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Soupçons : la dernière chance (The staircase)

24 Avr

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En 2002 Jean-Xavier de Lestrade recevait l’Oscar du documentaire pour « Un coupable idéal » plongée au cœur de l’enquête et du procès bâclé d’un adolescent noir accusé de crime.

Trois ans plus tard le réalisateur filmait une autre affaire au résultat tout aussi dérangeant. Dans « Soupçons » l’accusé blanc, riche et heureux est suspecté de la mort de sa femme aimée découverte en sang au pied de l’escalier de leur imposante maison. Michael Peterson sera condamné à la perpétuité pour d’aussi mauvaises raisons que le jeune Brenton Butler.

Il fera appel en 2010 aidé par son avocat ébranlé par le verdict. C’est cette dernière étape que nous suivons ici, celle dont dépendra la libération de Peterson après 8 ans d’incarcération. De nouveaux éléments sont découverts faisant apparaître d’autres failles dans le système juridique américain.

Aussi efficaces et passionnants que certains thrillers les films de de Lestrade nous obligent à réfléchir à l’éternel problème de la justice et de la façon dont il faut la rendre.

Véronique Broes

 

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Les réalisatrices s’incrustent à la médiathèque de l’Ulb

13 Avr

Au commencement était Alice Guy : en 1896 cette jeune assistante des frères Gaumont filmait « La fée aux choux » et devenait ainsi la première réalisatrice au monde.

Depuis, de nombreuses femmes ont inscrit leur nom au panthéon des étoiles du 7ème art.

Sur la lancée du festival « Elles tournent » qui connu un gros succès en septembre dernier, la Médiathèque de l’ulb met en avant les œuvres de réalisatrices du monde entier, en cinéma de fiction comme en documentaire.

Se retrouvent côte à côte Agnès Varda, Kathryn Bigelow, Suzanne Bier et bien d’autres réunies sous le titre tout simple de « Réalisatrices ».

Quelques références :

« Le livre de Jeremie » de Daria Argento – VL 0008

« Surveillance » de Jennifer Lynch – VS 0809

« Actrices » de Valeria Bruni Tedeschi –VA 0483

… et bien d’autres !

Balkan Trafik dans votre médiathèque, notre sélection autour du festival

31 Mar

La Médiathèque de l’Ulb vous propose, pour la 4ème année consécutive, une sélection de médias autour du Festival BALKAN TRAFIK!, qui se déroulera cette année les 14, 15, 16 et 17 avril au BOZAR.

Nous aurons aussi le plaisir d’accueillir le 09 avril 2011, deux groupes « labellisés » Balkan Trafik.
Plus d’informations sur ces 2 concerts

Krupnik & Yiddish Tanz, met l’accent sur un répertoire aux sonorités balkaniques et orientales.

Zongora feat Aurel Budisteanu, évolue dans un répertoire aux accents balkan-gipsy. Leur 1er album « Doveriata » sortira en avril 2011.

 

Petite sélection à travers nos collections, d’autres médias (Cd, DVD, Cours de Langue, …) dans votre Médiathèque de l’Ulb :

BOBAN I MARKO: BALKAN BRASS FEST – MU9971
Boban MARKOVIC ORKESTAR
PIRANHA, 2003
LE MONDE EST UN VILLAGE 9- MA0210

Balkan Trafik fête son 5e anniversaire en fanfare

Pas de fête d’anniversaire sans feu d’artifice. La 5e édition de Balkan Trafik ne dérogera pas cette règle. Avec Goran Bregović dans une création unique, le dernier film de Danis Tanović et l’orchestre des Marković, mais aussi avec une croisière festive le long du canal de Bruxelles : le Balkan Boat !

Balkan Trafik : Jeudi 14 > Dimanche 17.04.2011 Palais des Beaux-Arts

Balkan Trafik fête déjà ses cinq ans ! Comme d’habitude, ce festival qui s’étale sur plusieurs jours au Palais des Beaux-Arts nous promet un patchwork de cultures unique en Europe. Du jeudi 14 au dimanche 17 avril, vedettes locales, artistes de la diaspora et créateurs d’ici ou de là-bas se partageront l’affiche pour vous offrir un mélange de musique, films, théâtre, danse et animations de tout le sud-est de l’Europe. Balkan Trafik n’hésite pas à mêler les styles et les genres, de la musique folklorique à l’électro en passant par les meilleurs brass bands du moment et la crème des scènes jazz et rock.

Pour son anniversaire, Balkan Trafik s’entoure des plus grandes pointures : le célèbre Goran Bregović revient avec un projet musical grandiose, Margot, et réalisateur Danis Tanović, le fameux brass band de Boban I Marko Marković et le groupe de rock turc, à la stature et renommée internationale, Duman, seront aussi de la partie. Last but not least, pour célébrer son cinquième anniversaire en beauté, Balkan Trafik a aussi prévu une croisière festive le long du canal de Bruxelles, à bord du Balkan Boat, en guise d’ouverture du festival.

Plus d’infos www.balkantrafik.com

Richard Brouillette, L’encerclement, la démocratie dans les rets du néolibéralisme

30 Mar

L’ ENCERCLEMENT – DVD ­ LA DÉMOCRATIE DANS LES RETS DU NÉOLIBÉRALISME – TL3551

Pochette TL3551.

VO FR. Durée :160′.
LES FILMS DU PARADOXE, 2009.

Où emprunter, détails…

L’encerclement…, malgré son nom, n’est pas le patient décorticage explicatif d’un complot ourdi en coulisses à des fins de domination du monde, mais bien la description du lent cheminement d’une pensée, depuis les lieux obscurs de sa formulation jusqu’à sa complète interpénétration du réel, au point d’être confondu avec lui. Mais c’est aussi le premier jalon d’une réfutation idéologique qui a bien du mal à faire entendre son point de vue !

A priori, le propos paraît austère et un visionnage distrait pourrait laisser filtrer l’idée que ce film a trait à des évènements relevant de la partie gauche de la ligne du temps, celle des histoires, faits et gestes dûment consignés et dont on mesure à peu près de manière consciente les répercutions sur le moment présent. Mais ici, c’est une attention pleine et entière du spectateur qui est sollicitée. Choix du noir et blanc, image « granuleuse », tournage en 16mm, cadrage rigoureux couplé à un montage faussement placide – seulement à rebours de la frénésie « clipesque » devenue la norme télévisuelle de bien trop de reportages d’aujourd’hui – musique pianistique au toucher contemporain, l’austère parti-pris formel adopté par le Québécois Richard Brouillette pour L’encerclement, reflète parfaitement son désir de demeurer rivé au(x) « texte(s) ». Un dispositif, sans voix off ni inserts d’aucune sorte, qui s’en remet au pouvoir (intact) de fascination de la parole en s’épargnant au maximum le recours à des « lubrifiants visuels » (dixit l’auteur), ces images d’archives ou des reconstitutions susceptibles « d’orienter », ou du moins de perturber le sens des interventions des participants d’un documentaire qui fait le pari de l’intelligence de son public. Pas courant !

ence

L’idée maîtresse de ce film est énoncée telle un postulat démontré et… démonté en dix chapitres. Ou comment l’idéologie néo-libérale, de simple discours économique élaboré au sein d’obscurs cercles intellectuels s’est peu à peu infiltrée dans toutes les strates de la société pour produire une pensée unique à visée globale (mondiale), un « principe de réalité » qui se voudrait à la fois ‘ahistorique’ (Bourdieu) – c’est-à-dire dégagée des contextes socio-économiques particuliers – et autolégitimée, autrement dit, qui possède ce luxe intellectuel de devoir faire l’impasse d’explications sur sa véritable nature ou sur ses origines. Mais se trouve paradoxalement en position de force de s’imposer partout et à tous ! L’allégorie d’Adam Smith « de la main invisible du marché qui tend naturellement à s’autoréguler » est lumineuse, car elle attribue une causalité « naturelle », donc irréfutable, à l’un de ses plus intouchables fondamentaux.

Et c’est davantage à l’idéologie qu’au cours de la bourse que s’attaque L’encerclement. Comment, en se réappropriant le credo libéral originel (des Locke, Ricardo…), mais en le coupant de sa dimension éthique (l’antienne du « bien commun ») au profit d’une supposée « indiscutable efficacité », les adeptes zélés du néo-libéralisme (l’ajout du préfixe lève en outre la confusion avec le « libéral » à l’américaine qui est plutôt un homme de gauche) et au travers d’un réseau complexe d’articulations qui part de « think tanks » (cellules de réflexion, boîtes à initiatives) et transite par le relais de « fondations » généreusement dotées (financées par le privé), pour aboutir aux plus hautes instances politiques, sont partis à l’assaut des esprits et des systèmes économiques de la planète !

Une pensée dont les fondements sont posés dès 1938 (colloque Walter Lippmann) et 1947 (Société du Mont Pèlerin), et qui connaît un premier champ d’application dans les réformes économiques mises en place sous Pinochet dans le Chili des années’70. Privatisation à outrance, mesures anti-inflationnistes et régime forcé des attributs de l’État sont les grandes lignes d’une doctrine étayée par l’école dite de Chicago (le monétarisme de Milton Friedman) et que reprendront à leur compte les Reagan et Thatcher, avant d’intégrer presque «telles quelles» les futurs programmes d’ajustement structurel du F.M.I… Et aujourd’hui, les gouvernements de gauche comme de droite n’ont jamais autant convergé dans le même sens et tentent de conserver à tant bien que mal les faveurs de marchés financiers hyper volatils dont on n’ose à peine espérer – et malgré un krach bousier récent (2008) – une amorce de régulation.

Espace de savoir et de transmission privilégié, le monde de l’Enseignement, au travers de sa réalité québécoise, est montré comme un territoire de conquête (des esprits) qui aiguise les appétits de « généreux mécènes privés » au service (indirect) des entreprises. Une fabrique de « serviteurs du système » comme le rappelle Omar Aktouf, pour souligner que les évolutions idéologiques vont de pair avec maints (ré)aménagements linguistiques.

Et c’est à une patiente déconstruction d’un discours néolibéral tellement sûr de son fait qu’il en devient édifiant (le «libertarianisme» défendu par le directeur du Le Québécois Libre) et cache mal une haine primaire envers l’État, les associations citoyennes et la démocratie (!), contrastant avec une très angélique conception de la libre entreprise que convie L’encerclement. Noam Chomsky, Ignacio Ramonet, Suzan George, (Oncle) Bernard Maris déboulent quelques statues d’une idéologie capitaliste parfois défendue de manière caricaturale (seul défaut du film), au moyen d’un argumentaire certes, désacralisant, mais qui souligne de façon inquiétante la marginalisation de fait de toute pensée critique envers la doxa néolibérale !

Yannick Hustache

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Mondialisation

24 Mar

C’est une tendance lourde du cinéma documentaire : les films qui essaient d’expliquer la complexité du fonctionnement économique du monde. Sans ce devoir d’explication, comment rester citoyen conscient des enjeux ?

Mondialisation et économie : l’enchevêtrement presque parfait

crisePartons d’une définition communément admise (le terme n’a intégré le dico français qu’en 1964 !) : « la mondialisation désigne le développement de liens d’interdépendance entre hommes, activités humaines et systèmes politiques à l’échelle du monde. Ce phénomène touche la plupart des domaines avec des effets et une temporalité propres à chacun. Il évoque aussi les transferts internationaux  de technologie et de main-d’œuvre ou de connaissances… Il est aussi utilisé pour décrire les changements induits par la diffusion mondiale des informations sous forme numériques sur Internet » (Techno-science.net). Différencions-le du concept faux-jumeaux de globalisation (globalization en anglais) qui peut être compris à la fois comme une extension du raisonnement économique à toutes les activités humaines avec le globe terrestre pour horizon, mais aussi comme une étape située après la mondialisation et qui la dépasserait, caractérisée par une abolition des frontières au sein des réseaux d’échanges mondiaux et un net affaiblissement voire une dissolution des identités nationales. Voilà pourquoi le plus spécifique « globalisation financière » s’est naturellement imposé pour dépeindre la mise en place progressive d’un marché mondial intégré (et donc sans entrave) de capitaux arrivé au seuil de sa réalisation finale.

Un lent mais inexorable processus macro-sociétal qui épouse et repose sur les mutations d’un capitalisme certes évolutif et multiple, mais s’appuyant sur les mêmes sacro-saints principes d’accumulation des capitaux et de recherche de profits, et de propriété privée des moyens de production au sein d’un espace (le marché) où la liberté des acteurs est maximale et le prix, un indicateur vérité. Si les échanges économiques intercontinentaux remontent à l’antiquité, les prémices du capitalisme se développent dans quelques riches cités d’Europe (Bruges) dès la fin du Moyen Age pour connaître de multiples déclinaisons (marchand, foncier, entrepreneurial, financier, monopolistique d’Etat…) aux siècles suivants, à mesure que le monde «connu» gagne peu à peu toute la surface de la Terre. Au XIXe siècle, il prend les atours modernes en « accompagnant » une révolution industrielle féconde en produits manufacturés et d’inventions qui réduisent les distances (train à vapeur, le télégraphe) mais se traduit aussi par des formes nouvelles d’exploitation qui condamnent les masses populaires du Nord à la pauvreté ou à émigrer (vers les villes, en Amérique…) et les populations du Sud à l’asservissement via la colonisation. La réaction s’organise au début du siècle suivant qui, entre guerres mondiales (14-18, 39-45) et périphériques, crises monétaires et économiques majeures (1929, voir La Crise/la grande dépression), et replis protectionnistes, voit la construction d’une entité politique transnationale régie par un modèle économique différent, le bloc soviétique ou socialiste.

Ce repli partiel du capitalisme ne dure qu’un temps et à l’aide de ses nouveaux instruments-serviteurs zélés forgés après 1945 (F.M.I., Banque Mondiale, GATT puis OMC, voir Pas assez de volume et Nos amis de la banque), auréolé d’un discours néo-libéral reformulé et qui se voudrait le reflet d’un certain ordre « naturel » (dérégulation, maîtrise des dépenses publiques, développement des exportations…), dans un monde presque entièrement « décolonisé » et bientôt quitte de sa division en blocs adverses (et ce dès la fin de la décennie 1980), il s’impose bientôt comme doctrine économique à l’ensemble ) d’une évolution technologique sans précédent.

Mais il convient de nuancer. Si pour paraphraser Laurent Carroué, la mondialisation est à la fois – une idéologie (le libéralisme), une monnaie (le dollar), un outil (le capitalisme), un système politique (la démocratie), une langue (l’anglais) – la nouvelle cartographie de la géopolitique économique mondiale souffre de suffisamment de nuances pour que sa critique raisonnée (Le monde selon Stiglitz) se nourrisse d’une pluralité de points de vue qui dépasse la simple indignation catastrophiste et fasse aussi place aux acteurs d’un changement social porteur d’espoir.

Ainsi, d’un point de vue purement macro-économique, la promesse faite au consommateur de payer un prix aussi bas que possible recouvre une double réalité qui place les travailleurs, où qu’ils se trouvent sur le globe, en concurrence les uns des autres, enrôlés sous la bannière peu reluisante du moindre coût, et dont les principaux bénéficiaires (les détenteurs de capitaux), chevillés aux aléas d’une bourse mondiale au tic-tac effréné (l’obsession de rentabilité à court terme), demeurent plus que jamais éloignés des mécanismes de production proprement dits (Turbulences, The Smartest Guys in the Room). Une re-localisation des activités économiques à l’échelle planétaire, qui voient certaines régions pour lesquelles les coûts du travail sont maintenus au plus bas, devenir d’immenses ateliers/zones industrielles/fabriques/cultures (El Ejido, la loi du profit) au détriment d’autres, et dont les marchandises, transportées aux moindres frais, inondent les besoins d’un marché répondant à des spécifications très occidentales. Outre la marginalisation du pouvoir des états, l’affaiblissement des systèmes de protection sociale et les difficultés dans le chef des mouvements sociaux, d’organiser une « riposte efficiente », l’activité économique met à mal les ressources naturelles limitées d’une planète « finie » (l’allégorique La face cachée du pétrole), déjà fragilisée par une réduction de la biodiversité à laquelle elle a, par ses choix – culture intensive, standardisation des variétés végétales (Les tomates voient rouge) et des espèces animales, le recours aux OGM… (Le monde selon Monsanto) – grandement contribué. Et notre consommateur final – nous-même – de se retrouver avec un choix apparent exponentiel qui finalement le confine au « même » (Ces fromages qu’on assassine) dans un cadre éclaté et inintelligible qui distend toujours un peu plus le fil ténu qui le relie à « son origine », La Terre.

decroissanceMais, dans l’hypothétique élaboration d’une alternative économique sociétale (voir Davos – Porto Alegre, Simplicité volontaire et décroissance vol. 1 et vol. 2), ici et là fleurissent au niveau local, et à l’autre bout d’un spectre qui confère à certaines ONG une légitimité internationale et des moyens d’action conséquents et nouveaux (les réseaux sociaux via l’Internet), une série d’initiatives qui battent – un peu – en brèche le scepticisme de cette époque : une coopérative de producteurs de coton (Quand la fibre résiste), le café comme alternative aux cultures de la drogue (Un grain d’équité), la solidarité comme réponse à la crise (Argentinazo) et à la faillite d’une société. Et à la clé, des résultats (Forêt, l’espoir certifié). Un beau chantier.

Yannick Hustache

  • FORÊTS, L’ESPOIR CERTIFIÉ – DVD – JUSTE PLANÈTE – DVD – COMMERCE ÉQUITABLE – DVD – TL5541
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  • LE MONDE SELON MONSANTO – DVD – DE LA DIOXINE AUX OGM, UNE MULTINATIONALE QUI VOUS VEUT DU BIEN – TM5476
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Young God Records : les disques du domaine de Michael Gira

17 Mar

credit Eric Hurtado/Etante Donnes En 1990, les Swans, à la fois formation principale et « extension naturelle collective » (c’est lui qui donne le « la » même si sa compagne d’alors, Jarboe, est d’un apport plus que significatif) de l’Américain Michael Gira, sont à la croisée des chemins. Musicalement, l’énergie cathartique des débuts a cédé le pas à un rock sombre et tendu comme la corde d’un arc dans l’effort, mais où la mélodie a définitivement pris l’ascendant sur le vacarme, et, leur reprise des pas encore sanctifiés Joy Division Love Will Tear Us Apart », absente sur album) attire des majors qui ont pris l’habitude de faire leur shopping dans un milieu underground dont les Swans ont largement fait le tour. Mais l’affaire se passe mal et Gira ne retirera de cette courte escapade dans les méandres du music business qu’amertume et ressentiment, et ce, malgré un beau disque : White Light From The Mouth of Infinity, désarçonnant de quiétude (assassine) pour les fans de longue date.

Il décide donc de publier et distribuer ses disques (ceux des Swans) à compte d’auteur sous la dénomination de Young God Records, intitulé d’un EP paru en 1984 et peut être – sait-on jamais avec ce personnage pince-sans-rire à l’humour sarcastique – la réponse du berger à la bergère au groupe suisse Young Gods qui trouva son nom sur ce maxi désormais mythique.

Gira y sort les disques suivants des Swans (Love Of Life, The Great Annihilator…) jusqu’à leur dissolution en 1996 (Soundtracks For The Blind), rend à nouveau disponible dans une nouvelle et avenante présentation cartonnée (les doubles Body To Body/Job To Job, Children of God/World of Skin) les premiers travaux de son groupe et complète l’archivage discographie de quelques enregistrements live bien sentis (Swans Are Dead). On retrouve bien évidement les albums de son projet collectif suivant maintenant en suspens, The Angels Of Light (We Are Him, How I Loved You…), mais aussi des disques solo rock (Drainland), instrumentaux (la doublette électro-dronesque Body Lovers /Body Haters), une lecture de textes (The Somniloquist) et un LP/CD partagé (What We Did) avec Dan Matz, leader des trop méconnus Windsor For The Derby (qui y ont par ailleurs commis un excellent Difference And Repetition). Car si Young God met aussi de façon ponctuelle sur son site (et aux concerts) en quantité limitée des CD-R et LP maison aux fins de financer les enregistrements ultérieurs du label, Gira a transformé sa petite entreprise en une auberge espagnole d’un éclectisme réjouissant.

phto : Lauren Dukoff Le futur pape folk des néo-hippies, Devendra Banhart y a gravé ses deux meilleures plaques (Oh Me, Oh My… et Black Babies) et une fée trop discrète, Lisa Germano, trouvé un havre de paix discographique (Lullaby For Liquid Pig, In The Maybe World, et Magic Neighbor). James Blackshaw, autre réfugié artistique poursuit ses explorations acoustiques boucle après boucle (Glass Bead Game et le récent All Is Falling) tandis que les prolifiques Akron/Family ont quant à eux quitté le navire Young God après un quarteron de disques rock & psyché (Akron/Family, Meek Warrior, Love Is Simple) et un split en compagnie du « patron » (Akron/Family/ The Angels Of Light).

Ces derniers temps, plus weird folk que jamais, Young God s’est entiché de l’intrigante Larkin Grimm (Parplar), recueille Fire On Fire, nouvelle incarnation à dominante acoustique des ‘cultissimes’ Cerberus Shoal (The Orchad) ainsi que le mystérieux Wooden Wand qui œuvre à présent sans son Vanishing Voice (Death Set).

Du riche et international passé du label, on retient une série de « one-shot » de groupes ou artistes toujours en activité. Un disque en français des insaisissables Ulan Bator (Ego: Echo), le premier long format des Finnois délicats de Mi And L’au (Good Morning Jokers), le 3ème album des crépusculaires Calla (Scavengers) et un effort des Italiens de Larsen (Rever). Et aussi une brochette d’inclassables oscillant entre rock théâtral et chaotique (Private/publi de Flux Information Sciences) et l’une ou l’autre collaboration transversale (Palestine/Coulter/Mathoul : Maximin).

Un panthéon joliment peuplé !

Yannick Hustache

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Du shoegaze, du post shoegaze, du « new » Lo-fi et des filles !

16 Mar

Dans le rock en 2010, on aura à nouveau emprunté la machine à remonter le temps mais sans trop se suivre la notice d’utilisation ! D’où cette sensation bizarre de réécouter du Lo-fi qui a un parfum80’s, tout en gardant la pose de rigueur, l’œil rivé sur ses chaussures. Sauf au passage des filles !

toEst-ce l’envie de se distancier d’un paquet de disques produits avec la finesse artisanale d’un Airbus au sortir du hangar, ou une nouvelle preuve que comme dans la mode, les cycles musicaux se suivent et se ressemblent pas mal ? Mais quelques-uns parmi les plus beaux albums parus en 2010 (où à la toute fin de 2009) se contentaient d’une production minimale, anémique en apparence, et rayonnaient pourtant d’une incontestable beauté sensible, bien qu’un peu pâlichonne. Projet du seul Mike Andreas, Perfume Genius, avec son Learning campé maladroitement sur des mélodies pianotées rachitiques ou tapissées d’effets sonores « misérables », dresse un autoportrait hypersensible, lévitant à distance de toute exhibition intime complaisante, est l’Objet Musical Nouvellement Identifié de 2010 ! Autre incongruité musico-intemporelle dont on ne suivra consciemment pas l’injonction de son titre est le Forget de Twin Shadow, simple extension du seul George Lewis Jr, un natif de République Dominicaine grandi aux U.S.A. et relocalisé à présent à New York. Affublé d’un look de disco-addict, l’énergumène traque le Bowie « honteux » des 80’s (celui de « Let’s Dance ») et le fait dégrossir dans une grosse tambouille new-wave façon back catalogue 4AD qui miraculeusement n’a pas pris les couleurs moches et délavées des VHS d’époque ! Un label de référence qui semble s’être fait plaisir en publiant le Before Today d’Ariel Pink’s Haunted Graffiti, sorte de jukebox humain sous acide(s) qui régurgite des mélopées guimauves ultra Lo-Fi comme on n’en faisait il y a trente ans, avec la candeur frondeuse de gamins qui s’amusent à gonfler d’énormes bulles pop avec de vieux chewing-gums trouvés dans une boîte à friandises chez leurs parents. Et tant qu’à tout mélanger, pourquoi pas opérer un petit détour par l’Australie où Tame Impala propose avec Innerspeaker une alternative maline et diététique au shaker pop psyché poids lourd des très premiers de classe de MGMT. Les essayer, c’est les adopter.

rdMais alors que les eighties n’en finissent pas de ne pas se terminer, l’épiphénomène shoegaze du début des 90’s continuent de susciter des vocations tout en essaimant à tous les vents de la planète rock. Et plutôt qu’à un recensement des inutiles clones du genre, on tendra les pavillons de ces groupes qui tout en étant pas complètement sorti du brouillard sonique mais ont quand même entrevu d’autres lumières pop. Les 35 petites minutes de Clinging’ to a Scheme des Suédois  peu productivistes (deux disques en 5 ans !) de Radio Dept qui synthétisent sans se forcer 20 ans d’english pop en purée de pois (années 80 et 90 confondues) dont les subtilités demandent quelque attention de la part de l’auditeur avant de se draper de leur superbe évidence mélodique. Un chemin de mémoire formatif qui, tel à l’ultime station d’un pèlerinage musical à l’aveuglette, s’est figé sur 1982-83, année de sortie du Garlands de Cocteau Twins dont le Waves de Tamaryn semble capter l’écho temporel en 2010. Un écho étonnement diffracté et magnifié par son passage au travers des majestueuses brumes hivernales hantées des voix éthérées ou habitées des Siouxsie & The Banshees, Mazzy Star et Slowdive. Des femmes, on n’en compte paradoxalement aucune dans Women dont le Public Strain est ce qui s’est fait de plus surprenant dans cette faille parfois synonyme de précipice, qui sépare sommets pop absolus à la Beach Boys et marais bruitistes à la My Bloody Valentine. Une plaque qui tacle gentiment l’Halcyon Digest de Deerhunter, sans doute le mètre-étalon d’une pop « moderne » pour les années à venir, et certes, largement dégagés des nuées électrifiées, mais la boussole fixée vers un ailleurs déjà à portée de mains.

A l’autre bout de la constellation shoegaze, A Place To Bury Strangers (Exploding Head) brilla tel un astre noir, distillant une lumière blafarde mais insidieuse à des mondes pop/rock gelés depuis 30 ans (post cold wave) au moins ou rendus stériles de par leur suractivité industrielle (et post Suicide). Pour se remettre, rien de tel qu’une injection massive d’Health (Get Colors et son pendant remixé, Disco 2) à base de drums éléphantesques, de rythmes scooters, de samples vicelards et de mélopées angéliques nichées sur des essaims de guitares shoegaze supersoniques…

ddgL’autre constante de 2010 aura été la succession d’all-girl band ou presque, qui ont trusté les platines avec une régularité presque insolente ! Avec leurs chansons acidulées et new wave  aux doux relents de miel amer, les 4 filles de Warpaint (The Fool) auront rendu les longues nuits d’hiver un peu moins longues. Des nuits où l’on se prend à rêvasser de torpeur estivale et de ses cortèges sans fin de corps peu vêtus qui font encore grimper le mercure. Mais si les fausses ingénues de Dum Dum Girls (I Will Be) et de Vivian Girls (Everything Goes Wrong) ont fait de la frange bien tombante et du port de la mini-jupe un choix de vie, leurs hymnes mi bubble-gum 60’s mi noisy pop vont se nicher directement dans les tympans sans que pour une fois, on ne sache que se désoler de ne pouvoir se débarrasser de cette mauvaise glu en tube(s) ! Et s’il n’y avait un malencontreux mâle en son sein, on aurait aussi  inclus les attachants Best Coast (Crazy For You).

Enfin deux trop discrets météores émotionnels ont traversé l’horizon musical 2010 sans trop se faire remarquer mais on n’a encore le cœur et les sens tout chamboulés. D’une part, l’ensemble baroque et sans famille de Thus:Owls et son tourneboulant Cardiac Malfomations (ça doit venir de là !), qui suit les méandres d’une pop/folk  filandreuse et élégiaque qui gratte à même l’échine et met les émotions sans dessus dessous ! Même chose pour la frêle Holly Miranda (The Magician’s Private Library) dont le pouvoir d’enchantement est peut-être carrément aussi puissant que celui jeté par Cat Power en 1996 sur l’inusable What Would the Community Think !

Yannick Hustache

selec15

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