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Inception, la fabrique rêvée du rêve

9 Mar

INCEPTION – VI0258 

Christopher NOLAN

Pochette VI0258.
VO AN st.FR. Durée :148′.
WARNER, 2010, Etats-Unis, Grande-Bretagne.

Où emprunter, détails…

Prototype d’un genre pas si répandu – le blockbuster « intelligent » – le film banco surprise (?) de Christopher Nolan n’en finitpas d’alimenter réflexions et débats, et d’attirer dans son champ magnétique multidimensionnel quantités toujours plus imposantes de références hétérogènes mais fécondes. En voici quelques-unes.

Certes, si Christopher Nolan a bluffé (presque) tout son monde avec Inception, le jeune quadra anglais a déjà fait montre depuis des lunes de son habilité à conjuguer imposante maîtrise formelle, préoccupations conceptuelles et excellents taux de fréquentation en salles obscures. Autrement dit à proposer des films qui sidèrent et interrogent presque dans le même mouvement, sans devoir (trop) forcer le trait ni se sentir obligé de tenir la main du spectateur, pour une fois investi d’une autonomie de réflexion propre !

Au début, on est pourtant resté un brin dubitatif devant un (presque) premier film, Memento (quoique Nolan ait tourné en 1999 un inaugural Following d’à peine plus d’une heure dans son Londres natal) qui y allait quand même joyeusement dans l’esbroufe, et ce même si, à la manière d’un David Fincher (par exemple), cette façon de faire tourner le public en bourrique avec son consentement tacite, reposait sur une mécanique filmique qui ne faisait pas que brasser de l’air et lui offrait un peu plus qu’une tourneboulante suite de séquences virtuoses enchaînées comme une pause pub sans fin.

Mais dès le doublé super-héroïque Batman Begins (2005) et The Dark knight (2008) qui s’attaquait à un sous-genre (l’adaptation de comic-books) en voie d’adoubement critique par sa face obscure (et névrosée), espacé d’un intermède classieux qui remit en lumière les airs (ancestraux) de famille communs au cinéma et à la magie (le mésestimé Prestige en 2006), il ne fait plus aucun doute que Christopher Nolan est un auteur à part entière qui, à la tête de sa petite et florissante entreprise est en mesure de rallier Hollywood et sa manne infinie de dollars à ses vues. Pourvu que ça dure !

Sur le principe Inception n’invente rien et se place même dans le milieu de peloton d’une série de films qui s’interroge sur la « tangibilité du principe de réalité ». Qu’est-ce qui m’assure que ce qui m’entoure est bien « réel » ? Qu’est-ce qui me garantit la stabilité et la « solidité » de sa structure/texture constitutive ? Et en corollaire la question subsidiaire; ne serait-je finalement pas en train de rêver, ou d’être moi-même (dans) le rêve d’un autre, voire d’un autre moi-même (…) ? Des questions remises au jour cinématographique – en vrac ces douze dernière années- par la trilogie Matrix des frères Wachowski, Dark City de Proyas, Avalon d’Oshii ou même en remontant quelque peu, le cours du temps (1973), dans l’unique incursion (pour le compte de la télévision) de l’Allemand Fassbinder du côté du Fantastique avec le toujours très sidérant Un monde sur le fil.

incA la différence de Matrix qui enfonça la pédale d’accélérateur des technologies nouvelles et effets (digitaux) spéciaux de son époque dans une frénésie de l’épate si coupable qu’elle dissimula au fil des épisodes de plus en plus mal la vacuité d’un message (?) ajouté à posteriori (les « révélations » et « débats » volontairement entortillés et embrouillés du Matrix Reloaded), et d’un film qui prétendait à s’élever très au-dessus de sa qualité de « pur divertissement » (une espèce de mix renversant de film catastrophe, de karaté, de SF, mâtiné d’un soupçon de fétichisme, et lorgnant sur le jeu vidéo et l’univers du clip), Inception n’a recours au numérique que pour soutenir et appuyer sa foisonnante panoplie d’effets spéciaux « à l’ancienne » élevée à un niveau de maîtrise hallucinant, ou dans les quelques rares cas de figure où il fut impossible à Nolan et à son équipe de se passer du commun fond d’écran vert ! Le résultat n’en est que plus bluffant (les scènes tournées dans un hôtel où la gravité décline puis disparaît sont à couper le souffle) et rappelle une leçon très élémentaire de cinéma qu’il n’est point de bons films sans excellents acteurs et dans le cas présent de collaborateurs, de familiers. Si tourner avec l’Anglais fut une première pour un Leonardo DiCaprio aux traits de plus en plus émaciés ainsi que pour l’éternelle teenager Ellen Page (Juno), on retrouve au générique de cette superproduction, devant et derrière la caméra tout un panel de vieilles connaissances du cinéaste, comme si Nolan éprouvait de ne travailler que dans environnement qui lui était pour partie familier. Michael Caine, Cillian Murphy (…) sont indissociables de ses derniers films, mais l’observateur attentif notera que les noms de Jonathan Nolan (frère et scénariste) et d’Emma Thomas (femme et productrice) font partie de sa garde technique rapprochée. « Ma petite entreprise, connaît pas la crise… » chantait feu Bashung

Dans le Hollywood d’aujourd’hui, c’est presque du luxe; Mise en scène « en dur », casting « ami » et un scénario « original » – c.à.d. non retravaillé par une cascade de correcteurs/censeurs qui ont tendance à délayer le propos et diminuer au maximum le nombre d’éléments de scénario laissés à interprétation. Dans ce cas-ci Inception est un cas d’école qui dépasse d’une bonne tête le cas déjà ancien du film au pitch (Usual Suspect, Fight Club…) volontairement entortillé, mais qui in extremis retombera sur ses pattes, et assénera à un spectateur dans les cordes, une éclairante et presque rassurante explication finale. Ici, on se place plus largement dans un type de scénarii ondoyant en spirale, enroulé autour d’un axe et présentant à chaque fois une face inédite, dont le plus bel exemple récent est l’écriture de la série Lost.

inEn quelques lignes; un groupe de voleurs (« extracteurs ») est capable de s’introduire dans les rêves et donc le subconscient de leurs victimes pour y subtiliser l’(es) idée(s) enfouie(s) au plus profond de leur inconscient, ou bien d’y déposer une suggestion qui paraîtra, au réveil du patient, relever de la plus sereine évidence intime. Pour les besoins de la cause, un architecte de l’onirique est requis. La tâche est ardue et absolument pas sans risque; orchestrer un passage en force et empiler si nécessaire des niveaux de rêve intriqués en cascade (les évènements de l’un portant directement à conséquence sur les autres) comme autant de théâtre de lutte entre ces cambrioleurs des songes et les défenses immunitaires mentales, parfois artificiellement stimulées du dormeur, et où les accidents et imprévus sont monnaie courante. Sans compter l’ultime sanction du réveil de l’attaqué qui remet derechef les comptes à plat. Autre impératif à respecter sous peine de stimuler la virulence de ces « vigiles de l’inconscient », conserver à tout prix le caractère « construit » et « agrégatif » du rêve qui ne doit à aucun moment correspondre à un simulacre de réalité bâtit sur des souvenirs aussi fidèles que possible à la « toile du réel ». En ne respectant pas entièrement cette règle et en enfreignant une autre – ne pas se servir de la technique d’Inception à des fins personnelles – DiCaprio, alias Cobb (par ailleurs le nom du personnage central de Following) s’est placé dans une position délicate. Devenu quasiment addict des domaines exponentiels du rêve où l’imagination permet de bâtir des mondes «  à soi » soumis à des flux temporels amoindris (le temps s’y écoule bien plus lentement), l’Américain a « implanté » au plus profond de l’inconscient de sa femme Mall (Marion Cotillard, qui ne se départit décidément pas de son look Edith Piaf !) la certitude que la « réalité onirique » au sein de laquelle ils auront vécu une vie entière (que le spectateur verra dans un état de décomposition accéléré comme une Metropolis décatie sans une âme qui vive !) est bel et bien l’instance dernière du réel ! Et le suicide de Madame Cobb (« le vrai réveil » selon elle) de prolonger ses effets à plus d’un niveau. Cobb est accusé de meurtre et obligé de fuir son pays où demeurent ses enfants; mais plus grave, le souvenir de Mall s’est mué en une cristallisation inconsciente de ses propres échecs et de sa profonde culpabilité, une réminiscence agissante maléfique qui remonte des « limbes » (un non-lieu intemporel et sombre où échouent assaillants vaincus et ceux qui ont « raté » leur sortie du rêve) qu’oppose avec une détermination létale à son ex-mari dès que celui-ci plonge en opération d’« extraction ». Inception est à cet égard le film de la dernière chance d’un être acculé, au bord du rouleau. Exsangue, non sevré (il se sert d’Inception pour revisiter les ruines de ses palais du souvenir en cachette), Cobb foire sa tentative d’extraction sur un puissant homme d’affaire chinois (Saito) en début de film, devient son otage et obligé, et se fait engager pour une mission quitte ou double : accéder au saint des saints de l’intimité mentale de l’unique héritier d’un conglomérat à l’échelle mondiale en passe d’être disloqué, et recouvrer en cas de réussite le droit de revoir sa progéniture. Ou alors, tel ce train sorti de nulle qui percute le véhicule de son équipe dans une ville façon Los Angeles sous la mousson (clin d’œil à un certain cinéma d’action made in Hong Kong, devenu un modèle aux yeux d’Hollywood ?) dès le premier niveau de rêve de sa seconde mission, perdre son combat contre lui-même et basculer à jamais dans les abîmes par-delà les songes.

D’autre part, si Inception propose comme peu de films avant lui une visite des arcanes du rêve étagées sur 5 niveaux interdépendants (la disparition momentanée de gravité de l’un va jusqu’à donner l’illusion de corps « allégés » dans un véhicule pourtant en chute libre à l’échelon supérieur !), répondant à des caractéristiques communes de temporalités distendues et de passage de couche de rêve à une autre ou de sensation de réveil vécus tel un séisme, Nolan les filme non pas comme des univers féeriques ou cauchemardesques typés et immédiatement identifiables, mais comme des reconstructions de pans du réel des plus familiers – bien que spectaculaire – et donc crédibles. Dans le désordre, un bunker alpin, un hôtel de luxe, une mégalopole arrosée et même une ville de Paris qui rentre dans sa coquille ! A l’instar du David Cronenberg des Vidéodrome (1983) et eXistenZ (1999), ce n’est pas tant la délimitation réel/son imitation qui intéresse Nolan, qu’importe finalement pour ses protagonistes de vivre au-dedans ou au dehors du rêve, mais la façon dont vont réagir les personnages face à des situations inédites et complexes mais cohérentes relevant d’un réel fuyant et multiforme. Et quitte à ce que certains choisissent en toute connaissance de cause « la proie pour l’ombre » ! Autre similarité entre les deux hommes, la technologie pour le moins discrète permettant l’extraction ressemble chez Nolan à un simple Ipod à placer en intraveineuse, tandis que l’accès aux mondes virtuels se faisait dans le film du Canadien au moyen de « pod », un simple animal génétiquement modifié. Tant qu’à parler d’objet, il convient de souligner le rôle de ces petits bidules personnels (comme une toupie) dont le poids (Cobb) où tout autre irréductible caractéristique sont censés rassurer son propriétaire sur la véritable nature de l’endroit où il se trouve, a une fonction inverse de ceux qu’ils remplissent chez David Lynch. Une clé – par exemple dans Mulholland Drive – est avant un objet médian/de passage entre les mondes. Dans Inception il est l’ancre qui doit indiquer à l’extracteur son retour dans l’univers tangible de façon indiscutable. A noter qu’au moment du générique final, la toupie de Cobb n’a toujours pas touché sol…

pkdComme bon nombre de ses contemporains, Nolan semble profondément imprégné de l’influence du malchanceux romancier U.S. Philip K. Dick, mort en 1982. Auteur de science-fiction peu lu de son vivant et depuis vache à lait scénaristique posthume et prétexte à des adaptations qui confinent du médiocre (Planète Hurlante en 1995, Next en 1997…), au passable (Paycheck en 2003, A Scanner Darkly en 2006) en passant parfois par le meilleur (Minority Report en 2002 et le déclencheur Blade Runner en 1982, qui est l’adaptation du roman Les robots rêvent-ils des moutons électriques ?). Ecrivain paranoïde, drogué et instable (on l’a moment diagnostiqué comme schizophrène), K. Dick développe livre a près livre dans un style simple, la vision d’un réel par essence entortillé et fuyant, et où les subjectivités de chacun n’ont aucune chance d’arriver à un consensus commun sur la réalité qui les englobe. Et d’ajouter l’idée d’un temps malléable à l’envi, qui peut prendre des directions inattendues (régresser) ou se présenter un dans de biens curieuses configurations paradoxales (Dick s’est beaucoup servi du concept d’uchronie : que se passe-t-il si un évènement majeur de l’histoire vient à être modifié ?). Dans Memento, Nolan mène sont intrigue à rebours et suit un personnage psychotique et amnésique. Dans les 2 Batman, la question du double (héros/vilain, Bruce Wayne/Batman) affleure partout dans un contexte de paranoïa urbaine généralisé, Prestige réaffirme la toute puissance du simulacre, et Inception montre l’étrange adéquation d’un subconscient tout puissant mais que l’on peut remodeler et un monde tangible aux limites intrinsèquement incertaines.

Dans un autre ordre d’idées, en début de film, lorsque Cobb recrute la nouvelle architecte, Ariane (Ellen Page), il lui livre quelques explications-clés sur les spécificités des mondes entrouverts par la technique de l’Inception et visitent ensemble un lieu (hôtel ?) où une particularité architecturale propose (miraculeusement) une solution satisfaisante à un paradoxe mathématique. En additionnant le principe du temps élastique (les évènements même simultanés ne se déroulent pas à la même vitesse dans les différentes strates du rêve), il ne fait aucun doute que l’Anglais a dû s’intéresser à un moment où l’autre aux étrangetés et singularités de l’espace-temps et à quelques-unes des plus  récentes et spéculatives théories de la physique contemporaine qui ajoute à nos quatre dimensions connues (longueur, largeur, profondeur et le temps lui-même) plusieurs autres (pour un total de 11 à 18 selon les approches), imperceptibles à l’homme parce qu’enroulées à un niveau subatomique…

Une conception d’univers intriqué (interdépendant) et imbriqué comme un jeu complexe de poupées russes qui a depuis longtemps inspiré les auteurs de science-fiction et de comic-books (un autre Anglais, Warren Ellis a écrit début 2000 des histoires mettant en œuvre dans sa série Planetary un ordinateur quantique capable de plier le réel à ses désidératas) dont Nolan a livré 2 des plus ébouriffantes adaptations cinématographiques (et bientôt un troisième volet de sa série Batman). Or chez Marvel Comics (éditeur de Spider-man, Daredevil, Thor…), cela fait près de cinquante ans que des affrontements se passent, profusion de télépathes aidant, uniquement sur le plan mental, mais aussi à l’échelon du rêve. Par le biais du cinéma, les noms de Charles Xavier (professeur X) et de Jean Grey (Strange Girl/Phénix) détenteurs de grands pouvoirs télépathiques ont acquis une certaine notoriété chez les non-bédéphiles; dans un passé pas si lointain, un ennemi de Hulk appelé le Façonneur des Mondes était capable de créer des univers entiers, à partir d’énergie pure et du contenu des rêves de ses cobayes pour son unique plaisir; enfin,  un sombre et récurrent vilain – par ailleurs un maître de l’illusion et des apparences – du nom de Cauchemar vient régulièrement hanter et affronter bon nombre de héros dans… leurs songes. Et puis comment ne pas voir d’analogie flagrante entre l’équipe d’intervention réunie autour de Cobb, composée d’un Chinois, d’un Arabe, d’une Française (?) et de quelques Américains (?) tous experts dans leur domaine et l’équipe des X-Men, refuge pour tous les mutants non-revanchards de toute la planète ?

Et comme il est toujours plus plaisant de terminer (enfin) sur une note musicale et parce que le « Non rien de rien… » d’Edith Piaf qui hante ce film constitue selon moi l’unique mauvaise idée d’Inception, je me permets de suggérer l’écoute « en boucle » (…) du titre « I Dreamed I Dream » sur le premier album de Sonic Youth !

Yannick Hustache

La Sélec n°15 – 1er mars 2011

9 Mar

selec15

Hybridations / métissages

Alors que le langage politique de l’Europe s’engage dangereusement sur une remise en cause du multiculturalisme, que la chancelière allemande comme la droite anglaise en annonce la faillite, et que la France veut instaurer des cours d’« identité nationale », le petit monde de la musique continue à célébrer l’hybridation et le métissage. A l’heure où l’Europe de la crise se rabat sur les thèses populistes du repli identitaire, utilisant l’illusion d’une culture nationale commune pour rassembler les frileux et les xénophobes, le mélange est par contre toujours considéré en musique comme un progrès, comme un atout.

  • Juke
    Genre extrêmement local, originaire de Chicago, le Juke s’y est développé de manière underground, pour ainsi dire en circuit fermé, presque en secret. Dérivé de la musique house de Chicago, le Juke est un microgenre évoluant en marge des médias et des scènes reconnues.
  • Violoncelle et bouts de ficelle
    Du violoncelle chez les Clogs, qui l’eut cru, il y en a justement très peu ! Ce noyau orchestral s’est cristallisé dans un esprit pop grand ouvert à l’aube du nouveau siècle (…). Sans aucune contradiction, ils assurent la perméabilité entre des scènes musicales que l’on imagine souvent incompatibles : avec eux il n’y a pas de grand écart entre la musique baroque, l’improvisation contemporaine en musique de chambre, les racines folk et les arrangements des groupes rock pour lesquels ils jouent. Autant dire qu’il va falloir se mettre au diapason des Clogs pour mieux les apprécier !

Redécouvertes

Depuis que l’Homme est Homme, il a toujours cherché, fouillé, défriché… D’abord par nécessité, puis par plaisir ou curiosité, il s’est adonné à la cueillette et à la chasse, au propre comme au figuré. Ainsi, la poursuite du gibier à des fins alimentaires cèdera la place aux chercheurs d’or et archéologues de tout poil, certains ayant fait de l’art dans tous ses états leur terrain de jeu favori, se plongeant avec délectation dans les archives des cultures plus ou moins populaires.

  • Les dernières pulsations de la vieille Italie du Sud
    En quelques années, de 1954 à 1959, uniquement dans le Sud et dans les marges de l’Italie (Sicile, Calabre, Sardaigne), Vittorio De Seta a filmé l’extinction d’une société archaïque où l’individu faisait partie d’un tout, d’une communauté. Par l’immigration et « le vaudou du Progrès » ce monde et sa culture allaient très vite se voir atomisés. Vittorio De Seta, comme ses amis collecteurs de musiques populaires, en aura au moins gardé une trace. Une trace poignante.
  • Quand EPM et Frémeaux & Associés dépoussièrent les chansons d’antan…
    Depuis qu’EPM et Frémeaux & Associés se sont penchés sur la question, les passionnés de la chanson ont enfin la chance de pouvoir (ré-)écouter les titres d’hier qui ont marqué l’histoire mais aussi de nombreuses perles oubliées, et ce depuis les premiers enregistrements de 1895. Seuls, ces labels ont su réaliser le travail de titan nécessaire à la bonne transmission du patrimoine de la chanson.

Faire du neuf avec du vieux

  • Le cinéma et les couloirs temporels
    Le cinéma est l’espace idéal pour la réinvention du passé. Décor ou récit, enquête ou prétexte, le temps n’y  manifeste que la forme qu’il reçoit, celle-ci renvoyant, en toute logique, aux intentions qui s’y expriment. Le cinéma traduit le passé en langage, l’expose, l’utilise. C’est dire que, objectivé, détourné ou mythifié, il signifie moins que sa représentation, disparaît même souvent derrière elle. Présence déconcertante que cette mise en valeur d’une ressource réelle mais insaisissable.
  • Inception, la fabrique rêvée du rêve
    Prototype d’un genre pas si répandu – le blockbuster « intelligent » – le film banco surprise (?) de Christopher Nolan n’en finitpas d’alimenter réflexions et débats, et d’attirer dans son champ magnétique multidimensionnel quantités toujours plus imposantes de références hétérogènes mais fécondes. En voici quelques-unes.
  • Musique Classique
    Savoir-faire des interprètes et nouvelles écritures des compositeurs se nourrissent de la lecture critique et créative de l’héritage. C’est par là que le classique reste toujours présent.
  • Nostalgie synthétique
    Le destin étrange d’un instrument conçu pour produire des sons jamais entendus avant lui. Pendant de nombreuses années, les musiciens ont utilisé le synthétiseur pour créer une musique qui ne ressemblait à rien de ce qui l’avait précédé. Aujourd’hui, il est l’objet d’un culte nostalgique, et sert paradoxalement à imiter d’autres synthétiseurs.
  • Chanson « totale »
    Des artistes qui ont eu le courage de se balader ailleurs pour mieux se trouver et qui ont su se surprendre pour mieux nous surprendre. Leur intégrité va de pair avec leur implication qui est totale. Ils soignent toutes les dimensions qui font qu’une chanson devient de l’art : interprétation, paroles, mélodie, son, arrangements et orchestrations.

Solitudes / isolement

Il est une forme de solitude qui n’est pas un état, c’est-à-dire non pas état où l’on stagne mais état que l’on gagne; une solitude qui est éloignement, lointain désirable. Sa forme est ouverte, pays d’accueil, espace désigné mais irreprésentable, cheminement qui, à peine initié, engage celui qui s’y risque et ne s’interrompt plus, continue, découle. Solitude béante, illimitée : appel de l’infini.

  • Françoise Huguier, Kommunalka
    En filmant et en enregistrant la voix des colocataires de la kommunalka, Françoise Huguier conjugue deux captations différentes, l’une immédiate, littérale (la voix), l’autre raffinée, ambiguë (l’image). L’empathie pourrait naître de leur dissociation; le fait qu’image et son s’entrecroisent et se contredisent souvent, introduit dans l’espace de la représentation des dissonances qui, loin d’en appeler au jugement, à la prise de parti, reconstituent la polyphonie si caractéristique des romans russes – de la société russe ? -, polyphonie bouillonnante et chaotique.
  • Lisandro Alonso, archéologie de solitudes en 4 films
    Il filme quelque chose d’invisible, des formes de solitude, ni choisies ni forcées, ni positives ni négatives. Ce sont  des isolements fonctionnels, des états pathologiques, des contextes, des géographies à l’écart de la société moderne où la solitude s’impose comme discipline, imprègne les tissus vivants, devient l’air que l’on respire, sorte de camisole invisible, organique.

Mondialisation

C’est une tendance lourde du cinéma documentaire : les films qui essaient d’expliquer la complexité du fonctionnement économique du monde. Sans ce devoir d’explication, comment rester citoyen conscient des enjeux ?

  • Richard Brouillette, L’encerclement, la démocratie dans les rets du néolibéralisme
    L’encerclement…, malgré son nom, n’est pas le patient décorticage explicatif d’un complot ourdi en coulisses à des fins de domination du monde, mais bien la description du lent cheminement d’une pensée, depuis les lieux obscurs de sa formulation jusqu’à sa complète interpénétration du réel, au point d’être confondu avec lui. Mais c’est aussi le premier jalon d’une réfutation idéologique qui a bien du mal à faire entendre son point de vue !

Vinyl only

Même si l’année passée on a vendu dans le monde anglo-saxon plus de platines vinyles que de lecteurs CD ou si certaines grandes surfaces de loisirs implantées en Belgique étendent leur rayon dévolu à ce support, ce n’est pas précisément pour ces raisons macro-économiques là que La Médiathèque tente (…) de réintroduire une offre ciblée de deux cents albums récents non disponibles en CD. Ce sont bel et bien les histoires à raconter qui motivent, avant tout, l’acquisition de ces disques.

  • Vends-moi (ou prête-moi) un disque : nous nous dirons qui nous sommes
    C’est à partir de la transformation de Record Express, son disquaire d’adolescence en centre de bronzage que le jeune réalisateur Brendan Toller a commencé une enquête centripète qui, de l’évènement local, part en chercher les échos plus lointains (les 3.000 autres fermetures de disquaires indépendants survenues au cours de la décennie 2000 aux États-Unis) et les tenants et les aboutissants plus globaux en termes d’économie, de marketing, de technique, de législation et de modification des comportements de découverte de la musique.

Coups de coeur réseau

  • Young Gods Records
    Tout commence losque Michael Gira décide de publier et distribuer ses disques (ceux des Swans) à compte d’auteur sous la dénomination de Young God Records, intitulé d’un EP paru en 1984 et peut être – sait-on jamais avec ce personnage pince-sans-rire à l’humour sarcastique – la réponse du berger à la bergère au groupe suisse Young Gods qui trouva son nom sur ce maxi désormais mythique…
  • MGMT, Congratulations
    Passé le choc de son hideuse pochette, je pourrais évidemment m’extasier devant cet « album de la maturité » comme le fit une très grande partie de la presse, mais vous avez déjà lu tout ça, alors permettez-moi de rester parfaitement subjective sur ce coup-là; de toute manière, quel est l’intérêt de chroniquer un album sorti il y a près d’un an ?
  • Les best of des médiathèques
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