), et ici un arrangement divinement ourlé.

A suivre…

Saloon du RocK, par Yannick Hustache – Samedi 16 juin 2012 à 16h00

2 Mai

Une petite causerie en images et musique autour des très bonnes raisons d’encore écouter du rock en 2012 ! Au milieu de celles-ci, les sorties en continu du label new-yorkais Sacred Bones qui en plus de réjouir les oreilles sont un vrai régal pour les yeux…

Plus que de vous aider à séparer le bon grain de l’ivraie dans un catalogue en croissance rapide, le shérif intronisé du jour, Yannick Hustache vous fera part de ses coups de cœur et au travers de ceux-ci, de la pertinence des labels dits « indépendants » dans le paysage musical tourmenté d’aujourd’hui. N’hésitez pas à nous rejoindre, à prendre de la hauteur (tabourets) et à dégainer vos réactions et réflexions…

Adresse :
La Médiathèque de l’ULB-XL
Campus ULB Solbosch – Bâtiment U
Av. Paul Héger
1000 Bruxelles (situé sur la Commune d’Ixelles)
Entrée gratuite, réservation souhaitée

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